L’acceptation de soi vs. Le développement personnel

Note : cet article est une traduction de l’article Self-Acceptance vs. Personal Growth de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Acceptation de soiComment équilibrer l’acceptation de soi et la motivation à évoluer et à s’améliorer ? D’un côté, c’est une bonne idée de vous accepter comme vous êtes… avec ses défauts et tout ça, non ? Mais d’un autre côté, n’est-ce pas aussi une bonne idée de fixer des objectifs et de viser quelque chose d’encore mieux que ce que vous vivez déjà aujourd’hui ? Comment résoudre ce conflit ?

Est-ce que le compromis est vraiment la meilleure solution ?

Je crois que la plupart des gens font simplement un compromis. Ils ne s’acceptent pas totalement comme ils sont, mais ils ne s’engagent pas non plus totalement dans une évolution tout au long de leur vie. Je pense cependant que c’est une solution boiteuse. Pourquoi ne pas avoir les deux ? Pourquoi ne pas vous accepter totalement comme vous êtes et être aussi totalement engagé sur une évolution tout au long de votre vie ? Ne pouvez-vous pas apprécier les deux ? Y a-t-il un moyen de contourner ce conflit apparent ?

Je reçois souvent des retours, à la fois publics et privés, qui suggèrent qu’à cause du fait que je sois aussi ouvertement engagé dans le développement personnel (ce qui devrait être évident pour quiconque passant plus de quelques minutes sur ce site), je ne dois par conséquent pas m’aimer et m’accepter tel que  je suis maintenant. Cela signifierait qu’étant donné que je me pousse à évoluer de nouvelles façons, je dois faire des sacrifices du côté de l’acceptation personnelle.

L’état d’esprit linéaire

Mais pourquoi est-ce qu’il semble y avoir un conflit entre acceptation de soi et développement de toute façon ? Je pense que le conflit est en fait le résultat d’un certain état d’esprit. Je vais l’appeler l’état d’esprit linéaire.

L’état d’esprit linéaire dit que votre vie est comme un point qui avance sur une ligne. Votre vie est un voyage dans le temps. Les deux bouts sont votre naissance et votre mort. Les points derrière vous sont votre passé. Les points devant vous sont votre futur. Et votre présent est le petit point sur cette ligne temporelle, qui trace lentement sa route vers votre mort.

On peut aussi dire de chaque point sur votre ligne de vie qu’il a une certaine qualité. Vous pouvez regarder n’importe quel point sur la ligne et mesurer votre état immédiat à ce point. Pour chaque jour en particulier dans votre vie (passé, présent, ou futur), vous pouvez poser des questions comme : Où est-ce que je vis ? Quel est mon travail ? Quelle est ma valeur nette ? Qui sont mes amis ? Quel est mon statut amoureux ? Combien est-ce que je pèse ?

L’acceptation de soi vs. Le développement personnel

À l’intérieur de ce paradigme, il est tout naturel que le conflit entre l’acceptation de soi et le développement surgisse. Une fois que vous commencez à étiqueter des points de votre vie comme étant de qualité « supérieure » ou « inférieure » aux autres, alors vous avez les moyens de comparer chaque point à chaque autre. Comment est votre vie d’aujourd’hui en comparaison à votre vie il y a cinq ans ? Êtes-vous plus riche ? Plus heureux ? En meilleure santé ?

Maintenant vous devez décider à quel point vous voulez vous pousser à vous améliorer en qualité au fur et à mesure que vous progressez dans la vie. Vous pouvez accepter votre situation actuelle comme adéquate et opter pour simplement la maintenir, ou vous pouvez vous efforcer d’atteindre quelque chose de plus grand. Vous pouvez aussi adopter la croyance que votre vie est largement hors de votre contrôle, dans quel cas ce que vous pourriez faire de mieux serait d’apprendre à accepter ce que vous vivez, quel que soit le niveau de qualité que vous pourriez lui donner.

Plus vous acceptez où vous êtes, moins il y a de motivation à évoluer. Et plus vous vous poussez à évoluer, moins vous retirez de satisfaction de votre situation actuelle. Vous pourriez finir par osciller d’avant en arrière sur ce spectre, en étant parfois très complaisant et d’autres fois très motivé.

Les limites de l’état d’esprit linéaire

L’état d’esprit linéaire est très commun, en particulier en Occident. Nous adorons mesurer les choses et leur assigner des niveaux et des notes. Quelle voiture consomme le moins cette année ? Est-ce que la compagnie X fait plus de profits cette année que l’an dernier ? À quel point suis-je mince et en bonne santé ?

Et cet état d’esprit a certainement de la valeur, particulièrement en affaires. Je ne suggère pas que c’est un paradigme indésirable en soi.

Cependant, il y a des domaines où ce modèle fonctionne, et d’autres où il ne fonctionne pas. Et un de ces domaines où il ne fonctionne pas si bien que ça est l’image que vous avez de vous.

Essayer d’appliquer l’état d’esprit linéaire à votre image personnelle crée un conflit entre votre acceptation personnelle et votre développement. Au lieu de purement mesurer les différents aspects de votre vie et de noter comment ils changent avec le temps, vous vous identifiez à eux. Je suis plus riche que je l’étais l’an dernier. Je suis plus déprimé que j’ai l’habitude de l’être. J’étais télémarketeur et je suis devenu directeur des ventes.

Quand vous vous identifiez avec les aspects situationnels de votre vie, vous faites entrer votre ego dans le tableau. Votre sentiment personnel devient alors dépendant de votre situation particulière.

Si vous pensez d’abord à votre vie en termes de nouveaux sommets à atteindre, comme une meilleure santé, une plus grande valeur nette, ou un meilleur intitulé de poste, alors qu’arrive-t-il quand vous connaissez un revers dans votre situation, voire un revers important comme être accusé de crime ?

Nous connaissons tous des revers. Ce n’est qu’une question de temps. Si votre estime personnelle est basée sur votre situation, alors vous souffrirez grandement quand votre situation déclinera. Qu’est-ce que cela fera à votre estime personnelle si vous perdez tout votre argent ? Et si vous prenez 20 kg ? Et si votre petit(e) ami(e) vous plaque ? Si vous perdez votre situation, perdrez-vous votre identité ?

Plus problématique encore qu’une perte réelle, il y a le fait de s’inquiéter à l’avance d’une perte possible . Vous pourriez vous retenir parce que vous avez peur de devenir trop dépendant d’une certaine situation. Si vous restez bas, vous ne tomberez pas de haut quand les choses iront mal. Prendre quelques kilos pendant les vacances n’est pas aussi pénible si vous avez déjà 20 kg de trop. Faire faillite n’est pas si terrible quand vous n’avez que 1000 $ sur votre compte, ce n’est pas comme pour un multimillionnaire. Et comment votre couple pourrait empirer si il est déjà bancal (ou inexistant) ?

Peut-être qu’en vous installant dans la médiocrité et en restant loin de toute réalisation de supers objectifs, vous protégez votre ego de revers inévitables. Vous savez que même les gens qui ont le plus de succès au monde connaissant des revers, alors pourquoi voudriez-vous risquer d’être sujet à ces dramatiques montagnes russes ? Tout ce qui monte doit redescendre, non ?

Le problème sous-jacent est qu’en ancrant votre sentiment d’identité dans une chose qui sera soumise à des fluctuations, comme la situation actuelle de n’importe quel aspect mesurable de votre vie, vous allez souffrir d’une façon ou d’une autre. Soit vous vous pousserez à atteindre des objectifs, encore, encore, et encore, et alors vous souffrirez émotionnellement quand les choses se passeront mal, soit vous serez attaché aux résultats à un niveau malsain, et vous pourriez sacrifier votre éthique pour maintenir votre position. Ou alors vous viserez bien plus bas que ce que vous êtes capable d’atteindre et vous vous en voudrez régulièrement d’être trop paresseux et de trop procrastiner – vous serez toujours hanté par le fait de savoir que vous pourriez faire mieux. Ou bien vous pourriez finalement décider de vous retirer de la société pour échapper/transcender tout ce processus punitif ; mais alors votre contribution serait bien en-dessous de votre potentiel.

Dépasser l’état d’esprit linéaire

Toute cette situation est basée sur du gagnant-perdant, non ? Vous devez faire un compromis quelque part. Vous ne pouvez pas jouer totalement le jeu du développement situationnel et accepter quand même et profiter de chaque moment en cours de route, non ?

À moins que…

Laissez-moi suggérer un autre paradigme.

Au lieu d’ancrer votre sentiment d’identité dans votre situation, qui est changeante, qu’arriverait-il si vous ancriez votre sentiment d’identité dans quelque chose de permanent, qui ne change pas ? Cessez de vous identifier à une quelconque forme de statut situationnel, et choisissez plutôt quelque chose d’invulnérable… comme un concept pur que rien dans ce monde ne peut atteindre. Les exemples incluent l’amour inconditionnel, le fait de rendre service à l’humanité, la foi dans une puissance supérieure, la compassion, la non-violence, et ainsi de suite.

Je ne suis certainement pas la première personne à suggérer quelque chose comme ça. Stephen Covey a écrit sur le sujet dans son livre Les 7 habitudes de ceux qui réussissent tout ce qu’ils entreprennent. Il appelle cela le vrai nord.

Quand vous vous ancrez dans des principes de « vrai nord » non-changeants, vous pourriez encore mesurer les différents aspects de votre vie et noter comment ils changent avec le temps, mais vous ne les intègrerez pas à votre identité. De plus, vous gardez une séparation entre votre estime personnelle et les circonstances particulières.

Ce n’est pas facile à faire. Covey lui-même a admis à quel point c’était difficile pour lui personnellement. Mais vous n’avez pas besoin d’être parfait pour obtenir des résultats avec ce paradigme. Même un petit mouvement dans cette direction réduira le conflit entre acceptation de soi et développement. Fondamentalement, vous profiterez du meilleur des deux mondes.

Séparer la situation et l’identité

En vous ancrant dans quelque chose de permanent, votre situation se détache de votre identité. Cela rend possible le fait de vous accepter comme vous êtes de façon inconditionnelle tout en jouant courageusement au jeu du développement situationnel, quel que soit le résultat. L’acceptation de soi et le développement ne sont plus en conflit parce que maintenant ils ne s’appliquent pas à la même chose. Vous avez séparé votre identité (acceptation de soi) et votre situation (développement).

Les principes du vrai nord de Covey sont basés sur l’efficacité. Les miens sont basés sur l’accomplissement, donc c’est légèrement différent, mais il y a certainement beaucoup de chevauchement entre les deux. Pas exemple, un de mes principes est le service du plus grand bien de tous. C’est proche du principe de la pensée gagnant-gagnant de Covey. Chaque version de ce principe est indépendante de la situation. Vous pouvez être SDF et oublié, ou vous pouvez être riche et célèbre, vous pouvez quand même faire de votre mieux pour servir le plus grand bien de tous et penser gagnant-gagnant. Ces principes ne dépendent pas des circonstances ; les circonstances n’affectent que la manière dont vous les appliquez.

Détacher l’ego des résultats

Si je devais regarder un instantané de ma vie actuellement, je la noterais aussi excellemment vis-à-vis de ses aspects situationnels (autrement dit, liés au développement). Dernièrement, trois de mes articles ont été sélectionnés pour figurer sur les meilleurs sites de référencement et de marques-pages internet (del.icio.us, reddit, digg, spurl…). J’ai reçu 320 000 visites et 664 000 pages vues cette semaine, et j’ai également battu mon record Adsense quotidien (330,69 $). Jeudi, j’ai fait une interview dans un magazine, vendredi j’ai été interviewé sur une radio nationale, et samedi j’ai rejoint la Las Vegas National Speakers Association et je suis allé à ma première réunion. Plus tard aujourd’hui, ma famille et moi allons profiter d’un pique-nique de Pâques dans un parc avec quelques amis, et je vais passer le reste de la journée à m’amuser et à me détendre. Situationnellement parlant, tout est merveilleux. Beaucoup de sommets très hauts.

Mais si je laisse mon estime personnelle et mon identité être trop enveloppées dans ces résultats extérieurs, je vais ouvrir la voie à un échec final. Quand le pendule se balancera de l’autre côté, et il finira évidemment par le faire, je serai frustré par ma nouvelle performance, bien moins stellaire. Et à partir de là, c’est une pente descendante dans le domaine de l’attachement aux résultats poussés par l’ego. Qu’arrivera-t-il quand mon trafic et mes revenus tomberont en piqué à un moment ? Soit je vais refuser d’accepter ma situation, soit je vais rentrer dans ma coquille et végéter dans la médiocrité pendant un moment, soit je vais faire semblant que tout va bien et finir comme Enron. Aucune de ces solutions n’est bonne.

La solution est en amont ; garder l’identité et la situation aussi séparées que possible. Je trouve que quelques pratiques aident beaucoup pour cela : tenir un journal et méditer. Je fais les deux depuis des années, et ces pratiques m’aident à garder mon compas interne aligné avec les principes du vrai nord qui ne vont pas changer tout au long de ma vie. Je garde mon sentiment d’identité ancré dans des concepts permanents comme le service, la conscience, et la paix. Ces concepts ne changent pas, donc mon sentiment d’identité le plus profond reste plutôt fixe. Cela facilite le fait d’accepter totalement qui je suis à chaque instant. Mais du côté situationnel, je suis encore capable de profiter de ma poursuite de développement situationnel et de jouer totalement le jeu sans rester sous mon potentiel.

Si je m’éloigne de ces pratiques pendant trop longtemps (plus de quelques semaines), je me désaligne progressivement de mon vrai nord. Je finis par être réaspiré dans le climat social dominant qui aime identifier les gens selon leur situation. Par exemple, pendant que je faisais l’expérience du sommeil polyphasique, certaines personnes ont commencé à m’identifier au sommeil polyphasique. Et ce n’est pas grave tant qu’ils ne commencent pas à être trop attachés à cet appairage personne-situation. Les situations sont temporaires, donc il est mieux de ne pas y être trop attaché, que ce soit pour vous ou pour les autres. Cela aurait été problématique si j’étais tombé dans le piège de laisser mon ego devenir démesurément attaché à ma situation de dormeur polyphasique. L’ego résiste aux changements potentiels qu’il perçoit comme négatifs – il n’aime pas avoir tort. Donc je pourrais m’être accroché au sommeil polyphasique même si cela ne me servait pas autant que le sommeil monophasique.

Avez-vous déjà subi un appairage personne-situation dans votre vie ? Tirez-vous votre sentiment d’identité de choses qui sont changeantes et vulnérables, comme votre salaire, l’intitulé de votre poste, vos relations, ou toute autre forme de statut ? Quelle quantité d’énergie investissez-vous dans la défense de ces positions par peur ?

Quand vous relâchez votre attachement aux situations, vous n’avez pas à les défendre. Je n’aime pas quand les gens commencent à me mettre des étiquettes comme « le roi du sommeil polyphasique sur internet » (ce ne sont pas mes mots), parce que si vous êtes un roi, alors vous avez un royaume à défendre. Les gens aiment attaquer les rois simplement à cause de leur position de roi. Je préfèrerais ne pas être perçu comme le roi d’une quelconque situation, étant donné que je ne veux pas passer ma vie à défendre des situations temporaires qui finiront de toute façon par péricliter.

Essayer de défendre votre situation comme si elle était vous est un combat perdu d’avance. Aucun des aspects situationnels de votre vie ne va durer, donc il est mieux de ne pas trop s’y attacher. Appréciez-les le temps qu’ils durent, mais n’y cherchez pas votre identité.

Quand vous ancrez votre identité dans quelque chose de permanent, alors votre sentiment d’identité est efficacement intouchable. Votre situation peut être attaquée, et vous pouvez quand même la défendre si vous voulez, mais vous ne vous sentirez pas irrationnellement obligé de le défendre par peur. Vous n’aurez pas le sentiment que vous êtes personnellement attaqué quand votre position devient vulnérable.

Profiter de la paix intérieure

Ce à quoi je parviens en réalité est la paix intérieure. Quand vous éloignez votre sentiment d’identité des situations tridimensionnelles, votre situation peut faire autant de montagnes russes qu’elle veut, vous serez toujours en paix intérieurement quoi qu’il arrive. Vous n’avez pas à renoncer et à devenir totalement passif. Vous pouvez profiter du fait d’être super performant et ambitieux, et de fixer et d’atteindre des objectifs comme un vrai maniaque – et prendre du plaisir à le faire. Mais dans le même temps vous ne recherchez pas votre identité dans ces résultats fluctuants.

S’il vous arrive de succomber à ce piège ego-situation, ajoutez quelques pratiques dans votre vie comme la méditation, le fait de tenir un journal, de passer du temps avec les enfants, ou dans la nature, et ainsi de suite. Cela vous aidera à vous reconnecter avec ce qui est le plus sacré en vous (votre propre version des principes du vrai nord) et à garder votre identité séparée de votre situation. Alors vous pouvez vivre votre motivation sans attachement, votre ambition sans ego, et votre paix sans passivité. 🙂

Crédits photo : © Lorelyn Medina – Fotolia.com

2 commentaires

  • L’article est très intéressant car je me posais la question il y a pas longtemps.

    Personnellement je m’attache essentiellement à mes valeurs profondes (liberté, amour,…) et ça ça reste des éléments de l’identité qui ne changeront jamais.

    Pour l’égo, je suis tout à fait d’accord, et on va là l’importance du regard de l’autre. Si on arrive à s’en détacher au maximum, l’ego ne pose alors plus ou moins de problèmes

  • maï dit :

    un article qui me motive et qui présente tant de vérité

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