TwitterFacebook
Le développement personnel pour les gens intelligents

Les cyniques du développement personnel

Note : cet article est une traduction de l’article Self-Help Cynics de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Doute et scepticismeSur le spectre, à l’opposé des junkies du développement personnel, on trouve les cyniques du développement personnel. Les cyniques du développement personnel sont des gens qui sont devenus totalement désillusionnés vis-à-vis de tout ce qui se rapproche du développement personnel. Ils considèrent tout ce domaine comme une pure supercherie peuplée d’escrocs et de charlatans. Les cyniques ne souscrivent pas à l’idée que des gens peuvent en fait changer par intention consciente. Ils sont qui ils sont, et il n’y a rien que personne puisse faire pour ça.

Les sceptiques et les cyniques

À l’inverse des cyniques, un sceptique est dubitatif mais reste suffisamment ouvert d’esprit et logique pour envisager une nouvelle vision des choses. Les sceptiques recherchent principalement la vérité via un processus de questionnement. Parfois la vérité ne peut pas être définie si facilement, donc le sceptique doit apprendre à vivre la plupart du temps avec l’ambigüité et l’incertitude. Pour le cynique, cependant, la simple existence du doute est une cause immédiate d’étiquetage du domaine entier sous la bannière “erroné”. Si vous essayez d’engager la conversation avec un cynique à propos de ses croyances, vous aurez généralement en retour des arguments émotionnels et très fermés d’esprit, mais fort peu logiques.

Je pense que n’importe quel domaine devrait accueillir les sceptiques à bras ouverts, mais c’est difficile pour un domaine comme le développement personnel d’engager la conversation avec les cyniques, parce que les cyniques résistent avec véhémence à la nature même du développement conscient, en particulier à l’idée de chercher de l’aide chez les autres. Le développement conscient nécessite un certain degré d’ouverture et la volonté de prendre des risques raisonnables, mais les cyniques n’ont pas encore atteint un sentiment de sécurité suffisant pour surmonter leurs peurs. Par conséquent, le chemin du développement disponible pour le cynique est principalement un chemin inconscient. Fondamentalement, c’est une façon plus lente et plus pénible d’évoluer, mais la résistance du cynique à évoluer est un exercice totalement futile. Le développement jaillit du changement, et le changement est inévitable.

Dans ma propre vie, je suis heureux d’interagir avec de véritables sceptiques. J’ai un profond respect pour le sceptique ouvert d’esprit. Je me considère souvent comme un sceptique parce que j’ai tendance à ne pas croire les nouvelles idées tant que je ne les ai pas moi-même appliquées et que je n’en ai pas expérimenté les résultats en direct. Je fais davantage confiance à l’expérience directe qu’aux rapports de tiers. Par exemple, je crois en la projection astrale parce que je l’ai fait de nombreuses fois. Si je n’avais pas expérimenté cela personnellement, j’aurais beaucoup de mal à le comprendre. Il y a de nombreux sceptiques qui postent des questions et des avis sur les forums, et ils aident souvent les participants à garder les discussions ancrées dans la réalité en injectant du bon sens et des questions sérieuses. Les sceptiques sont super pour contrebalancer ceux qui s’accrochent à de très fortes croyances (mais peut-être publiquement improuvables). Il en résulte des discussions très intéressantes. J’aime souvent discuter d’idées avec des sceptiques intelligents parce que le processus m’aide dans ma propre poursuite de développement. Je n’ai pas le temps de répondre à toutes les questions qui me sont posées, mais j’apprécie le fait qu’il y ait toujours des gens dans ma vie qui questionneront mes idées, mes actions, et mes intentions. Chaque fois que je poste un nouvel article, c’est comme si j’avais un groupe d’amis pour le beta-tester et m’aider à découvrir le moindre bug.

Il y a clairement des nuances de gris entre le scepticisme et le cynisme, mais je crois que ce qui définit la frontière entre les deux est la fermeture d’esprit du cynique. Alors que le sceptique engagera un débat ouvert afin de rechercher la vérité, l’objectif du cynique est de prouver que tous les autres ont tort. Parfois les cyniques tenteront de se cacher derrière la bannière du scepticisme, mais quand leurs idées sont mises en doute, ils finissent par s’autodétruire avec des réparties émotionnelles et fermées d’esprit. Dans nos forums, les sceptiques apportent fréquemment des contributions significatives et valables, tandis que les cyniques finissent souvent par se faire bannir pour avoir violé les règles du forum en s’acharnant à troller, à détourner le fil conducteur, et/ou en faisant des attaques personnelles. Ils ne peuvent pas vraiment s’en empêcher, pourtant, parce que c’est la nature d’un cynique de manifester inconsciemment son propre rejet d’une telle communauté afin de prouver que leurs croyances préconçues sont correctes.

Les motivations du cynique

Je pense qu’il y a plusieurs raisons pour lesquelles les cyniques trouvent nécessaire d’attaquer et de dénigrer ceux qui poursuivent le développement personnel :

  • L’absence de pouvoir – Les cyniques sont souvent dans le déni vis-à-vis d’aspects de leur vie dans lesquels il leur manque le courage et/ou la capacité à changer. Ils trouvent impossible dans les faits de procéder aux changements qu’ils considèrent comme nécessaires ou importants, mais ils n’ont pas la volonté d’accepter cela parce que cela les fait se sentir impuissants. La solution intelligente, que rejettent les cyniques, est de reconnaître le problème et le résultat désirés, même si aucune solution n’est disponible. Un problème sans solution apparente reste un problème, une condition qui doit être acceptée. Comme indiqué dans Le courage de vivre consciemment, la capacité à accepter l’existence de problèmes insolubles dans nos vies est ce qui, au final, fournit la force et la capacité à les résoudre. Les cyniques préfèrent l’illusion du perfectionnisme à la réalité de défis sérieux ; sur le long terme, cependant, cela ne fait que les affaiblir.
  • L’insécurité – Les cyniques tentent de se sentir plus en sécurité en s’entourant d’autres personnes qui sont dans le même bateau, autrement dit des gens qui sont coincés et qui ne semblent pas évoluer beaucoup. Les cyniques trouvent leur sécurité dans les chiffres. Ils ne se sentent pas sûrs intérieurement, donc ils essayent de créer une sécurité artificielle extérieurement. Cela implique de décourager et de dissuader les autres de faire de nouvelles tentatives qui pourraient réussir. Le cynique est terriblement inquiet à l’idée d’être laissé à la traîne et se sentent menacés par les tentatives d’avancer des autres. Le cynique dans votre vie sera très intéressé par le fait de vous maintenir autant que possible dans un état de médiocrité. Un cynique pourrait vous faire la courte échelle quand vous allez mal, mais il ou elle ne va pas vous aider à les dépasser. Être abandonné pas ses pairs est une des pires peurs d’un cynique. Au final, le cynique se bat en vain, car il est impossible de trouver une véritable sécurité dans une position statique. Mais cela n’empêche pas le cynique de tenter quand même.
  • La peur de l’inconnu – Les cyniques qui ont peur du changement pourraient être inquiets du fait que le développement des personnes autour d’eux puisse perturber leur confortable routine. Le changement, cependant, est inévitable. En résistant au changement le cynique ne fera que le retarder, et souvent quand le changement arrive enfin, cela sera démesurément lourd ; une perturbation massive au lieu d’un changement graduel.
  • La peur du rejet – Le cynique pourrait interpréter le désir d’évoluer des autres comme un rejet personnel. Par exemple, si vous vous engagez à changer votre alimentation et à perdre du poids, le cynique en surpoids dans votre vie perçoit votre décision comme un rejet de ses propres choix. Cela peut aussi mener à la jalousie si le cynique sent qu’il est laissé pour compte.

J’ai beaucoup de compassion pour les cyniques, et j’ai eu la chance de voir nombre d’entre eux se lasser de leur cynisme au cours des dernières années. C’est un peu triste quand un cynique change totalement de cap et finit par devenir un junkie du développement personnel (une autre forme de déni), mais j’aime voir les cyniques ouvrir un peu leur esprit et passer à un scepticisme plus sain. Cela demande beaucoup de courage à un cynique de faire cela. En fait, cela demande beaucoup de courage à quiconque d’admettre personnellement « Je ne trouve aucun plaisir sur ce chemin. Je dois en chercher un autre. »

Les leçons cyniques

Même si je ne prendrais pas la peine de les inviter à dîner, je suis reconnaissant d’avoir dans ma vie ces cyniques qui font du développement personnel parce qu’ils me rappellent de ne pas tomber dans le piège habituel : être tellement attaché à une idée qu’on finit par se fermer aux nouvelles possibilités. Chaque fois que je sens que j’ai besoin de défendre émotionnellement ma position d’une façon ou d’une autre au lieu de l’explorer avec un esprit ouvert, je sens que j’entre en résonance avec mon côté cynique, qui a besoin d’avoir raison. Donc je me souviens que je ne suis pas mes idées, et que je n’ai pas besoin de les défendre à ce point.

Les cyniques me rappellent aussi que nous avons besoin de chercher à atteindre des résultats réalistes et mesurables et de ne pas être victime du fonctionnement illusoire des junkies du développement personnel. Le junkie va prendre par erreur le fait de tourner en rond avec du développement, tandis que le cynique va tout contester comme étant un échec à évoluer. Mais quand vous commencez à vous demander si vos résultats de développement personnel sont assez forts pour pousser un cynique à exploser émotionnellement, alors vous savez que vous touchez au but. 🙂

Aussi étrange que cela puisse paraître, plus j’ai de succès dans ma poursuite de développement, plus je vois de cyniques imploser autour de moi. On dit que le succès est la meilleure des revanches, mais c’est aussi un moyen de neutraliser le petit cynisme sans conscience. La présence de gens qui réussissent dans leurs efforts de développement pousse les cyniques à remettre en question les propres limites qu’ils s’imposent et à commencer à se poser les questions qu’ils ont soigneusement évitées depuis si longtemps. Au début, le cynique pourrait le faire par frustration, colère, ou jalousie, mais au moins c’est un pas dans la bonne direction. En poursuivant votre propre développement, vous allez inévitablement trouver que vous contaminez les autres à poursuivre eux aussi un développement conscient. Quand vous finissez par contaminer un cynique, cela devient vraiment quelque chose à voir.

L’évolution optimale

L’existence de junkies et de cyniques du développement personnel  nous pousse vers la zone intermédiaire, entre la crédibilité d’un côté et la fermeture totale d’esprit de l’autre. Les deux sont des stratégies suboptimales. Si vous êtes trop relâché, vous suivez trop de mauvaises pistes pendant trop longtemps. Si vous êtes trop tendu, vous passez à côté de supers opportunités de véritable évolution. Même si tout le monde a son angle préféré le long du continuum, je préfère généralement pencher du côté du relâchement. J’accepte volontiers de subir des échecs, des défaites et des pertes supplémentaires pour découvrir des opportunités et faire des expériences que j’aurais manquées autrement. Parfois cette approche paye. Parfois non. Mais c’est une aventure vraiment excitante.

Crédits photo : © lil_22 – Fotolia

Post a Comment

Your email is kept private. Required fields are marked *

7 Partages
Partagez7
Tweetez