Le sens de la vie : Comment devrions-nous vivre ?

Note : cet article est une traduction de l’article The Meaning of Life: How Shall We Live? de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Chemins de vieComment devrions-nous vivre ? Dans quel but devrions-nous vivre, s’il y en a un ? Comment pouvons-nous discerner le bien du mal ? Y a-t-il une façon raisonnable de répondre à ces questions qui ne nécessiterait pas que nous retombions dans une foi aveugle ?

Demandons aux Grecs anciens

Les gens se débattent pour trouver des réponses à ces questions depuis des milliers d’années, littéralement. Un de ceux qui s’y est essayé est Socrate (469-399 av. JC). Une de ces avancées primordiales a été l’idée d’analyser chaque croyance via une sorte d’examen en croix qui est connu sous le nom de dialectique. Cela impliquait de poser et de répondre à des questions investigatrices afin d’arriver à quelque chose qui pourrait être considéré comme vrai. Il a essentiellement joué l’avocat du diable et mis les gens au défi de justifier ce qu’ils prétendaient savoir.

Par exemple, il y a une histoire dans laquelle Socrate rencontre un jeune homme qui se rendait au tribunal pour attaquer son père pour impiété. Quand Socrate a appris cela, il reconnut l’homme comme un expert présumé en piété, partant du fait qu’on devait être expert en piété pour pouvoir attaquer son propre père pour impiété. Puis Socrate a humblement demandé à l’homme de définir ce qu’était pour lui la piété, un concept que Socrate prétendait ignorer. L’homme a essayé de façon répétée mais en vain de la définir, Socrate expliquant de façon simple et imparable pourquoi chacune des réponses ne pouvait pas être considérée comme valide. Il est facile de voir que Socrate a fini par emmerder l’establishment et qu’il a été condamné à mort. Il aurait pu s’échapper, mais il a choisi de rester à Athènes et de prendre du poison. Socrate avait un immense respect pour la loi, même quand cela impliquait de sacrifier sa vie pour rester fidèle à ses principes. Quand j’ai appris sa vie, je ne pourrais rien faire d’autre que de développer un immense respect pour lui et sa philosophie de vie.

Un autre philosophe qui s’est sérieusement attaqué à la question de comment vivre est Aristote (384-322 av. JC), qui a suivi l’enseignement de Platon (qui avait suivi l’enseignement de Socrate). Le jeune Aristote a développé les idées de Platon en ce qui concerne la nature de la réalité (le monde des formes), mais il a fini par explorer une nouvelle direction et s’est attaqué au problème de la façon dont on devrait vivre.

La meilleure réponse d’Aristote à comment doit-on vivre fut le concept de l’eudémonisme. Cela provient du mot grec eudaimonia qui malheureusement se traduit difficilement, voici donc les deux traductions que je préfère parmi celles que je connais. La première est « bonheur », et la seconde « épanouissement humain ». La plupart des traductions que j’ai vues sont des variations autour de ces deux là. Personnellement je traduirais ce terme par « accomplissement », bien que ce ne soit pas non plus parfaitement précis. L’eudémonisme est un concept de vie vertueuse, pas un état d’esprit figé. Ce n’est pas vraiment une émotion comme le terme « bonheur » le suggère. Aristote en est arrivé à cette réponse parce qu’il trouvait que l’eudémonisme était le seul but potentiel de la vie qui pourrait être considéré comme une fin en soi plutôt que comme un moyen d’accéder à autre chose. Je pense que c’est la raison pour laquelle « bonheur » est peut-être la traduction la plus populaire, parce que le bonheur est une fin en soi, pas un moyen d’accéder à quoi que ce soit d’autre.

Aristote était intéressé par la recherche d’une bonne façon de vivre, si une telle chose est censée exister. Sa réponse de l’eudémonisme consiste en deux éléments principaux : l’action vertueuse et la contemplation. Le principal problème est que les moyens de découvrir ces vertus étaient de regarder des gens qui semblaient épanouis et qui vivaient vertueusement et de prendre note de leur façon de vivre. Il s’est avéré que ces gens se comportaient généralement selon certains degrés d’intégrité, d’honneur, de courage, d’honnêteté, de rationalité, de justice, etc. Il n’y a pas à la base d’observation intérieure personnelle ─ de telles valeurs peuvent être observées de l’extérieur, donc Aristote a évolué en essayant de créer un modèle semi-objectif de la bonne façon de vivre. Comme Socrate, Aristote a également été condamné à mort, mais il choisit de fuir Athènes et de vivre en exil. (Je peux vous dire que je suis immensément reconnaissant de vivre dans une société où philosopher n’est pas passible de la peine capitale.)

Le principal problème que je vois dans la tentative perspicace d’Aristote de répondre à cette question est que sa solution est quelque peu circulaire. Afin de vivre mieux, nous devons vivre vertueusement et passer du temps à réfléchir sur soi et à étudier, mais comment savons-nous quel critère utiliser dans la sélection des vertus ou dans le choix de ce que nous allons étudier ? Nous avons besoin à la base de trouver des gens qui semblent vivre de façon bonne et épanouie ─ ou à l’époque d’Aristote, on suggérait également de vivre en s’efforçant d’imiter les dieux, étant donné qu’ils semblaient sans aucun doute se comporter de la bonne façon. Ce n’est pas différent de certaines religions actuelles qui fournissent un modèle de vertu que l’on doit s’efforcer d’imiter. Aristote de répond pas à une question-clé pourtant : Quelle est la meilleure vie que l’on pourrait vivre ? L’eudémonisme suggère un moyen d’aller chercher la réponse à cette question, mais il laisse quand même des trous béants.

Après Aristote, beaucoup d’autres se sont attaqués à la question de comment vivre. Chaque religion a sa propre réponse. Certaines personnes disent qu’il n’y a pas de réponse, que la réponse n’est pas importante, que la réponse nous est inaccessible, ou que la réponse est purement une question de choix personnels. La pire réponse de toutes cependant est ce que font la plupart des gens ; ignorer entièrement la question.

Choisir votre propre contexte

Pour quoi devriez-vous vivre ? La richesse ? Le pouvoir ? Être au service des autres ? La longévité ? La foi ? La famille ? Dieu ? La vertu ? Le bonheur ? L’accomplissement ? Le confort ? Il y a des centaines de valeurs parmi lesquelles choisir.

Il est important de faire un choix global à propos de la façon dont nous vivons nos vies, étant donné que cette décision fixe le contexte de tout ce que nous faisons. Si vous ne choisissez pas votre contexte, vous n’avez que le contexte moyen/par défaut, ce qui signifie que vous laissez essentiellement les autres dicter votre contexte. Pour faire une généralisation brute, dans le monde occidental c’est un contexte largement commercial et matérialiste. Cela dit de trouver du travail, d’avoir une famille, de mettre de l’argent de côté, et de partir à la retraite. Soyez un bon citoyen et ne vous retrouvez pas trop dans les ennuis. Mais ne vous en souciez pas trop non plus. Soyez un bon petit rouage. Les autres cultures ont leurs propres contextes par défaut. La plupart des gens adhèrent simplement au contexte par défaut de leur culture avec des variations individuelles mineures.

Désadhérez !

Rester dans le contexte par défaut de votre culture est une des pires options possibles. Considérons les simples cas de la démocratie face à la dictature. Dans une démocratie personne n’est réellement en charge du contexte dans son ensemble, donc les contextes communs finissent par être un méli-mélo de bric et de broc qui manque cruellement de cohérence globale. Cela va généralement mener à la confusion et à la médiocrité. Une telle société ne fournira qu’une notion floue de la façon dont vous devriez vivre, comme avoir un boulot, élever une famille, éviter les ennuis et partir tranquillement à la retraite. Demandez à une personne autour de vous ce que cela signifie de vivre la meilleure vie possible, et vous obtiendrez beaucoup de réponses différentes, et la plupart d’entre elles seront plutôt embrouillées et vagues ─ le genre de réponses que Socrate démolirait.

Maintenant si vous vivez dans une culture où le contexte est consciemment dirigé, alors vous devez vous soucier de qui la dirige, quels sont ses motivations, et si vous devez ou non y croire. Là où vous trouvez une dictature ferme, vous voyez généralement un contexte plus cerné que dans une démocratie. Si vous pouviez avoir demandé à quelqu’un de l’Allemagne nazie ce que signifiait vivre la meilleure vie possible, je parie que les réponses auraient été plus homogènes et plus cernées. Mais le problème évidemment est que de tels contextes sont souvent établis pour garder ceux qui y adhèrent sous leur joug. Il y a plus de pression poussant à se conformer à un tel contexte. Sur le long terme, ce genre de contexte mènera habituellement à la désillusion, à l’abrutissement, ou au fanatisme.

Donc si vous laissez la société dicter votre contexte (ce qui arrive par défaut en l’absence de choix conscient), vous aurez de grandes chances de vous retrouver avec un contexte très flou et brouillon ou alors centré sur quelque chose de mauvais. Ce n’est pas un super choix dans les deux cas. Et certainement pas un choix optimal. De tels contextes ne vous fourniront pas assez de contrôle quant à la façon de vivre correctement. Vous passerez beaucoup de temps à chercher votre chemin dans la vie ou à faire des tas d’erreurs qui reviendront vous hanter plus tard.

Finalement si vous voulez vous approchez de « la meilleure vie possible » pour vous, vous devez choisir votre propre contexte. Vous ne pouvez pas simplement hériter du contexte par défaut de votre société et vivre de la façon dont les autres entendent que vous le fassiez. Si vous essayez de vous conformer, vous allez gaspiller votre vie en comparaison de ce que vous auriez pu en faire si vous aviez choisi un meilleur contexte.

Alors comment diable sommes-nous supposés trouver comment vivre ? Doit-on simplement deviner et espérer que tout se passe pour le mieux ? Y a-t-il une façon saine et rationnelle de prendre une décision si lourde ?

Je ne peux pas prendre cette décision pour vous, mais je peux vous expliquer comment j’ai pris cette décision personnellement, ce qui m’a au final fourni une réponse que je trouve très satisfaisante. Je pense qu’une partie de ma réponse est personnelle, mais je vois aussi une partie de celle-ci comme étant universelle.

Vivre avec les vertus

Après avoir atteint l’âge adulte et commencé à me poser sérieusement la question de comment vivre, le premier obstacle majeur a été globalement là où Aristote avait laissé tomber. À partir de 20 ans et quelques années suivantes, j’ai passé beaucoup de temps à m’efforcer de vivre vertueusement. Je voyais la meilleure vie possible comme le fait de devenir une personne vertueuse : vivre avec honneur, intégrité, courage, compassion, etc. J’ai fait la liste des vertus auxquelles j’aspirais et je me mettais même à inventer des exercices qui m’aideraient à les développer. Benjamin Franklin a fait quelque chose d’assez similaire, comme j’ai pu le lire dans son autobiographie, et chaque semaine il choisissait de se concentrer sur une vertu en particulier afin de développer ce trait de caractère.

Étrangement, il y avait un jeu vidéo dont je suis totalement tombé amoureux pendant cette période ─ Ultima IV. En fait je dois même dire qu’il reste mon jeu préféré entre tous. Dans ce jeu de rôles vous êtes l’Avatar, un explorateur de la vérité, et votre objectif n’est pas de détruire des ennemis mais plutôt d’atteindre ce qui est appelé le Codex de la Sagesse Ultime. Afin d’atteindre cet objectif, vous devez faire évoluer votre personnage dans les huit vertus. Toutes ces vertus sont des dérivés de huit combinaisons possibles de la vérité, de l’amour et du courage, comme suit :

Vérité = Honnêteté

Amour = Compassion

Courage = Bravoure

Vérité + Amour = Justice

Vérité + Courage = Honneur

Amour + Courage = Sacrifice

Vérité + Amour + Courage = Spiritualité

L’absence de Vérité, d’Amour et de Courage est la Fierté, dont l’opposé est l’Humilité.

J’ai trouvé ce système de valeurs absolument brillant, en particulier venant d’un jeu. Des années après j’ai finalement rencontré Richard Garriott, créateur de la série des Ultima, à l’Electronics Entertainment Expo (E3), et je lui ai demandé comment il avait pu trouver ce système et comment il avait pu finir par choisir ces valeurs. Il m’a dit qu’il avait commencé en faisant un brainstorming donnant une longue liste et en notant les modèles selon lesquels ces vertus se reliaient les unes aux autres.

Aussi étrange que cela puisse paraître d’avoir un tel aperçu venant d’un jeu, je considère toujours le fait de vivre vertueusement à peu près de la même manière aujourd’hui, avec ces huit vertus nés du chevauchement de la vérité, de l’amour et du courage. Pour la combinaison de ces vertus cependant, je trouve que « intégrité » fonctionne mieux que « spiritualité ». Ultima V a exploré l’opposé de tout cela, les vices qui peuvent dériver du mensonge, de la haine, et de la couardise. Malheureusement je trouve que la série des Ultima à réellement régressé par la suite et a complètement perdu son âme ─ j’aurais adoré voir l’idée virtuelle poussée encore plus loin.

Je pensais fortement en ces termes quand j’ai lancé Dexterity Softwares en 1994. J’ai fait de mon mieux pour faire coïncider ma vie avec ces vertus et je les ai intégrées dans ma société autant que je l’ai pu. Par exemple, pendant les six ans environ où Dexterity a du payer des redevances mensuelles (plusieurs centaines de paiements au total), pas une fois un seul chèque n’est parti en retard, pas même d’un jour. Je ne connais pas beaucoup d’autres maisons d’édition de jeux qui peuvent en dire de même, et certainement aucune de celles avec qui j’ai travaillé. Cet engagement était une question d’honneur personnel pour moi, et ma conception personnelle de la vertu intégrait ma façon de gérer mon entreprise. L’honneur était toujours plus important pour moi que le profit… et c’est toujours le cas.

Le problème à essayer de vivre vertueusement a été que je me suis beaucoup fait jeter par des gens qui ne vivaient clairement pas de façon vertueuse. Malheureusement l’industrie du jeu est en proie à ces gens là, en particulier quand de grosses sommes d’argent sont en jeu. J’étais prêt à faire affaire avec d’autres gens qui valorisaient fortement l’honneur, mais j’ai été attristé de ne pouvoir le faire qu’avec si peu de gens. Trop de gens accordaient plus d’importance à l’argent qu’à l’honneur personnel. Donc je nageais à contre-courant. Même alors, je préfère quand même ça au reste.

J’ai aussi commencé à avoir beaucoup de conflits intérieurs en essayant de vivre vertueusement. Je ne blâme pas pour autant les vertus mais plutôt ma capacité limitée à vivre en accord total avec elles. Je vivais ma vie au jour le jour plutôt vertueusement, mais qu’en était-il de l’ensemble ? Qu’en était-il de la notion même de gérer une société de jeux ayant pour but de divertir les gens ? Était-ce assez vertueux ? J’ai commencé à me pousser à en faire plus, pour essayer d’atteindre un idéal supérieur à cela. Je me suis porté bénévole pour servir comme responsable dans l’Association des Professionnels du Shareware pendant deux ans (non payé). J’ai écrit un tas d’articles gratuitement. J’ai distribué un tas de conseils et coaché un tas de personnes gratuitement. J’ai parlé dans des conférences gratuitement. Je me suis poussé à sacrifier plus pour le bien des autres. J’ai laissé passer certaines opportunités de faire plus d’argent et plutôt donné suite à celles qui fournissaient plus de service.

Je pouvais sentir que c’était une amélioration pour moi, mais cela ne semblait encore pas assez. Je me sentais encore loin d’être optimal quant à ma capacité à vivre vertueusement. J’ai d’abord pensé que c’était simplement la nature de la vie, que cela devait être une lutte continuelle. Mais j’ai bientôt commencé à me sentir incertain, à percevoir que quelque chose n’allait pas vraiment bien. Pendant des années je ne suis pas arrivé à trouver ce que c’était, donc par défaut je suis resté dans ce que je connaissais. J’ai foncé dans le même barrage auquel s’est probablement heurté Aristote, celui qui l’a empêché d’atteindre le point de réponse à la question « Quelle est la meilleure vie possible ? » Je savais que c’était quelque chose de différent de ce que je faisais, mais je ne savais pas où regarder.

Quelle est la meilleure vie possible ?

J’ai fini par considérer d’une autre façon ce problème de comment vivre. Je me suis demandé, « Pourquoi est-ce une question si difficile à la base ? Qu’est-ce que ça a de si compliqué ? » Cela m’a amené à une nouvelle ligne de pensée qui m’a rapidement mené à cette question : Qu’est-ce qui devrait changer afin qu’il soit facile de répondre à cette question ?

Bingo.

La raison pour laquelle il était si compliqué de répondre à cette question est subitement devenu claire. Afin d’y répondre précisément, je devrais tout savoir. Je devrais être Dieu.

Avouons-le. Notre intelligence humaine est limitée. Notre technologie en est la preuve. Mon PC est meilleur en maths que moi. Ce petit processeur peut faire nombre de tâches que mon cerveau, pourtant bien plus gros, ne peut pas faire. Mon disque dur contient plus de données que je ne pourrais en mémoriser en une vie. Bien sûr mon cerveau bat le processeur dans de nombreux domaines, mais le truc c’est qu’il y a clairement des limites intellectuelles à ce que notre moteur spongieux peut faire.

Je me suis posé beaucoup de questions intéressantes pour essayer de trouver une nouvelle perspective à tout ça. Est-ce que l’esprit peut appréhender ses propres limites ? Et si une race d’extraterrestres supra-intelligents arrivaient sur Terre ─ que verraient-ils comme étant les limites de l’intelligence humaine, et percevraient-ils nos frontières ? Qu’est-ce que mon cerveau ne peut clairement PAS faire ?

Et si j’étais plus intelligent que je ne le suis aujourd’hui ? À quel point vivrais-je différemment ? Quelles parties de ma vie un être plus intelligent considèrerait-il comme idiotes, inutiles, ou dangereuses ? Si un être plus intelligent devait essayer d’optimiser ma vie, lui qui serait capable de percevoir clairement mes limites intellectuelles, que changerait-il ? Comment optimiserais-je la vie d’un gorille ou d’une souris si je pouvais communiquer avec eux ? Que perçois-je comme étant leurs limites intellectuelles ? À quoi ressemblerait la meilleure vie possible pour les diverses autres espèces ?

Et beaucoup, beaucoup d’autres questions de cette nature.

Ce qui finit par arriver a été que mon contexte a changé. Pour la première fois j’ai senti que je me débattais avec les limites de ma propre intelligence. Je pouvais commencer à percevoir où étaient les murs. Certaines de ces limites étaient évidentes, comme les limites de mes capacités de calcul, de mémoire, et de vitesse. Mais j’ai commencé à tester d’autres limites également. Combien de conceptions distinctes puis-je garder en tête en même temps ? Avec quelle précision puis-je percevoir le temps, la température ou le poids sans me servir d’outils de mesure ? Combien de techniques de résolution de problèmes connais-je réellement, et quelles sont leurs forces et faiblesses ?

J’ai commencé à étudier le cerveau un peu plus en détails et à comparer ce que je perçois comme mes limites mentales avec ce que je sais de la structure physique du cerveau. La recherche de base dans ce domaine est absolument fascinante. En droguant le cerveau, vous pouvez priver quelqu’un de conscience. En stimulant électriquement un petit groupe de neurones, vous pouvez générer une expérience que le sujet considérerait comme spirituelle (l’interrupteur de la spiritualité ?). Vous pouvez supprimer chirurgicalement la capacité d’une personne à jouer du piano.

En développant une plus grande compréhension de l’intelligence humaine, j’ai réalisé que le plus grand problème avec la question de comment vivre est que cela nécessite une intelligence supérieure à celle que nous possédons pour y répondre. Afin de savoir quelle est la meilleure vie possible, ce qui est mathématiquement un problème d’optimisation, vous devez savoir quelles sont toutes les vies possibles. Et cela nécessite une somme de données qu’il nous est actuellement impossible de gérer.

Imaginez qu’il n’y ait qu’un million de variations différentes quant à la façon dont vous pouvez vivrez votre vie. Afin de choisir la meilleure, vous devez toutes les regarder, appliquer un critère pour les évaluer, puis choisir celle qui obtient le score le plus élevé. Mais il y a trois grands problèmes avec ça. Le premier problème est qu’il y a beaucoup trop d’options à prendre en considération. Le deuxième problème est que vous devriez être capable de prédire précisément le futur pour savoir comment se déroulerait chaque vie. Et le troisième problème est que vous devriez avoir un critère d’évaluation. Les deux premiers sont clairement impossibles pour le moment, mais qu’en est-il du troisième ?

Le troisième problème est typiquement ce à quoi Aristote essayait de s’attaquer ─ le critère d’évaluation. Vivre vertueusement est une réponse possible, mais c’est un peu flou.

Donc nous avons là de sérieux problèmes. D’abord, nous avons une zone de recherche de solutions possibles qui est trop grande pour qu’on l’explore totalement. C’est tellement grand que nous ne pouvons pas réellement l’appréhender totalement. Et ensuite, nous devons trouver un critère d’évaluation qui compare intelligemment une option à une autre, un critère qui ne dépend pas trop de l’imprédictibilité du futur.

Recherche en cours…

Attaquons-nous au premier problème ─ cette gigantesque zone de recherche. Avant tout, trouver une solution optimale est impossible. Donc la réponse la plus correcte concernant la meilleure façon de vivre est que c’est impossible à savoir. Nous ne sommes pas assez malins pour le deviner. Ce n’est pas très satisfaisant, mais cela nous aide en fait un peu. Maintenant il nous reste cette question : comment pouvons-nous nous approcher au maximum de la solution optimale ?

Heureusement les mathématiques ont une réponse à cette question : l’heuristique. L’heuristique est une règle d’exploitation d’un espace de recherche qui peut vous aider à vous approcher de la solution optimale quand vous ne pouvez pas explorer l’espace de recherche entier. Un exemple heuristique serait la montée de collines. Imaginez que vous avez une grande carte en 3D à explorer et que vous voulez trouver le point le plus élevé. Avec la montée de collines, vous commenceriez à un endroit au hasard sur la carte et vous vous assureriez simplement que chaque pas que vous faites est en montée. Quand vous ne pouvez plus monter, vous avez atteint un sommet ─ le maximum local. Sans explorer davantage la carte, vous ne pouvez pas être très sûr que cette colline était la plus haute de la carte, donc vous pouvez continuer à explorer en commençant à différents points sur la carte et en utilisant la même méthode de montée de colline heuristique. À moins que vous exploriez totalement la carte, vous ne pourrez jamais être certain que vous avez trouvé le plus haut point global, mais plus vous explorez, plus vous gagnez en confiance.

Donc qu’est-ce que cela signifie pour la vie humaine ? Cela suggère une approche de la vie en montée de colline. Vous essayez une façon de vivre pendant un temps, et ensuite vous essayez de l’améliorer en fonctionnant « en montée ». Vous ajustez certains des paramètres pour l’améliorer. Par exemple, vous pourriez essayer de perdre du poids, gagner plus d’argent, ou améliorer vos relations ─ chacun d’eux ou tous peuvent être considérés comme une étape vers le haut. Et vous continuez simplement à monter jusqu’à ne plus pouvoir aller plus haut.

Bien sûr le problème avec cette approche est du à la nature de l’heuristique ─ vous pourriez rester coincé à un maximum local qui est bien en-dessous du maximum global. Le sommet que vous vous efforcez d’atteindre peut n’être qu’une butte dans le grand ordre des choses. Vous pourriez mourir avant d’aller très loin avec cette approche.

Ah, mais en tant qu’êtres humains nous avons pour nous un puissant avantage qui rend ce problème un peu plus gérable ─ l’imagination. Nous n’avons pas besoin de tester physiquement des changements. Nous pouvons les tester mentalement. Mais cela ne fonctionnera bien que si notre carte mentale de la réalité est une approximation proche de la vraie réalité. En d’autres mots, notre simulation ferait mieux d’être très proche de la réalité, sinon nos approximations mèneront hors-contexte, et nos résultats seront inutiles. Vous vous souvenez de l’article Autodiscipline : Acceptation ? Afin d’avoir des chances de réussir cela, nous devons accepter la réalité comme elle est réellement ─ dans sa totalité, peu importe ce que nous devrons affronter de nous-même ce faisant et à quel point nous sommes réticents à y faire face. Autrement notre simulation sera pleine de pépins. Les choses qui semblent fonctionner dans notre imagination ne fonctionneront pas dans la réalité.

Plus votre modélisation mentale de la réalité sera précise, plus grande sera votre capacité à entrevoir les possibles façons de vivre. Cela signifie que vous devez vous connaître dans toute votre nudité, dans ce que vous avez de bon, de mauvais, et d’affreux. Vous devez développer une compréhension profonde de qui vous êtes réellement. Cela est lié au dernier article, qui concerne le fait d’aligner vos croyances avec vos actes. Vous devez être intérieurement cohérent, ou vos simulations ne feront que cracher des déchets que vous ne pourrez pas croire.

Je ne suis pas certain que tout le monde ait la capacité de faire cela très bien. Cela requiert un haut niveau d’intelligence et de concentration d’imaginer à quoi cela pourrait ressembler de vivre une autre vie et de la juger objectivement. Mais c’est ce avec quoi nous devons tous lutter. Nous ne pouvons faire que de notre mieux.

Je pense que la solution optimale serait de considérer les différentes façons dont vous pourriez vivre votre vie, en imaginant chacune de façon vivace, et de juger ses forces et faiblesses. Une fois que vous avez couvert un certain nombre d’entre elles (et je n’ai pas de bon moyen de savoir combien suffisent ─ plus il y en a, mieux c’est), vous en choisissez une et commencez à vivre de cette façon. Pendant ce temps, vous continuez à rester ouvert au fait d’imaginer d’autres possibilités, et si vous en percevez une qui est meilleure que votre façon de vivre actuelle, vous passez à cette nouvelle vie « supérieure ».

Comment comparer une vie à une autre ?

Maintenant nous devons envisager le critère d’évaluation. Qu’est-ce qui est en montée ? Comment comparer une vie à une autre ?

Beaucoup de gens ont essayé de fournir une réponse à cette question. Une des réponses les plus populaires en développement personnel aujourd’hui est le bonheur. On nous dit de faire ce qui nous rend le plus heureux. De rechercher le plaisir. D’éviter les peines. Presque tout ce que j’ai lu en développement personnel utilise une variation sur le thème du bonheur comme but ultime de la vie.

Mais je pense que le bonheur est une réponse de facilité. Le bonheur n’est qu’une émotion. Et placer ma vie avec pour but d’atteindre et de maintenir un état émotionnel particulier n’est clairement pas optimal. D’un, je suis très endurant émotionnellement, et il ne m’en faut pas beaucoup pour être heureux et pour me contenter. Le bonheur et le bien-être peuvent être largement entretenus avec une alimentation saine et beaucoup d’exercice. Je suis déjà bon dans la gestion de mes émotions et je suis heureux, donc je suis sûr que je peux faire mieux que ça.

Même si nous étendons le bonheur au royaume de l’épanouissement ou de l’accomplissement, cela reste une solution de facilité. En donnant ce genre de réponse à la question de comment vivre, tout ce que nous faisons est d’éluder la question de notre intelligence émotionnelle. Nous disons que la réponse à comment vivre est ce que nos émotions considèrent comme étant la réponse. Le postulat est que si nous nous sentons comblés, c’est que nous devons vivre de façon optimale. Je ne vois pas de raison logique pour laquelle cette réponse serait correcte, étant donné ce que nous savons quant au fonctionnement des émotions. Ce n’est pas assez bon.

Pour ces raisons j’ai rejeté toute réponse qui suggérait que la meilleure façon de vivre était de se trouver dans quelque sorte d’état émotionnel ou quelque sentiment. Je peux consciemment choisir de ressentir ce que je veux simplement en changeant d’objectif. Aucune façon particulière dont se déroulent les évènements n’induira en moi un sentiment que je ne peux atteindre simplement grâce à mon imagination. Je peux m’auto-émouvoir. Sourire

Et puis nous avons une tripotée d’autres gourous en développement personnel qui semblent définir le but de la vie en termes de succès, de santé, de relations épanouissantes, etc. Eh bien, comme vous le soupçonnez probablement, ce n’est que du blabla commercial sans réelle substance derrière. La plupart de ces bouquins ont pour objectif d’essayer de vous montrer comment atteindre des résultats optimaux dans un contexte social préexistant, mais comme nous l’avons déjà vu, même si vous vous débrouillez pour y atteindre le sommet supposé, vous allez quand même continuer à vivre de façon sous-optimale. Vous ne ferez que passer votre vie entière à essayer de grimper une butte et vous laisserez la majeure partie de votre potentiel de grandeur inexploité.

La façon dont je choisis de m’attaquer à cette question a été de regarder ma vie avec comme perspective d’ensemble ma meilleure compréhension de la réalité. Cela signifiait regarder l’histoire de la vie telle que nous la comprenons, ma future vie possible et où cela pourrait mener, et mes conditions de vie actuelles. Je sentais qu’une considération de la meilleure vie humaine possible devrait être placée dans le cadre de toute la vie, passée, présente, et projection future. Quand je regarde la façon dont la vie a évolué sur Terre, je vois cette force de l’évolution comme quelque chose de plus grand que ma propre expérience personnelle. Je vois que la vie a continué à développer sa complexité, son intelligence, et ses chances globales de survie. Quand je me place dans ce contexte, je vois que j’ai trois options de base. Je peux travailler en coopération avec cette évolution, je peux travailler contre elle, ou je peux l’ignorer. Ma conscience humaine me donne la capacité de faire ce choix consciemment.

Aussi proche de l’optimum que je le peux

J’ai décidé que la meilleure vie possible devrait relever du domaine de la coopération avec l’évolution plutôt que l’opposition. Donc pour moi cela implique deux choses : 1) Travailler à évoluer en tant qu’individu au plus haut point possible, et 2) Travailler à aider la vie elle-même à évoluer au plus haut degré possible. Il s’avère que ces objectifs sont hautement compatibles, étant donné qu’il y a un cercle vertueux entre le fait d’évoluer personnellement et de faire évoluer votre environnement. Si vous ne travaillez que sur vous-même, votre environnement finira inévitablement par vous ralentir. Vous serez comme Tarzan vivant parmi les singes. Et si vous ne travaillez qu’à aider les autres, cela serait également loin d’être optimal parce que vous serez seulement capable de leur enseigner ce que vous savez en ce moment, mais vous ne développerez jamais vos connaissances ni n’augmenterez votre capacité à enseigner. Donc un équilibre des deux est nécessaire.

Pour moi cela se ramène à travailler sur mon propre développement personnel et à aider les autres à évoluer. C’est devenu mon moyen d’évaluer la meilleure vie possible que je pourrais espérer vivre.

Alors que signifie évoluer ? Pour moi cela signifie s’efforcer continuellement d’améliorer mes atouts évolutionnaires les plus puissants, que je perçois comme étant mon intelligence, ma conscience, et ma connaissance de la réalité. Et afin d’aider les autres à évoluer également, je dois par conséquent améliorer mes compétences en communication.

Je vois le but principal de ma vie comme étant de servir le processus de l’évolution. C’est plus important pour moi que n’importe quoi d’autre. Tout le reste dans ma vie est secondaire comparé à ça et doit justifier sa présence dans mon emploi du temps. Qui se soucie de trouver un travail et de gagner de l’argent quand vous avez l’opportunité de participer consciemment à l’évolution de la vie elle-même ? Pour moi toutes les autres façons potentielles de vivre ne sont rien que de pales ombres en comparaison.

Maintenant relions tout cela avec le concept de l’heuristique. Cela nous donne la stratégie globale suivante :

  1. Essayez d’imaginer la meilleure vie possible que vous pouvez vivre avec comme critère d’évaluation de servir le processus de l’évolution elle-même.
  2. Vivez-le ─ faites-en l’expérience.
  3. Chaque fois que vous êtes convaincu qu’il y a un meilleur moyen pour vous de servir le processus de l’évolution que la façon dont vous le faites aujourd’hui, changez.

C’est ma réponse à la question de comment vivre : investir le cœur de ma vie dans la recherche du développement. Pour moi cela tombe sous le sens. Si nous ne pouvons pas piger comment vivre de façon optimale, alors la meilleure solution serait de développer une plus grande capacité à le faire. Si votre ordinateur est incapable de faire ce que vous avez besoin qu’il fasse, alors vous devriez investir votre temps à travailler pour améliorer votre ordinateur.

Je trouve que cette réponse se combine bien avec le concept d’Aristote de la vertu. L’intelligence suggère une direction, et la vertu aide à façonner la voie. Je crois que les deux sont essentiels pour vivre la meilleure vie possible. Des deux pourtant, je pense que l’intelligence est la plus puissante, étant donné que les vertus elles-mêmes sont issues de notre intelligence humaine. On peut considérer les vertus comme des raccourcis intellectuels. S’il y a trop de données pour prendre une décision réellement intelligente, vous pouvez vous rabattre sur les vertus et vous dire qu’au moins il y a moins de chances que ce soient des choix stupides. En cas de doute, soyez honnête, soyez honorable, soyez courageux.

Moteur spongieux version 2.0

Si vous trouvez soudainement que vous vivez comme un singe, vous pourriez accepter la vie de singe et vous dévouer à manger des bananes toute la journée et essayer d’être un bon singe, ou vous pourriez essayer de devenir plus qu’un singe et évoluer en humain. Une fois que vous avez fait ça, tous vos objectifs et accomplissements de singe paraîtront plutôt obsolètes comparés à vos nouvelles capacités humaines. À quel point des objectifs comme monter une entreprise ou devenir bon en marketing peuvent paraître idiots à des espèces plus évoluées ?

Sur l’échelle de l’évolution, nous ne sommes qu’un groupe de singes aujourd’hui. Mais si nous continuons à évoluer, nous serons bientôt bien plus que cela. Il y a des chances que la technologie informatique soit très proche de fusionner avec notre propre cerveau et nous fasse nous sentir plus intelligent et plus capable. Mais même avant que cela arrive, nous pouvons continuer à en apprendre plus sur le cerveau et à le pousser à ses limites. Arrêtons de vivre à 3% de nos capacités intellectuelles et faisons-le approcher davantage des 100%.

Il y a beaucoup de façons d’aider consciemment le processus de l’évolution, et notre capacité à le faire aujourd’hui est évidemment limitée (bien que davantage de ces limites tombent chaque année). En l’espace d’une vie, je pense qu’une personne vivant aujourd’hui qui voue sa vie à l’évolution de notre espèce peut avoir des effets formidables. Nous nous souvenons toujours d’Aristote pour sa contribution. Que pourrions-nous accomplir de plus si des milliers de nos contemporains vouaient leur vie à un but similaire ?

Je n’ai aucun moyen de vous prouver ça, mais il me semble découvrir que plus je travaille pour faire coïncider ma vie avec le processus de l’évolution, plus ma vie flotte quasi sans effort, comme si j’étais attiré magnétiquement. En ce qui concerne l’an dernier ma vie s’est extrêmement bien déroulée, et je me sens capable de penser plus clairement que jamais. Cela a été un changement de contexte récent pour moi, simplement au cours de l’an dernier, mais je me sens comme si cela se renforçait chaque mois. C’est un sentiment de clarté ; ceci est juste ce que je suis censé faire de ma vie. L’autodiscipline est toujours requise, mais je suis plus fort et davantage capable de l’appliquer de façon constante. Je pense que la raison est que je sens finalement que je vis bien la meilleure vie possible dont je suis capable, vu ce que je sais aujourd’hui. Quand j’essaye d’imaginer quelque chose de mieux, ce n’est qu’une augmentation de ma capacité à faire la même chose, pas un changement de l’essence même de ce que je fais. Arriver à ce point, cependant, n’a pas été de tout repos, et je suis certain que plus de changements m’attendent à l’avenir. C’est la nature même de l’évolution ─ d’anciens objectifs sont constamment en train de devenir obsolètes.

Dans le prochain article nous allons explorer la façon de traduire cette notion de haut niveau de comment vivre dans un but personnel qui est actuellement atteignable. Puis dans l’article suivant, nous aborderons la façon de diviser ce but en objectifs, en projets, et en actions, et d’avancer.

 

 

Cet article est la deuxième partie d’une série de six articles sur le sens de la vie :

Partie 1 : Intro
Partie 2 : Comment devrions-nous vivre ?
Partie 3 : Découvrez votre but
Partie 4 : Du but à l’action
Partie 5 : Transition
Partie 6 : Evolution consciente

 

Crédits photo : Xent

Recherches utilisées pour trouver cet article :

comment Les gens Vivent dans la vie
258 Partages

Un commentaire

  • Richard dit :

    Whaouh ! Le choc !

    Je viens juste d’écrire un commentaire en demandant exactement cela, je descends en bas de la page et je tombe sur cet article hallucinant… si j’étais mystique je dirai que la bible dit vrai. Mais, comme il se trouve que j’ai le même parcours religieux avorté que ce gars, je n’y crois plus de la même façon…

    C’est juste très fort…
    Enfin quelque chose qui me nourrit.

    Est-ce la seule traduction française de ce gars ?

    Si c’est le cas, Olivier, tu fais oeuvre de défricheur et peut-être même de sauveur.

    Mille mercis !

    Richard

6 Trackbacks

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *