Comment fonctionne réellement votre esprit

Note : cet article est une traduction de l’article How Your Mind Really Works de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Esprit humainComment se fait-il que votre esprit soit capable de gérer de nouvelles situations que vous n’aviez jamais rencontrées auparavant ? Comment résolvez-vous un problème que vous n’avez jamais résolu avant ? Est-ce simplement la magie de la conscience, ou y a-t-il un processus sous-jacent – ou un algorithme – que votre esprit utilise dans l’ombre pour gérer les expériences uniques que vous rencontrez chaque jour ? Et s’il y a un processus, comment pouvez-vous l’utiliser pour améliorer votre capacité de réflexion ?

Les ordinateurs restent très rigides dans la résolution de problèmes qu’ils n’ont jamais rencontrés, mais votre esprit est loin d’être aussi limité. Vous pouvez sans trop de difficulté discuter avec une personne que vous n’avez jamais rencontrée, lire et comprendre quelque chose que vous n’avez jamais lu avant, ou vous repérer dans un centre commercial dans lequel vous n’étiez jamais entré.

Mais votre capacité à gérer de nouvelles situations dépasse même votre comportement. Vous pouvez résoudre un problème entièrement de tête, même sans passer directement à l’action à aucun moment. Parfois vous êtes conscient du processus, et parfois il se passe inconsciemment, mais dans tous les cas il y a un aspect purement cognitif de l’intelligence humaine qui est indépendante du comportement.

Je pense que vous seriez d’accord pour dire que, quand vous essayez de résoudre un problème nouveau, la solution apparaît quand vous atteignez un certain niveau de compréhension, même avant que vous ayez agi d’une quelconque façon. Quand une nouvelle perspective, décision, ou idée apparaît, les étapes d’action peuvent être très simples. Pour certains problèmes, la mise en œuvre physique peut rester difficile, mais c’est généralement parce qu’il reste des sous-problèmes qui n’ont pas encore été résolus à un niveau cognitif. Par exemple, vous pourriez avoir conscience que la solution à vos problèmes de relations est de quitter votre partenaire actuel(le), et à un certain niveau cela pourrait bien être une solution. Cependant, avant de pouvoir mettre en œuvre cette solution, vous devez résoudre une myriade de sous-problèmes, comme comment et quand vous en informerez votre partenaire, qui quittera l’appartement ou la maison, et ainsi de suite.

Un exercice de résolution de problème

Envisageons un problème simple du monde réel, avec comme objectif de gagner en compréhension vis-à-vis des aspects-clés de l’intelligence humaine. Cet exercice devrait être assez facile pour vous.

Supposez que je vous dise que je viens d’emménager dans une nouvelle maison, et que j’ai un problème. L’éclairage est trop faible dans mon nouveau bureau. Comment puis-je réparer cela ? (C’est un véritable problème que je dois résoudre.)

Faites une pause un moment pour réfléchir à la façon dont vous solutionneriez ce problème. Quand vous avez une idée de la façon dont vous vous y prendriez, continuez à lire. Je vous attends ici…

Ok, bon. Même si le problème est très simple, et que la solution privilégiée puisse être évidente, il y a de nombreuses façons de le résoudre. Peut-être que les solutions les plus simples seraient d’installer des ampoules plus puissantes ou d’ajouter d’autres lumières. Mais il y a d’autres solutions valables, comme choisir une pièce différente pour installer mon bureau ou sous-traiter le problème à un professionnel en éclairage. Et pour chaque solution, il y a davantage de sous-problèmes à résoudre, comme quelles lumières et/ou ampoules spécifiques acheter, combien en acheter, où les mettre, où les acheter, combien dépenser, etc. Mais nous nous intéressons moins à la solution que vous avez trouvée qu’au processus mental par lequel vous l’avez trouvée.

Prenez un moment pour réfléchir à la façon dont vous avez solutionné ce problème. Que pouvez-vous dire de la façon dont votre esprit s’est attaqué au problème ? Il y a de nombreuses possibilités, mais voici certains des fonctionnements les plus habituels :

La connaissance instantanée – La réponse est juste apparue dans votre esprit dès que vous avez lu la question. Vous n’avez même pas eu à y réfléchir.

Les choix multiples – Deux possibilités ou plus vous sont apparues, et vous avez sélectionné un choix préférentiel parmi elles.

L’analyse consciente – Vous avez lu et relu mon exposé du problème et avez essayé de raisonner pour trouver une solution intelligente, peut-être en envisageant mes contraintes potentielles telles que le temps, le coût, et l’espace disponible.

Besoin de plus de données – Vous avez perçu ma définition du problème comme inadéquat et voulu demander plus de détails, comme une photo de la pièce, une description du travail qui serait fait dedans, mes préférences personnelles en matière d’éclairage, la couleur des murs, etc.

La suspicion – Vous vous êtes dit que c’était probablement une question-piège et vous vous êtes demandé comment je pourrais vous induire en erreur pour faire avancer mon argumentaire.

L’apathie – Vous ne vous êtes pas du tout intéressé à la question et avez continué à lire ou à parcourir l’article sans vous soucier de formuler une solution en particulier.

Il y a également beaucoup d’autres possibilités. Peut-être que votre esprit a même utilisé une approche hybride qui combinait différents éléments cités ci-dessus.

Ne vous inquiétez pas si vous n’avez que partiellement conscience de la façon dont votre esprit s’est attaqué à ce problème. Même si votre esprit conscient est limité par la petite bande passante de votre attention, votre subconscient n’est pas aussi limité.

Les aspects de l’intelligence humaine

Quel que soit le processus que vous avez utilisé, j’affirme que cela a impliqué divers éléments-clés, même si vous avez tout bonnement refusé de résoudre ce problème :

Le pré-traitement cognitif – En lisant la description textuelle de mon problème, votre esprit a pris les données sensorielles brutes qui arrivaient par vos yeux et les a transformées en une représentation interne, qui n’existe que dans votre imagination. Comme c’était un problème visuel, vous avez peut-être même visualisé l’apparence potentielle de mon bureau, ou peut-être avez-vous imaginé une pièce avec un faible éclairage. Même si vous n’avez rien visualisé, vous avez quand même « chargé » le problème dans votre RAM mentale. Notez que votre représentation mentale de ce problème n’est pas la même chose que la réalité physique qu’il représente. Le problème tel que vous le connaissez n’est qu’une construction imaginaire dans votre esprit.

La mémoire associative – Une fois que vous avez formé une représentation interne, votre esprit accède à des souvenirs qu’il pourrait associer à cette représentation. Vous pourriez vous rappeler des souvenirs spécifiques qui reviennent à la surface, ou cela pourrait être assez flou. Ces souvenirs pourraient être visuels, auditifs, kinesthésiques, émotionnels, ou totalement abstraits. Vous pourriez vous souvenir comment vous avez résolu un problème similaire, ou vous pourriez simplement vous rappeler qu’une bonne façon d’améliorer l’éclairage est d’installer des ampoules plus puissantes. Vous pourriez aussi avoir formé des associations qui vous disent que le problème est trop simpliste pour vous en soucier, ou que la plupart des exercices trouvés dans les articles ne valent pas que vous y passiez du temps. Vous n’êtes pas né avec ces connaissances. Votre esprit a stocké les informations que vous avez apprises par le passé, et vous êtes capable de vous souvenir de ces informations maintenant. Les connaissances peuvent être claires ou floues, mais elles se trouvent quand même dans votre mémoire. Sans accès à vos souvenirs, il vous serait impossible de résoudre ou même de comprendre le problème. Vous seriez comme un nouveau-né.

La correspondance schématique – Pendant que vos souvenirs associés font surface, votre esprit trouve une ou plusieurs solutions potentielles. Mais comment s’y prend-il ? Voyez à quel point cette capacité est remarquable. Après tout, vous n’avez probablement jamais vu mon bureau. Mon bureau est une pièce unique avec un éclairage unique. C’est un problème entièrement nouveau, qui n’a jamais existé sous une forme similaire. Et pourtant vous pourriez probablement résoudre ce problème facilement, même si vous deviez également mettre la solution en pratique. La raison pour laquelle vous pouvez le résoudre est que votre esprit est capable de généraliser le problème et de le faire correspondre avec une solution générale qui est déjà stockée dans votre esprit. Il est capable de conclure par analogie que mon problème est assez similaire à d’autres problèmes d’éclairage avec des solutions connues, et donc il se produit une correspondance schématique.

Les attentes – Une fois que votre esprit trouve une solution potentielle, il formule des attentes quant à ce qui arrivera si cette solution est mise en œuvre. Ces attentes viennent d’associations de souvenirs, par rapport à ce qui est déjà arrivé par le passé. Vous pourriez imaginer la solution comme une visualisation de la pièce avec un éclairage plus fort, ou vous pourriez simplement accéder à l’attente qui fait que vous savez que votre solution va fonctionner. Quand votre esprit crée une attente qui correspond à sa représentation interne de la solution désirée, vous savez clairement que le problème a maintenant une solution.

Comment pense l’esprit humain

Comparons l’intelligence humaine aux capacités des ordinateurs modernes afin de mieux comprendre pourquoi nous considérons les êtres humains comme plus intelligents alors que la meilleure intelligence artificielle disponible aujourd’hui reste relativement idiote, rigide, et fortement limitée.

Est-ce que les ordinateurs forment leur propre représentation interne du phénomène physique ? Pour la plupart, oui. Les ordinateurs sont capables de stocker des données sensorielles en temps réel sous forme digitale, qui peuvent être prétraitées de nombreuses façons, et ces représentations internes peuvent être sauvegardées avec une grande précision et une grande fiabilité. Dans certains cas ces capacités de données dépassent déjà les nôtres ; par exemple, une machine peut traiter les données brutes de capteurs infrarouges, et il peut sentir les températures qui brûleraient ou gèleraient un être humain. Avec les bonnes sauvegardes, les souvenirs digitaux sont également bien plus durables que la mémoire humaine.

Est-ce que les ordinateurs peuvent tirer avantage de la mémoire associative ? Même si leurs associations peuvent ne pas être aussi riches que les nôtres, la réponse est encore oui. Par exemple, ce blog utilise une base de données relationnelle, qui est capable de stocker et d’extraire des associations entre des informations. Vous pouvez cliquer sur un lien vers un article, et l’article se chargera parce que le lien est associé en interne avec le texte de l’article, ainsi qu’avec le titre de l’article, la date de publication, et d’autres données. Donc les ordinateurs sont déjà capables de faire des associations entre tout ce qu’ils stockent. En fait, tout internet fonctionne d’après ce principe ; un hyperlien est une mémoire associative entre un lien texte, une URL, et un fichier informatique comme une page web HTML.

Est-ce que les ordinateurs peuvent avoir des attentes ? Oui, mais seulement de façon très limitée parce que leur capacité à le faire est fortement entravée par leur rigidité dans la correspondance schématique. Même si nous ne penserions normalement pas que les ordinateurs anticipent l’avenir, ils sont au moins capables d’afficher des éléments de comportement associatif. Par exemple, l’interface utilisateur sur mon ordinateur est préparée pour gérer quasiment n’importe quelle donnée que je pourrais y mettre, même si la séquence spécifique de touches, de mouvements de souris et de clics est entièrement unique. Par conséquent, ses réponses comportementales semblent semi-intelligentes. Là où les ordinateurs ont le plus de mal, cependant, est dans leur capacité à s’adapter à l’inattendu. Quand les ordinateurs expérimentent une chose qui dépasse leurs attentes préprogrammées, ils échouent ; les êtres humains, d’un autre côté, sont capables d’apprendre et de s’adapter à la nouveauté et à l’inattendu.

Est-ce que les ordinateurs peuvent faire de la correspondance schématique ? Si nous faisons référence à la correspondance schématique en vue d’un but général, la réponse actuelle est un non massif. C’est là que les humains dominent totalement les ordinateurs. Même la meilleure intelligence artificielle disponible aujourd’hui ne vaut pas les capacités de reconnaissance schématique d’un enfant. Dans des domaines très limités, comme la reconnaissance de discours, les réseaux neuronaux artificiels sont encore largement inadaptés (sinon j’utiliserais ce genre de programme pour dicter cet article en ce moment). Notre capacité à stocker et à reconnaître les schémas est la raison pour laquelle les humains sont capables de résoudre tant de problèmes qu’un superordinateur ne peut simplement pas résoudre. Il est intéressant de noter que nos neurones mettent des millisecondes à s’allumer tandis que les ordinateurs peuvent exécuter les instructions en moins d’une nanoseconde. Pourtant nous reconnaissons quand même en une fraction de seconde des schémas qu’un ordinateur ne peut pas capter en plusieurs jours de traitement continu. Accorder plus de vitesse à l’intelligence artificielle actuelle n’améliorera pas beaucoup la situation, sauf à pas de mouche. Et la raison en est la façon unique dont les humains stockent et traitent ces schémas. Notre capacité à faire des correspondances schématiques est aussi le cœur de notre capacité à apprendre et à nous adapter. La principale raison pour laquelle les ordinateurs apprennent mal est leur incapacité à procéder à des correspondances schématiques à objectifs multiples.

Les représentations invariantes

Les ordinateurs stockent les données sous forme digitale. Ils peuvent prétraiter, compresser, et convertir ces données comme ils le veulent, mais les résultats restent digitaux. Les données digitales sont précises, exactes, et permanentes, mais le défaut est que c’est également extrêmement rigide. Un chiffre binaire est soit 1 soit 0, on ou off, oui ou non.

Les humains, d’un autre côté, ne stockent pas de données sous forme digitale. Nos souvenirs ne sont pas des représentations parfaites de la réalité au pixel près. Ils sont flous, imprécis, souvent inexacts, et à l’accès bien plus lent que la mémoire informatique. De bien des façons, la mémoire humaine semble totalement inférieure au stockage digital de données. Mais sa principale force vient de la façon dont ces souvenirs sont stockés, et comme vous le verrez dans un instant, c’est plus qu’une simple compensation de ses nombreuses lacunes.

Votre esprit stocke et traite les informations dans ce qu’on appelle des représentations invariantes. Invariante signifie immuable.

Pendant que vous traversez la vie en absorbant des expériences sensorielles, votre esprit  traite ces expériences dans sa base de données interne. Mais au lieu de stocker chaque détail spécifique, votre esprit s’efforce d’identifier et de sauvegarder ces schémas généraux. Cela transforme les données sensorielles spécifiques en formes abstraites, et ces formes abstraites sont la pierre angulaire de l’intelligence humaine.

Une personne est un exemple de représentation invariante. Une personne est un concept qui ne change pas beaucoup. Cela pourrait être difficile à définir avec des mots, mais votre esprit « sait » ce qu’est une personne. Si je pointe quelque chose dans une pièce et que je vous demande « Est-ce une personne ? », vous pourriez me le dire en une fraction de seconde. Vous n’êtes pas né en sachant cela ; votre esprit a appris cette représentation invariante d’après vos nombreuses expériences et contacts avec des personnes spécifiques.

Toute une vie de connaissance est stockée dans votre esprit avec des liens par associations, une organisation hiérarchique, des représentations invariantes.

Du spécifique au général au spécifique

Un ordinateur est obligé de raisonner avec des données spécifiques et des algorithmes, mais les humains sont liés à la capacité de généraliser ce qui est spécifique, de stocker ces schémas généraux, et de faire correspondre ces schémas généraux à de nouvelles situations spécifiques.

L’apprentissage est le processus qui consiste à expérimenter des données sensorielles spécifiques, à remarquer les schémas généraux, et à stocker ces schémas sous forme de représentations invariantes. Par exemple, une fois que vous avez vu de nombreuses voitures, votre esprit identifie le schéma de « voiture » puis stocke ce schéma comme représentation invariante. Plus vous voyez, entendez, touchez et sentez de voitures, plus riche sera la représentation invariante que stockera votre esprit.

L’anticipation est le processus qui consiste à appliquer des représentations invariantes à des situations spécifiques, ce qui fait que le flux va maintenant du général au spécifique. Par exemple, quand vous voyez une voiture spécifique que vous n’avez jamais vue avant, votre esprit est quand même capable de la reconnaître et de lui mettre l’étiquette de voiture. Vous n’avez pas besoin de traiter les données sensorielles complexes de cette voiture de la même manière que vous l’avez fait la première fois que vous avez vu une voiture. À moins qu’il y ait quoi que ce soit d’inhabituel à propos de cette voiture qui entre en conflit avec vos attentes, vous ne le remarquerez probablement même pas consciemment.

Vous pourriez reconnaître qu’il y a un défaut dans le fait de stocker les informations sous la forme de représentations invariantes. Ce défaut est une perte de précision parce que les invariants ne sont que des approximations d’une réalité en perpétuel changement. Par conséquent, avec n’importe quelle forme invariante vous rencontrerez des situations où vous aurez du mal à faire correspondre une occurrence de réalité spécifique avec une forme invariante. En termes pratiques, cela signifie que vous pourriez rencontrer une personne que vous avez du mal à ranger sous l’étiquette d’homme ou de femme, un mot manuscrit que vous ne pouvez pas déchiffrer, ou un film que vous n’êtes pas sûr de devoir considérer comme comédie ou comme drame. Mais malgré ces défauts, les représentations invariantes de la réalité sont incroyablement puissantes et utiles. Chaque lettre, chaque mot et chaque idée que vous percevez en ce moment-même sont en fait réparties par votre esprit parmi les représentations invariantes que vous avez déjà apprises.

Comment nous apprenons

Votre esprit est capable d’apprendre à la fois consciemment et inconsciemment, et il stocke des représentations invariantes à différents niveaux. Par exemple, vous pouvez stocker des formes invariantes de Corvettes, de voitures, de véhicules motorisés, de transports, et ainsi de suite. Tant qu’on répond à vos attentes, le traitement mental sera géré de façon subconsciente. Cependant, chaque fois que quelque chose survient qui ne répond pas à vos attentes, cela passera ce stade pour atteindre votre attention consciente.

Apprendre est ce qui arrive généralement chaque fois qu’on ne répond pas à vos attentes. Quand vous vivez quelque chose de nouveau où vous ne savez pas à quoi vous attendre, ou quand quelque chose entre en conflit avec vos attentes, votre esprit va s’efforcer d’identifier et de stocker de nouveaux schémas.

Vos souvenirs les plus vivants porteront sur ces situations qui à un certain niveau ne correspondaient pas aux attentes de votre esprit. Quelque chose d’inattendu est arrivé, quelque chose que votre esprit n’arrivait pas à faire correspondre à une de ces représentations invariantes précédemment apprises. Quand vos expériences répondent à vos attentes, votre esprit va globalement dédaigner les détails spécifiques de faible niveau de ces évènements et le souvenir va petit à petit s’effacer pour devenir quelque chose de plus flou et de moins distinct. Les expériences dont vous vous souvenez le mieux sont celles qui entrent en conflit avec la routine.

Je pense que la raison pour laquelle votre esprit stocke les expériences inattendues avec bien plus de détails que les expériences routinières est que cela lui fournit l’opportunité de traiter plus tard ces souvenirs sous formes invariantes. Votre esprit ne trouve pas encore comment classifier ces expériences, donc il les sauvegarde simplement pour plus tard. Il stocke ces souvenirs à une plus haute résolution que d’habitude. Périodiquement, vous allez recharger ces souvenirs quand quelque chose les déclenche, et cela donne à votre esprit de nouvelles chances de former une correspondance. Vous vivrez certaines de vos plus grandes découvertes quand votre esprit aura finalement classifié un vieux souvenir sous forme de nouvelle représentation invariante. Pour une expérience traumatisante, cela pourrait donner la sensation d’une guérison interne, car l’esprit peut enfin se débarrasser de ces émotions intenses. Ou cela pourrait mener à une sensation de victimisation. D’un autre côté, si votre esprit détermine que la meilleure représentation invariante pour un ensemble d’expériences est de vous cataloguer comme victime perpétuelle, alors il peut simplement stocker le schéma de victime invariante, et les souvenirs spécifiques qui ont aidé à contribuer à l’identification de ce schéma ont le droit de s’effacer.

L’essence de l’intelligence humaine

Votre niveau d’intelligence – et le niveau de compétences que vous atteignez pour résoudre de nouveaux problèmes et vous adapter à de nouvelles circonstances – dépend largement de la capacité de votre esprit à stocker et à traiter les représentations invariantes. L’intelligence est fondamentalement une question de généralisation d’expériences spécifiques (apprentissage) et d’application de ces schémas généraux à des situations spécifiques (anticipation). Donc vous pouvez dire que devenir plus intelligent est fondamentalement une question d’augmentation de la précision de vos attentes devant une large variété de données. Une autre façon de dire ceci est que plus vous devenez intelligent, moins vous êtes surpris par la réalité. Cela ne signifie pas que vous savez ce qui va arriver, simplement que ce qui arrive correspond à vos attentes raisonnables. Par conséquent, si vous étiez super-intelligent, rien ne vous déphaserait ou ne vous choquerait vraiment.

Nous ne devons pas consciemment apprendre comment apprendre, car nous sommes nés avec cette capacité. Nos sens nous fournissent des données brutes à commencer à traiter, et à partir de là nous passons notre vie entière à généraliser le spécifique puis à appliquer nos généralisations au spécifique. Ce processus est sans fin.

Au final nous pouvons faire remonter tout notre savoir à nos sens et aux schémas que nous avons généralisés à partir de ces sens. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous ne pouvons pas résoudre de problèmes que nous ne pouvons pas lier à des représentations invariantes. Même le raisonnement conscient repose sur ce processus.

Comment devenir plus intelligent

Les représentations invariantes sont les éléments constitutifs de l’intelligence humaine.

Étant donné le rôle critique des représentations invariantes, une voie vers une plus grande intelligence est d’augmenter votre exposition aux nouvelles expériences. Plus vous faites d’expériences via vos sens, plus votre esprit créera et stockera de représentations invariantes. Cela vous fournira un plus grand nombre d’outils de résolution de problèmes et une plus grande capacité d’adaptation aux nouvelles circonstances. Vous commencerez à résoudre facilement des problèmes que d’autres trouvent intimidants.

Une plus grande variété de données entrantes ne vous permet pas seulement d’apprendre plus de représentations invariantes ; cela va aussi aiguiser vos représentations existantes. L’expérience crée l’expertise.

Pensez à Leonard de Vinci, considéré comme un génie selon toute norme raisonnable. Il fut compétent dans divers domaines, dont l’art, la musique, la science, l’anatomie, l’ingénierie, l’architecture, et plus encore. Même si certains diraient que des intérêts aussi divers étaient un symptôme de son intelligence, je pense qu’il y a plus de chances qu’ils en étaient un facteur-clé. En s’exposant à une variété aussi riche de données entrantes, l’esprit de Leonard a dû créer bien plus de représentations invariantes que la plupart des gens. De plus, son esprit a pu former bien plus de liens entre ces représentations. Cela a grandement amplifié ses capacités de résolution de problèmes. Les représentations invariantes apprises des études dans un domaine ont souvent des applications créatives dans d’autres domaines.

Vous exposer aux mêmes genres de stimuli encore et encore n’augmentera pas beaucoup votre intelligence. Vous satisferez simplement les attentes de votre esprit au lieu de le pousser à former de nouveaux schémas grâce à de nouveaux stimuli. La routine est l’ennemi de l’intelligence. Si vous voulez devenir plus intelligent, vous devez sans cesse faire bouger les choses. Poussez-vous à faire ce dont vous avez peur. Exposez-vous tout le temps à de nouvelles expériences, de nouvelles idées, et de nouveaux stimuli, et vous deviendrez plus intelligent. Votre intelligence n’est pas figée tant que votre style de vie n’est pas figé.

Dans quelque domaine que ce soit, il y a un grand risque de myopie. Les gens qui travaillent dans ce domaine sont coincés dans leur routine, et ils ne pensent pas de façon très créative la plupart du temps. Pendant un moment leurs schémas routiniers pourraient très bien fonctionner, mais quand ces stimuli changent légèrement (ce qui finit toujours par arriver), ces vieux schémas (autrement dit les vieilles représentations invariantes) deviennent inexactes, et augmentent ainsi nos chances de faire des erreurs de jugement.

Pensez à la façon dont l’expansion d’internet a impacté le monde des affaires. Beaucoup de gens ont raté le coche parce que leurs représentations invariantes sont dépassées, ou parce qu’ils n’ont pas un ensemble de représentations invariantes assez riche dans d’autres domaines pour être capables de s’adapter à ce qui arrive. Donc soit ils évitent de monter une entreprise en ligne, soit ils le font de façon tellement idiote que même des adolescents mordus d’internet peuvent reconnaître que c’est clairement stupide. Pendant ce temps, les gens qui ont été capables de former des représentations plus précises et plus efficaces sont capables d’utiliser intelligemment le levier qu’est internet pour amener leur entreprise à de nouveaux niveaux.

Reconnaissez que tout notre raisonnement est fait à partir de nos représentations internalisées et fortement traitées de la réalité, pas à partir des faits bruts de la réalité elle-même. Même nos expériences sensorielles se passent entièrement dans notre esprit. Plus ces représentations d’internet sont limitées et inexactes, moins nous devenons intelligents. Par conséquent, l’intelligence n’est pas un état figé ; c’est un processus continu d’apprentissage et d’adaptation à une réalité en perpétuel changement.

Vous seriez surpris de la fréquence à laquelle des schémas invariants d’un domaine peuvent être appliqués à un autre. Par exemple, j’ai été capable d’améliorer mon autodiscipline en reconnaissant que développer mon autodiscipline était un peu comme faire de la musculation, donc j’ai appliqué la solution de l’entraînement progressif au domaine de l’autodiscipline, et cela m’a aidé à devenir une personne plus disciplinée. (Il y a deux ans j’ai écrit une série d’articles sur l’autodiscipline pour en expliquer les aspects pratiques si cela vous intéresse d’en apprendre plus sur le sujet.)

Comment devenir plus idiot

En termes d’intelligence, la pire chose que vous puissiez faire est de tomber dans une routine dans laquelle vos stimuli restent fondamentalement les mêmes jour après jour et où peu de choses vous surprennent. Cela ne signifie pas que chaque jour est strictement identique ; cela signifie juste que vos expériences actuelles sont assez similaires à des expériences passées que votre esprit a déjà classifié en représentations invariantes, ainsi vous répondrez toujours à vos attentes générales et vous ne serez plus poussé à apprendre quoi que ce soit de nouveau. Une bonne façon de déterminer si vous fonctionnez de cette façon est d’essayer de lister le nombre d’expériences importantes que vous pouvez identifier au cours des 30 derniers jours. Les expériences importantes sont celles qui se détachent dans votre esprit, et vous ne devriez pas faire beaucoup d’efforts pour vous en souvenir. Si les 30 derniers jours ressemblent à un brouillard flou de journées routinières où vous pouvez à peine vous souvenir de quelques pointes mémorables, même si vous étiez dans une grande activité, il est assez sûr de dire que vous êtes coincé dans une routine. Cette situation pourrait être très commune, mais en termes d’intelligence ce n’est pas très sain.

Il est ironique de se dire que vous pourriez devenir très intelligent au sein d’un environnement limité et régulier, mais vous handicaperez votre capacité à vous adapter aux nouvelles circonstances. Dès qu’un changement majeur survient – et le changement est inévitable – vous connaîtrez un immense stress et vous serez faible dans votre capacité à vous adapter aux nouvelles circonstances.

Plus vous vivez de nouvelles situations, plus grande sera votre capacité à vous adapter à des circonstances qui changent constamment. Pour un employé à long terme, être viré pourrait être un grand choc. Mais pour un entrepreneur à long terme, perdre un client en particulier n’a rien d’exceptionnel. L’entrepreneur a appris des représentations invariantes qui facilitent le fait d’ajouter de nouveaux flux de revenus, tandis qu’un employé pourrait avoir moins d’intelligence dans ce domaine. De la même manière, les gens qui interagissent socialement avec de nouvelles personnes chaque jour vont développer une plus grande intelligence sociale que ceux qui interagissent avec les mêmes gens encore et encore.

Votre défi

Je le répète, la routine est l’ennemie de l’intelligence. Faire le même rituel matinal, aller travailler au même endroit, faire le même type de travail, interagir avec les mêmes personnes, manger la même chose, regarder les mêmes émissions de télé, et souscrire par ailleurs aux mêmes schémas prévisibles va en fait vous rendre moins intelligent. La routine est importante pour fournir de la stabilité et de la sécurité, mais cela ne devrait fournir que l’enveloppe externe vous permettant de vous attaquer à de nouveaux défis chaque jour. Poussez-vous à intégrer de nouveaux stimuli, comme vous n’en avez encore jamais connus auparavant, et vous deviendrez plus intelligent. Dans l’idéal, vous voudrez vous attaquer à quelque chose de nouveau et de non-routinier au moins une fois par jour. Lisez un nouveau livre, écoutez une nouvelle chanson, allez marcher à un nouvel endroit, rencontrez une nouvelle personne, mangez dans un nouveau restaurant, jouez à un nouveau jeu, installez un nouveau logiciel – faites quelque chose qui amène de nouveaux stimuli frais à votre esprit.

Au cours des prochains jours, commencez à reconnaître consciemment la façon dont votre esprit utilise les représentations invariantes dans tout ce que vous faites. Remarquez les étiquettes que vous assignez aux gens, aux objets, et aux activités, comme par exemple patron, robinet et paperasse. Remarquez quelles autres étiquettes vous associez à ces représentations. Faites particulièrement attention à ces représentations qui impliquent votre identité. Comment vous étiquetez-vous ? Commencez à questionner certaines de ces représentations. Sont-elles exactes ? Est-ce que certaines d’entre elles vous freinent ? Comment pouvez-vous consciemment vous améliorer grâce à ces représentations ?

Crédits photo :  freshidea – Fotolia

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2 commentaires

  • Stéphanie dit :

    Bonjour Olivier,

    A nouveau merci pour la traduction de cet article.
    Cela rejoint la vidéo que tu as postée il a qq jours sur “comment devenir plus intelligent grâce à votre main gauche”. J’en ai fait l’expérience lorsque je me suis cassé le poignet droit juste avant un blocus à l’unif. J’ai du devenir ambidextre en deux semaines et j’y suis arrivée ! Quel soulagement lorsque finalement, j’ai en plus vu que j’avais réussi tous mes examens alors que je me voyais déjà échouer le jour où j’ai cassé mon poignet…
    Riche expérience en tout cas pour ma part. Comme quoi, il faut tjs se dire qu’on a les ressources pour s’en sortir, faut juste avoir le courage de se battre et d’affronter la tempête…

    Bonne journée
    Stéphanie

  • Ciza Hamuli Isaac dit :

    je suis tellement content de me retrouver.

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