30 jours à Disneyland — Jour 30

30 joursLe 30e jour (mercredi) de notre séjour à Disneyland, Rachelle et moi avons décidé de terminer en force, alors nous avons passé 16 heures à Disneyland. J’étais vraiment fatigué, mais j’étais content de franchir enfin la ligne d’arrivée.

Le lendemain matin (jeudi), nous avons rencontré un ami avec qui nous avons partagé le petit-déjeuner à Whole Foods. Ensuite, nous sommes rentrés à Vegas. J’étais ravi de voir les lumières de Las Vegas Strip à notre arrivée. J’étais heureux de savoir qu’il ne s’agissait pas des lumières de Disneyland.

Pendant les 4 ou 5 derniers jours de l’expérience, j’ai attrapé un rhume. Je suis d’ailleurs toujours convalescent. C’est pourquoi je n’ai pas posté de nouveaux articles depuis le 21e jour. Heureusement, la maladie était bénigne. J’ai donc pu passer de nombreuses heures à Disneyland chaque jour. Je n’ai pas manqué un seul jour de l’expérience. Certaines journées ont été épuisantes. À un moment donné, j’ai même fait une sieste dans la salle Tiki pendant que tous les oiseaux chantaient. Rachelle a dû me réveiller quand il était temps de partir.

Après avoir passé un mois entier dans un environnement fantastique, la vraie vie ne me semble pas encore bien réelle. Il y a eu tellement de choses au cours de ces 30 jours que ma capacité d’analyse ne parvient plus à tout prendre en compte. Il y avait des couches et des couches de leçons à apprendre. J’aurai peut-être besoin d’un certain temps pour me retrouver dans ma véritable réalité.

Il était difficile d’imaginer que ce n’était pas encore Noël. À Disneyland, c’est Noël tous les jours. J’ai l’impression d’avoir passé un mois dans un monde intemporel, et maintenant j’essaie de faire la transition vers un monde où l’horloge avance et où le calendrier a un sens. Une partie de moi craignait que ce soit Noël pour toujours.

Il y a deux choses pour lesquelles je suis particulièrement reconnaissant : la chance de consommer des aliments plus sains et la possibilité d’être loin de toute cette musique forte et des cris. J’apprécie vraiment la quiétude de mon quartier à Vegas, mais mes oreilles sifflent encore un peu. C’est probablement à cause de l’exposition constante aux bruits de Disneyland. Mon audition n’est pas aussi bonne qu’au début de cette expérience. J’espère que je retrouverai complètement mon sens de l’ouïe.

C’est étrange de ne pas être entouré d’une foule nombreuse aujourd’hui. Je me sens presque nu, loin de la foule. Cela peut paraitre étrange, mais une partie de mon esprit simule le passage d’une foule nombreuse, au moment même où j’écris ces mots. C’est comme lorsque vous conduisez pendant trop d’heures d’affilée, et que vous arrêtez enfin. Vous pouvez toujours voir la route se dresser devant vous lorsque vous fermez les yeux. Une partie de mon cerveau simule encore l’expérience à Disneyland.

L’émotivité artificielle

Au cours des dix derniers jours de cette expérience, j’ai vraiment commencé à voir comment les différentes pièces de Disneyland se rejoignent. J’ai vu comment les spectacles et les défilés suscitent des émotions chez les gens par rapport aux personnages de Disney. La conséquence, c’est que les gens achètent beaucoup de produits basés sur ces personnages dans les boutiques de cadeaux qui se trouvent à proximité. À la fin de l’expérience, quand se rendre à Disneyland était devenu ma routine quotidienne, l’expérience m’a semblé moins amusante et spontanée, et plus technique.

Quand j’ai commencé à remarquer cela, j’ai été moins enclin à tomber dans le piège émotionnel de l’endroit. J’ai presque totalement cessé de profiter des manèges pour le plaisir, et j’ai commencé à les étudier de différentes façons. Quel était le but de chaque attraction du point de vue de Disney ? Comment a-t-elle été conçue pour influencer les émotions des gens ? Vers quelles boutiques de cadeaux ou stands de nourriture sommes-nous dirigés après chaque tour ? Qu’est-ce que Disney attendait de moi ensuite ?

Obésité

Je peux dire qu’au cours des 30 derniers jours, j’ai vu plus de personnes obèses et morbidement obèses que je n’en ai jamais vu au cours des précédents mois de ma vie. J’ai même vu des familles dont tous les membres étaient obèses. C’est plutôt normal, car j’ai vu beaucoup de gens pendant cette expérience.

Beaucoup de gens semblaient se dandiner dans le parc ; bougeant leur poids d’un côté à l’autre pour se déplacer au lieu de marcher comme des gens en bonne santé. Parfois, j’essayais d’imiter cette façon de marcher pour voir comment c’était, mais Rachelle m’arrêtait.

Beaucoup de personnes obèses utilisaient des fauteuils roulants électriques pour se déplacer, peut-être parce qu’elles n’avaient pas l’endurance nécessaire pour marcher toute la journée. J’ai vu des couples obèses se promener en fauteuil roulant dans le parc. L’un d’eux a dû réserver une table de restaurant pour quatre personnes parce qu’ils ne pouvaient pas se contenter d’une table pour deux.

Il semble que le monde de Wall-E, dans lequel les humains obèses peuvent passer du divertissement à la nourriture et vice versa, existe déjà.

Bien sûr, Disneyland s’est adaptée à l’épidémie croissante de l’obésité, par exemple en réduisant le nombre de personnes sur les manèges pour accueillir les gens en surpoids. Parfois, lorsque je descendais d’un manège, je voyais plus de 20 personnes faire la queue à la sortie, c’est-à-dire les personnes en fauteuil roulant et leurs invités. J’ai trouvé intéressant que Disneyland récompense ces clients particuliers en leur donnant accès à des files d’attente plus courtes. Apparemment l’obésité est juste un autre handicap. De nombreux manèges ont aussi des voitures spéciales conçues pour accueillir les fauteuils roulants, de sorte que les gens peuvent emporter le fauteuil roulant au complet avec eux.

En général, j’ai trouvé que Disneyland essaie de cacher les facettes les plus laides de la société. À plusieurs reprises, j’ai vu des agents du parc changer le trajet d’un manège à cause d’une situation désagréable, comme un enfant qui vomit. Ils ne vous disent pas ce qui s’est passé ni pourquoi le trajet a été modifié. Ils se contentent de vous demander d’aller par ici plutôt que par là. Parfois, ils forment carrément un bouclier humain pour dissimuler un problème. Dans ces cas, il est même difficile de voir ce qui se passe.

Je les considère comme les gardiens du fantasme. Toutes les fois où il se passait quelque chose qui pouvait perturber le fantasme, par exemple une femme assise sur le trottoir pour recevoir des soins médicaux, je voyais ces gardiens surgir pour réorienter le trajet, comme pour dire : « Continuez d’avancer… il n’y a rien à voir ici. » Cela me rappelle comment Monstropolis réagit quand un enfant entre dans son monde dans Monstres & Cie.

J’ai l’impression que ce doit être un vrai défi pour Disney de maintenir ses activités basées sur l’irréel dans le monde des vrais êtres humains. Et à priori, la compagnie semble être assez douée pour cacher ce qui pourrait perturber l’expérience.

Disney

Rêve grand, Princesse

Un matin, alors que Rachelle et moi faisions la queue dans la file d’attente pour le contrôle de sécurité — tous les visiteurs doivent se soumettre à une fouille obligatoire des sacs pour entrer dans le parc chaque jour — nous avons vu une fille portant un sac à dos avec deux princesses Disney dessus ainsi que les mots Dream Big (rêvez grand). Nous nous demandions ce que cela voulait dire. Les filles sont-elles censées rêver de devenir des princesses un jour ? Sont-elles censées rêver grand comme une princesse ? Que pourrait-on considérer comme un grand rêve pour une princesse ?

À plusieurs reprises, lorsqu’elle entrait dans le parc, le contrôleur appelait Rachelle par le nom Princesse. Cependant, personne ne m’a jamais appelé Prince. Les contrôleurs m’appelaient par mon nom. Cela parce que mon nom est inscrit sur mon laissez-passer annuel. Parfois, le même employé m’appelait Steve, puis s’adressait à Rachelle en l’appelant Princesse. Rachelle ne se souvient pas si une employée l’a déjà appelée Princesse, mais elle sait que beaucoup d’employés l’ont appelée ainsi.

La seule fois où on m’a appelé autrement que Steve, c’est quand un contrôleur m’a appelé Jedi. Quand j’ai dit cela à Rachelle, et que plus tard elle fut appelée Princesse par un autre employé, elle a répondu qu’elle préférait être une Jedi. L’employé avait l’air amusé.

Beaucoup de filles portaient des costumes de princesse dans le parc. Les costumes d’Elsa étaient particulièrement populaires. Il y a un endroit au château de Disneyland où les filles peuvent se faire coiffer et se maquiller pour ressembler à des princesses de Disney. On les voyait sortir toutes étincelantes. Je n’ai cependant pas trouvé d’endroit équivalent dans le parc où les garçons étaient transformés en princes.

Objets perdus

Pendant nos 30 jours à Disney, Rachelle et moi avons trouvé un certain nombre d’objets perdus, dont deux portefeuilles, un sac à main contenant un portefeuille et un téléphone, des clés de voiture, un sac à dos, une boucle d’oreille, et probablement d’autres objets que j’ai oubliés. Dans chaque cas, nous avons remis les articles à un employé qui se trouvait dans les environs et lui avons demandé de les mettre aux objets trouvés, et il nous a assuré qu’il le ferait. Dans un cas, nous avons pu trouver la propriétaire d’un portefeuille peu de temps après qu’elle l’ait laissé derrière elle. Nous lui avons rendu directement. Elle était soulagée et reconnaissante… et peut-être un peu choquée d’avoir failli laisser son portefeuille sur un distributeur de Fastpass.

Nous espérons que les autres objets perdus retourneront à leurs propriétaires respectifs. Disney a une section destinée aux objets trouvés en face du parc (mais à l’extérieur). La file d’attente à ce niveau est souvent très lente. Je ne peux qu’imaginer le nombre d’objets perdus qu’ils doivent contrôler et rendre chaque jour.

Espoir

Dans les derniers jours, mes sentiments au sujet de l’expérience oscillaient entre la déception et l’espoir. J’ai vu beaucoup de choses pendant ces 30 jours qui m’ont amené à craindre pour l’avenir de l’humanité. À plusieurs reprises, je me suis demandé quel est le niveau réel d’intelligence de l’espèce humaine… J’ai cherché à savoir si je voulais vraiment y être associé. Il semblait que la société Disney ne faisait que manipuler les émotions des gens à des fins lucratives. Et la plupart des gens ne semblaient pas le remarquer ou s’en soucier.

Beaucoup de propriétés Disney promeuvent l’idée selon laquelle si vous êtes bête et naïf, mais bienveillant, il vous suffit de vous concentrer sur l’émotion et la prise de risques, et tout se passera bien. Bien sûr, un tel style de vie est plus susceptible de mener à une vie en fauteuil roulant plutôt qu’à une vie de princesse, mais cela n’a pas l’air d’avoir de l’importance. Beaucoup de gens en veulent encore plus.

Je pourrais aussi déplorer le fait que les gens dépensent tant d’argent pour des bibelots de marque Disney fabriqués en Chine et de la nourriture industrielle qui nuit à la santé plutôt que pour leur éducation et leur développement personnel. Le revers de la médaille, c’est que si les gens sont prêts à faire ce genre de choses, cela donne lieu à des possibilités énormes. Si Disney peut faire croire aux gens qu’un ornement de Noël de marque Mickey Mouse de 20 $ ou un t-shirt Star Wars de 35 $ est un bon investissement — sans parler du billet d’entrée de plus de 100 $ — alors il devrait être encore possible de lancer des entreprises qui offrent aux gens des sources de valeur plus intelligentes.

J’ai fini par porter un jugement très critique sur certains aspects de la société. Par contre, je suis aussi très reconnaissant de ne pas avoir à gérer ces aspects au quotidien pour le reste de ma vie. Je pense que si je continuais de rester dans cet environnement, je finirais facilement par me sentir déprimé, désabusé et désespéré. Cependant, après m’y être plongé un certain temps pour ensuite faire marche arrière, je me sens surtout inspiré.

Je me sens particulièrement chanceux que la majeure partie de mes interactions normales (en dehors de cette expérience à Disney) se fasse avec des gens intelligents, qui recherchent la croissance et qui veulent faire une différence positive dans le monde. J’aime et j’apprécie encore plus ces gens maintenant.

30 jours avec un partenaire

Cette expérience à Disney est l’une des rares occasions où j’ai fait une expérience de 30 jours avec une partenaire, en l’occurrence ma petite amie Rachelle. La plupart du temps, quand je fais un essai de 30 jours, je le fais seul. Cela dit, comme Rachelle me l’a rappelé, je n’aurais jamais fait cette expérience tout seul. Je suis certain que je m’ennuierais à mort, si j’avais décidé de passer 30 jours à Disneyland tout seul. Alors, dès le départ nous étions d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une expérience de couple.

Il est difficile de dire comment cette expérience a pu affecter notre relation. C’était vraiment étrange de faire cela ensemble. Je suis reconnaissant d’avoir une partenaire qui est prête à faire ce genre de chose avec moi. Nous avons eu quelques moments en cours de route où chacun de nous a commencé à craquer un peu à cause de la folie pure et simple de ce que nous faisions, surtout entre le 10e et le 20e jour. Cela dit, la plupart du temps, cela s’est traduit par de petites piques et au final tout semblait absurde et insensé. Une fois que nous avons atteint le point où les jours restants étaient réduits à un seul chiffre, il semblait beaucoup plus facile d’aller au bout de l’expérience.

Ces 30 jours ont été tellement débordants de flux que tout est un peu flou. Nous devrons revoir nos photos pour nous rappeler certains détails. Je pense que le fait d’avoir vécu ensemble une expérience prolongée aussi inhabituelle est une intéressante référence pour nous.

Je dois ajouter que nous espérons maintenant passer un moment relativement calme, complètement différent de l’ambiance de Disney, pour le reste de l’année. Aucun de nous n’a l’intention de renouveler ses laissez-passer annuels lorsqu’ils expireront le mois prochain, même si Disney offre une petite réduction pour le faire — environ 6%. Même si le parc offrait 75% de réduction, je ne renouvèlerais pas mes passes.

Pourrais-je supporter de retourner à Disneyland ? Je n’ai pas l’intention d’y retourner de sitôt. Toutefois, je n’exclus pas cette possibilité. Peut-être que si la compagnie procède à beaucoup de changements et que je suis curieux de voir comment elle continue d’évoluer, je pourrais envisager d’y faire un tour. Je pense toutefois que je vais au moins faire une année sans y remettre les pieds.

Émotion

Étant donné que Disneyland cherche clairement à offrir une expérience émotionnelle, l’un des plus grands changements que j’ai connus après y avoir passé 30 jours a été de réévaluer ma propre relation avec les émotions. Quand j’ai vu comment Disney manipulait habilement les émotions des gens comme le marionnettiste que l’on voit avant de monter sur le manège de Pinocchio, j’ai commencé à prêter plus attention à mes propres émotions. Je me demandais de quelle façon Disney essayait de m’amener à ressentir certaines émotions.

C’était comme une forme de méditation. Cependant, au lieu d’observer mes pensées, j’ai observé mes sentiments et les déclencheurs qui les ont engendrés. Plus j’observais mes sentiments, moins ils semblaient influencer mon comportement.

Par exemple, c’était amusant pendant un moment de continuer d’améliorer mon score à Astro Blasters. Mon record personnel pendant les 30 jours a été de 984 500 points. Toutefois, au bout d’un moment, j’ai arrêté de m’en soucier. Mon score m’importait peu. Une fois, j’ai posé mon arme et je n’ai pas pris la peine de tirer pendant un moment. J’ai juste observé les autres joueurs.

Lors de notre dernière soirée là-bas, nous avons regardé le spectacle Disney’s World of Color. J’ai vu les différents personnages de Disney défiler dans des scènes animées avec de la musique Disney en plein essor. J’ai vu le géant Mickey Mouse derrière l’eau. Il a probablement été placé là délibérément pour aider les gens à associer leurs émotions à l’une des marques les plus reconnues de Disney. Toutefois, j’ai surtout observé la foule. J’ai regardé et écouté les gens s’agiter et pousser des cris. Et j’ai pensé : « Waouh…. Disney contrôle vraiment ces gens. Leur niveau de soumission est impressionnant. »

J’ai quitté ce lieu en ayant une relation changée avec mes propres émotions. Après un mois intense en matière d’émotions, cette sursaturation semble m’avoir transporté vers une nouvelle destination de calme émotionnel. Je ne sais pas si cela va durer, mais actuellement je ne recherche pas de la stimulation émotionnelle.

Grâce à cette expérience, j’ai remarqué à quel point ma vie a été influencée par le conditionnement émotionnel. Chaque jouet que j’ai possédé, chaque émission télévisée ou film que j’ai regardés, chaque album que j’ai acheté — tout cela était motivé par l’émotivité et le désir de stimulation.

Je ne sais pas encore où cela nous mènera. Comme c’est le cas avec beaucoup d’autres expériences transformationnelles, celle-ci prendra probablement un certain temps à s’intégrer. Je me sens très concentré en ce moment, et je suis très motivé à me lancer dans d’autres explorations. Cette fois, cependant, la motivation est différente. Je me sens moins intéressé par la stimulation émotionnelle que peut apporter la poursuite des objectifs. Ce qui m’attire le plus, c’est le processus d’apprentissage et les résultats qu’il peut fournir.

Ce n’était pas une expérience facile, et j’étais très indécis à ce sujet pendant un long moment. Cependant, maintenant que tout est terminé, je suis content de l’avoir fait. Je trouve qu’en explorant les extrêmes de la vie, j’apprends beaucoup de choses sur moi-même parce que ces extrêmes me pressent et me courbent d’une façon inhabituelle, ce qui fait émerger des leçons cachées.

Article original écrit par Steve Pavlina.

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