Redécouvrir le passé

Note : cet article est une traduction de l’article Rediscovering the Past de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

PasséJe suis en train de taper sur un PC dans le coin pro de l’hôtel Bay Area. Il est 2h25 du matin, et ma femme est en haut dans notre chambre, elle dort bien évidemment. Notre hôtel a un point pro ouvert 24 heures sur 24 avec un accès très haut débit à internet, ce qui est super pour les dormeurs polyphasiques. Ma femme ne semble pas trop aimer l’idée que je blogue sur mon ordinateur portable dans la pièce pendant qu’elle dort.

Notre hôtel est à Emeryville, juste de l’autre côté du Bay Bridge par rapport à San Francisco. Je vivais dans un appartement ici de 1990 à 1991, à un jet de pierres des docks. Hier nous avons visité l’ancien complexe d’appartements dans lequel j’habitais et j’ai découvert que cela avait été transformé en immeuble de standing. Le petit studio que je louais ici coûtait 600$/mois et vaut aujourd’hui près de 300 000 $. C’est presque autant que notre maison à 4 chambres à Vegas.

Techniquement c’est un voyage de vacances, mais c’est aussi une ré-exploration de mon passé. Emeryville est l’endroit où mon intérêt pour le développement personnel a commencé, et c’est la première fois que j’y reviens depuis. En 1990, je n’étais que vaguement intéressé par tout ce qui touchait à l’auto-assistance. De tels concepts m’étaient totalement étrangers. J’avais l’habitude de beaucoup jouer au poker avec des amis quand je vivais ici, et à la fin de l’année, je n’étais pas meilleur à ce jeu qu’au début de l’année. Il se trouvait simplement que j’avais le niveau que j’avais. Je n’avais aucune sensation de pouvoir améliorer mes capacités, ma personnalité, ou mon caractère si je le voulais. L’idée ne m’avait jamais traversée. Mon concept du développement personnel était limité à ce que je pourrais apprendre à l’école – je pouvais acquérir du savoir, mais je ne pourrais pas changer la personne que j’étais devenue.

Mais après m’être mis dans de sérieux ennuis, cet état d’esprit limitatif créait tellement de douleur en moi que je n’avais pas beaucoup d’autre choix que de me débarrasser de ça. Je me suis retrouvé dans une situation où ne pas évoluer devenait intolérable. J’étais sur la pente descendante, à grande vitesse, et si je ne changeais pas qui j’étais, cela allait provoquer ma perte. Je serais probablement en prison à l’heure actuelle si je n’avais pas balancé ces croyances limitatives. La douleur était l’impulsion de départ pour me mettre à travailler sur moi (en particulier sur mon caractère), mais une fois que j’ai commencé à voir des résultats, c’était la joie, le plaisir, qui m’a gardé en mouvement. Et aujourd’hui c’est simplement qui je suis – le développement fait partie intégrante de mon esprit.

Nous avons visité Berkeley hier et nous allons passer la majeure partie de notre journée ici. Cela a été un sacré voyage dans le passé de remonter la Telegraph Avenue. J’ai remarqué combien les choses avaient beaucoup – et aussi si peu – changé. La pizza de Blondie ressemble toujours à celle que j’ai connue il y a 15 ans. J’ai souvent mangé ici quand je vivais à Berkeley (j’ai vécu ici un an avant de déménager à Emeryville).

En visitant certains de mes anciens repaires, j’ai régalé ma femme d’histoires. Nous ne nous sommes rencontrés qu’en 1994, et c’était la première fois qu’elle venait dans ces villes. Elle a remarqué à quel point je pouvais avoir été différent (mis à part qu’elle a utilisé un mot un peu plus coloré que « différent »). J’étais assez sauvage à l’époque. Je commettais quasiment chaque jour un acte criminel… généralement du vol à l’étalage. Je n’avais aucun sens d’intégrité ou de conscience quelles qu’elles soient.

Je suis entré à l’Université de Berkeley juste après le lycée, mais cela n’a pas pris longtemps avant que je me fasse renvoyer. C’est ce qu’ils font quand vous ne venez pas en cours et que votre moyenne semestrielle commence par une virgule. Je ne m’intéressais simplement pas à l’école quand j’y étais, donc je n’ai même pas essayé. J’avais des leçons de vie très différentes à apprendre qui n’avaient rien à voir avec l’université. Mon principal souvenir universitaire était de rôder près de l’imprimante dans le labo des sciences informatiques et de piquer les imprimés avant que quelqu’un ne se montre pour les réclamer. Quand je trouvais le bon devoir terminé, j’écrivais mon nom en haut et je le rendais comme s’il était à moi. C’était ma conception de la gestion du temps à l’époque. Avec 500 étudiants par classe, je ne suis jamais fait prendre. Je détestais vraiment le langage Lisp !

Alors que ma femme et moi traversions un magasin de vêtements pour étudiants, je lui ai montré que la mascotte de l’école était un ours (les Cal Bears). Elle s’est tournée vers moi et a dit : « Hahaha ! Tu t’es fait virer d’une école d’ours ! » On a bien rigolé tous les deux avec ça.

Malgré tous les ennuis dans lesquels je m’étais fourré, ce que je ressens principalement est un profond sentiment de gratitude. Si je n’avais pas été cet ado imprudent, je n’en serais pas là où je suis aujourd’hui. Si je m’en étais tenu à la voie qui était en face de moi à cette époque, j’aurais été diplômé à Berkeley et j’aurais probablement continué et obtenu un doctorat. J’aurais fait partie des étudiants de tête comme je l’étais au lycée, et aujourd’hui je travaillerais sûrement comme programmeur, ou comme professeur d’université comme mes deux parents. Peut-être que dans un univers parallèle, il y a un autre moi qui vit une vie comme ça en ce moment, qui enseigne le Lisp à d’autres étudiants qui apprennent à détester les parenthèses.

Si j’avais suivi cette route, quelque chose de magnifique aurait été perdu. Je n’aurais pas été connecté à ce grand esprit en moi. À Berkeley et Emeryville, j’ai brisé tous mes modèles précédents. Je me suis forcé à démarrer de zéro en tant qu’adulte, à penser à moi au lieu de jouer à suivre les suiveurs. J’ai déçu tous ceux qui s’attendaient à ce que j’aie de super résultats universitaires, y compris moi. Mais via ce processus confus, et souvent pénible, j’ai découvert le cœur de l’homme que j’étais destiné à devenir.

J’ai la forte sensation d’un destin derrière cela. C’est comme si toutes ces expériences étaient censées arriver. Elles ont mené à une extension de ma conscience et ont commencé à m’éveiller à de nouveaux niveaux d’existence. Recevoir une éducation standard suivie d’un travail correct ne semblait simplement pas faire partie de mon chemin.

Je pense que chacun d’entre nous a un grand esprit en lui, et que c’est via nos émotions que nous pouvons entrer en contact avec lui. Parfois notre esprit est tellement enterré sous des couches de peur que ce n’est que via nos émotions profondes et noires les plus viscérales que nous pouvons nous reconnecter avec lui. Cette voie commence avec le sentiment, peut-être juste la suspicion, que quelque chose dans notre vie ne paraît pas tourner vraiment rond, même si notre esprit logique dit que nous nous débrouillons tout à fait bien.

Mon esprit voulait se rebeller contre les règles et la rigidité parce que son état naturel est d’être libre et sans peur. Donc quoi que ce soit qui m’effrayait, mon esprit me poussait à en faire l’expérience. Chaque fois que je me sentais piégé dans un système rigide, mon esprit m’ordonnait soit d’en sortir soit de briser le système. Plus j’essayais de nier ou de contrôler ces parties de moi, plus je connaissais de conflit et de douleur. Mais maintenant que je travaille consciemment en coopération avec eux, je n’ai jamais été plus heureux ou plus accompli. Je ne pourrais jamais retourner vivre dans un cocon de peur.

Aider les autres à éveiller les grands esprits en eux fait partie de mon but. De nombreuses fois quand je rencontre des gens, je peux sentir la présence de leur esprit. C’est presque comme s’il s’exprimait sur un canal différent des mots qu’il dit. Même si chaque esprit est unique, ils partagent tous les mêmes qualités. Peut-être que la qualité la plus commune est l’absence de peur. Peu importe à quel point quelqu’un peut avoir l’air écrasé et apeuré extérieurement, je peux sentir un être plus fort en eux qui désire vivement vivre sans peur.

Plus je vis en cohérence avec mon propre esprit, plus je suis capable de connecter les autres avec leur esprit. Je fais cela en traitant les gens COMME leur esprit au lieu de les traiter comme leur simple moi tridimensionnel. J’essaye d’éviter le conditionnement social qui nous contraint à parler sans réellement communiquer. Chaque fois que j’éveille les émotions de ces gens, je sais que j’ai accès à leur esprit.

En devenant plus connecté à mon propre esprit, je note que les gens deviennent plus émotifs autour de moi. C’est comme si je résonnais d’une énergie qui remuait les gens et les poussait à ressentir quelque chose. À la base ce sentiment semble prendre la forme d’une agitation. Je fais ressentir aux gens qu’ils ont besoin d’aller faire quelque chose, même si ce quelque chose n’est probablement pas clair. Je ne dis pas cela par égo ou par vanité – c’est simplement quelque chose dont j’ai été témoin tout au long de l’année passée. Je pense que c’est vrai pour tout le monde cependant. Quand nous alignons nos esprits et nos corps tridimensionnels aux grands esprits en nous, nous aidons les autres à faire de même. Et ce processus d’éveil peut impliquer une forte dose de libération émotionnelle.

C’est ce que je veux passer mon existence humaine à faire. Je ne trouve rien de plus intrinsèquement gratifiant que d’éveiller les gens aux grands esprits en eux. Aucune quantité de succès terrestres ne s’approchent de la joie qu’il y a d’aider quelqu’un à s’éveiller et de voir une partie de mon propre esprit me regarder en retour par ses yeux.

Crédits photo : © Maksim Kabakou – Fotolia.com

2 commentaires

  • yamilé dit :

    J’adore cet article et ce témoignage.Je trouve magnifique ce cheminement et la manière avec lequel tu le racontes: on sent l’éveil en toi, l’attention que tu portes à la moindre de tes impressions et émotions pour dire comment tu choisis chaque jour d’être et de devenir.
    En même temps, ça me fait envie: malgré de gros efforts,je reste bloquée dans ma vie….Je me suis libérée d’une relation de dépendance affective, j’ai écrit et publié, j’ai reçu un prix mais presque anonyme. Je reste prisonnière de quelque chose qui me fait mal et m’empêche par exemple de retrouver une relation avec un homme. Je suis très seule et non intégrée , mais il s’agit d’une société de suiveurs à laquelle je ne veux pas m’identifier….J’ai besoin d’aide, de petits conseils qui pourraient m’orienter .
    Merci en tous les cas pour cette belle page de gratitude et d’espoir.

    • Ccile dit :

      Bonjour Yamilé,
      Je trouve touchant ton commentaire et comme toi je trouve ce texte très inspirant. J’ai envie de te dire que ce n’est pas dans l’effort que tu trouveras tes réponses mais dans la fluidité de tes émotions, qu’être dépendant d’une relation affective est un leurre car l’amour est en soi. Moi non plus je ne m’identifie pas à cette société de suiveurs mais ce que je vois, ce sont tous ces gens qui s’éveillent et qui en sortent pour se construire dans ce monde en y contribuant de façon aimante. En fait pour tout te dire, je trouve la vie complètement délirante et géniale. Parce qu’on y est libre et créateur. Si tu as conscience d’être prisonnière, liée par des chaînes qui te limitent : il faut les repérer, les nommer et trouver leur contraire dans la vie pour s’en défaire. Souvent les chaînes sont des croyances inhibantes et toxiques. Si j’ai pu t’inspirer quelques solutions, j’en serais heureuse 🙂

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