Sommeil polyphasique 2.0

Note : cet article est une traduction de l’article Polyphasic Sleep 2.0 de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Sommeil polyphasiqueCes dernières semaines, j’ai essayé différents ajustements dans ma routine de sommeil polyphasique. Je sentais que mon habitude de dormir de cette façon était assez ancrée pour que je me permette de faire quelques expériences. Je me suis dit que comme c’était maintenant mon modèle par défaut, je n’allais pas tout faire foirer si je tentais quelque chose de différent pendant un jour ou deux. Cette présomption s’est avérée.

Finalement, aucun des ajustements que j’ai testés n’a réellement fonctionné… bon, sauf un peut-être (en gros), mais je suis content de les avoir testés parce que cela m’a aidé à cartographier les frontières (autrement dit mes limites) de ce modèle de sommeil. Je n’ai cependant aucune idée si mes résultats vont ou non se généraliser chez les autres.

Juste un pense-bête (et pour mes nouveaux lecteurs), mon modèle de sommeil polyphasique par défaut inclut 20 minutes de sieste toutes les 4 heures environ pour un total de 6 siestes en 24 heures. J’ai commencé ce schéma de sommeil il y a 4 mois, mais cela me semble beaucoup plus vieux maintenant.

Voici quelques ajustements que j’ai tentés :

Sauter des siestes. Je m’attends à rencontrer des situations occasionnelles où faire une sieste poserait vraiment problème. Donc j’ai voulu savoir ce qui arriverait si j’essayais de sauter une sieste quotidienne (il y a des chances que je n’aie jamais besoin d’en sauter une la nuit). Cela n’a pas fonctionné du tout. Rester éveillé 8 heures de suite était pratiquement impossible pour moi. Je peux tenir 6-7 heures max avant de commencer à avoir sérieusement du mal et à sentir que je dois absolument aller dormir. Après 6 heures de veille ou plus, je peux à peine réfléchir clairement. Essayer de conduire une voiture dans cet état serait très dangereux. Cela doit sembler assez pathétique de ne plus arriver à rester éveillé 8 heures d’affilée, mais c’est le sacrifice de base nécessaire pour dormir polyphasiquement. Il semble que j’ai conditionné mon corps non seulement à survivre à ce schéma de sommeil, mais aussi à en dépendre. Si je tiens trop longtemps sans sieste, je ressens un besoin physique intense d’en faire une. C’est comme mourir de soif et d’avoir désespérément besoin d’un verre d’eau. Cela ne semble pas être une question d’autodiscipline – mon corps commence simplement à s’éteindre.

Repousser une sieste, par contre, fonctionne. Je fais ça depuis des mois sans réel problème. Je peux étirer le temps entre deux siestes à 6-7 heures, mais quand je fais ça, j’ai besoin de siestes plus fréquentes par la suite pour le rattraper. Donc je finis quand même par faire 6 siestes dans une période de 24 heures. J’ai simplement la liberté de les décaler un peu, tant que je n’en abuse pas trop (autrement dit je ne peux pas avoir deux périodes de 6-7 heures de veille d’affilée). La plupart du temps, une fois que je dépasse les 5 heures de veille, je commence à me sentir un peu timbré, et cette sensation augmente en intensité si je reste éveillé plus longtemps. Ce n’est pas la même sensation que la torpeur à laquelle j’étais habitué quand je dormais monophasiquement et que je restais debout après l’heure de coucher habituelle. C’est de la somnolence – avec le sommeil polyphasique, la sensation est différente. La meilleure façon de le décrire serait la façon dont Odo dans Star Trek : Deep Space Nine doit se sentir quand on l’empêche de se régénérer. J’ai une sensation de pression qui augmente pour aller faire une sieste. Mais contrairement à la somnolence cette sensation n’a pas l’air de venir de mon cerveau. Cela n’a pas l’air hormonal. C’est plutôt comme une pression cellulaire, comme si les cellules de mon corps demandaient que je m’éteigne et que je redémarre. C’est une sensation difficile à décrire, car je n’ai jamais vraiment ressenti ce genre de chose en dormant de façon monophasique. Avec le sommeil polyphasique c’est comme si tout mon corps me disait quand dormir à la place de mon cerveau.

Faire une sieste est comme m’éteindre pour redémarrer. Même si je suis vraiment crevé quand je suis allongé (autrement dit si je suis resté debout trop longtemps), après seulement 20 minutes je me réveille presque toujours en me sentant formidablement bien. Parfois pendant quelques minutes, je me sens un peu désorienté. Pas somnolent… juste confus. Mes rêves sont si riches et vivaces maintenant que quand je me réveille, je doute souvent d’où je suis et j’ai besoin de me réorienter dans mon environnement. Maintenant que je fais jusqu’à 6 rêves chaque jour dont je me souvient au réveil, le monde des rêves est devenu une partie significative de mon existence quotidienne que je n’en avais l’habitude.

Sauter des siestes avec de la caféine. Je savais de par mes expériences précédentes que, en règle générale, la caféine et le sommeil polyphasique ne s’accordent pas. Même une tasse de thé caféiné va hautement me perturber, soit en me donnant envie de faire des siestes plus fréquentes ou en dormant plus que la longueur prévue. Mais je voulais voir si la caféine pourrait être utilisée de façon irrégulière pour sauter efficacement une sieste, même s’il pourrait y avoir des conséquences sur ma récupération plus tard. Donc, pour l’expérience, environ une heure avant que je doive faire une sieste, j’ai pris un petit café et j’ai sauté la sieste. Cela m’a effectivement permis de sauter la sieste. Je pourrais rester éveillé pendant 8 à 9 heures d’affilée sans difficulté. Cependant, ma prochaine sieste après cela n’a généralement pas été aussi profonde, et pendant les siestes de nuit le soir même, je dormais invariablement trop longtemps. Je pouvais me lever quand le réveil sonnait, mais je me sentais tellement fatigué que je devais simplement retourner au lit. Les siestes ne me permettaient pas de récupérer autant que d’habitude. La durée de sommeil en trop était généralement de 3-4 heures. Mais le bon côté est qu’après cela j’allais à nouveau bien et je pouvais revenir à mon modèle habituel. Donc si j’ai absolument besoin de rester debout plus de 8 heures d’affilée, une tasse de café juste avant la sieste sautée faisait l’affaire. Mais alors après je devais en payer la note avec une compensation de 3-4 heures. Dans certaines situations, je pense que cela aurait été un marché équitable. Mais si je n’ai pas de véritable raison de le faire, j’évite simplement la caféine.

Faire une sieste sans alarme. Quand j’ai commencé cette expérience, j’utilisais un minuteur sur ma montre digitale pour me réveiller. Mais au bout de quelques mois avec une alarme qui sonne 6 fois par jour, j’ai vidé la batterie de la montre. Malheureusement, dans le processus de remplacement de la batterie, un tout petit ressort a sauté à travers la pièce, et je n’ai pas réussi à faire fonctionner l’alarme sans ça (même si les autres fonctions de la montre fonctionnaient encore). J’ai passé le tapis au peigne fin avec un aimant, mais soit le ressort n’était pas aimanté, soit je n’ai simplement pas réussi à le trouver. Donc j’ai échangé avec un minuteur de cuisine à la place. Je l’utilise depuis deux mois environ maintenant, et la batterie va encore bien. 🙂

J’ai lu le journal d’un autre dormeur polyphasique qui a dit qu’il n’avait plus besoin de l’alarme pour le réveiller au bout de quelques semaines. Donc bien sûr j’ai voulu essayer ça. J’ai trouvé que cela marchait de façon inconstante. La plupart du temps, je me réveillais après moins de 20 minutes, mais généralement je dormais 30 minutes ou plus puis je me réveillais groggy. Par défaut j’utilise encore l’alarme pour toutes les siestes. Ma dépendance vis-à-vis de l’alarme pourrait être le résultat du fait de me lever à 5 heures avec un réveil tous les matins avant de tenter le sommeil polyphasique. J’étais déjà conditionné à me réveiller de cette façon, donc peut-être que le schéma s’est simplement transposé. Mon corps était déjà entraîné à dormir jusqu’à ce que l’alarme sonne.

Je ne me tracasse pas trop pour ça parce que c’est assez facile de mettre l’alarme. Mais être dépendant de la technologie pour maintenir mes cycles de sommeil me semble un peu contre-nature… comme si j’étais à moitié cyborg. Mais alors, les blogs ne poussent pas vraiment sur les arbres non plus, donc je suis déjà allé aussi loin que va la dépendance à la technologie. 🙂

Les siestes de 30 minutes. J’étais très heureux de mes siestes de 20 minutes, entre le moment où je m’allongeais et celui où l’alarme sonnait et où je me levais. Mais je voulais voir si des siestes plus longues feraient une différence, donc j’ai commencé à mettre mon alarme sur 30 minutes à la place. Cela n’a pas très bien fonctionné. Généralement je me réveillais avant que les 30 minutes soient terminées (pas de problème jusque là), mais si je dormais les 30 minutes entières, je me réveillais en me sentant groggy et moins énergique pendant la période de veille suivante. Je ne me souvenais généralement pas non plus de mes rêves si je me réveillais au bout de 30 minutes, ce qui signifiait que j’avais déjà dépassé le stade du sommeil paradoxal. Donc même si mon alarme interrompait parfois mes rêves, je préférais me réveiller pendant que je rêvais que de dormir trop longtemps au-delà de ce stade. Plus de sommeil ne signifie apparemment pas se sentir plus reposé. Dans ce cas j’ai trouvé que dormir trop longtemps est tout aussi mauvais que ne pas dormir assez. Cela m’a demandé pas mal d’ajustements pour me caler exactement sur la quantité de sommeil dont j’avais besoin.

Des siestes de 30 minutes toutes les 6 heures. J’ai lu que c’est comme ça que Buckminster Fuller avait dormi pendant quelques années (je ne peux cependant pas en vérifier la véracité), donc j’ai pensé que cela pourrait être intéressant à essayer. Même si l’expérience des siestes de 30 minutes avait déjà échoué, je me demandais ce qui arriverait si je poussais mes périodes de veille à 6 heures et faisait des siestes de 30 minutes. Peut-être qu’alors mon corps trouverait un moyen d’avoir plus de sommeil paradoxal, et que 30 minutes s’avèreraient être la dose parfaite.

Cette expérience a été un flop total. Un jour j’ai fait ma sieste habituelle à 5 heures puis j’ai essayé de faire la suivant à 11 heures au lieu des 9 heures habituelles. Ca a été difficile, mais j’ai réussi. Puis j’ai repoussé la sieste d’après à 17 heures. C’était encore plus dur, mais j’ai réussi avec quelques efforts, même si je me sentais clairement privé de sommeil. En me levant de ma sieste de 17 heures, je ne me sentais pas assez reposé, et le temps passant je suis devenu de plus en plus agité et mal à l’aise. Finalement j’ai senti que j’avais juste besoin d’aller dormir. Ma famille est allée se coucher, puis j’ai descendu les escaliers pour dormir sur le canapé. J’ai mis l’alarme sur 30 minutes et je suis allé me coucher à 22 heures, donc mes cycles ont été 6 heures, 6 heures, et 5 heures.

Quelques temps plus tard je me suis réveillé dans le noir, mais ce n’était pas à cause d’une alarme. Je ne pouvais pas dire si j’avais dormi longtemps, et je me demandais ce qu’il était arrivé à l’alarme. Je suis allé allumer la lumière et j’ai ri quand j’ai vu l’heure. 4h15. J’avais dormi 6 heures pleines. Je suis allé vérifier mon alarme pour voir ce qui était arrivé. Ce minuteur de cuisine a comme particularité qu’après que l’alarme du compte à rebours se mette à sonner, il commence immédiatement à compter les secondes à partir de zéro. De même, cette alarme ne s’éteint pas toute seule – elle va continuer à beugler jusqu’à ce que je la coupe manuellement. Elle est très facile à couper cependant ; il suffit d’appuyer sur n’importe quel bouton. Normalement quand je la coupe, le compteur marque 0:03 ou 0:04… voire 0:07 si je dois farfouiller dans le noir pour mettre la main dessus. Eh bien, cette fois en regardant le décompte, j’ai lu 0:18. 18 secondes ! Donc apparemment je l’ai bien coupé, mais cela m’a pris un temps fou de le faire, surtout qu’il est à portée de bras du divan où je dors. Je n’ai absolument aucun souvenir d’entendre l’alarme sonner et encore moins de l’éteindre. Donc soit cela a pris un temps inhabituellement long pour que l’alarme me réveille, soit j’étais tellement désorienté que j’ai tâtonné semi-consciemment pendant 18 secondes pour essayer de l’éteindre.

Donc c’était un résultat assez amusant. Je ne pense pas que je réessayerai encore un jour. Je ne dis pas que le modèle 30×4 ne peut pas fonctionner, mais il me semble que cela me demanderait une adaptation difficile pour m’y habituer.

Après chacune de ces expériences, j’ai pu rapidement revenir à mon modèle polyphasique par défaut. C’est bon de savoir que je peux tester quelques ajustements sans devoir retraverser cette horrible période d’adaptation.

Pour le moment au moins, je ne semble pas pouvoir faire mieux que le modèle 20×6. Je peux l’étirer un peu si nécessaire, mais si j’essaye de le briser, cela me brise à la place. 🙂

Psychologiquement, je me sens bien adapté au modèle polyphasique. Comme je l’ai dit précédemment, je crois que l’adaptation sociale et psychologique a été un défi bien plus grand que l’adaptation physique. Si je reviens un jour au sommeil monophasique, cela serait sûrement parce que j’ai connu un changement de circonstances qui fait que le sommeil polyphasique n’est pas pratique. Par exemple, si je commence à faire des séminaires publics qui durent un jour entier à un moment, à quel point pourrais-je y adapter un modèle polyphasique ? La meilleure réponse que je peux donner pour le moment est que cela dépend des détails. Y aurait-il assez de pauses aux bons moments et d’accès pratique à un bon endroit pour dormir ?

Au moins il est bon de connaître certaines des limites, comme la façon dont je peux déplacer les siestes, comme ça je peux faire preuve d’un peu de souplesse quand la situation le demande. En fait, si vous repensez aux expériences ci-dessus, vous verrez qu’elles sont très similaires à ses cousines de sommeil monophasique. Sauter une nuit complète de sommeil ne dégrade pas mes performances. La caféine interfère avec le sommeil réparateur. Dormir sans réveil va parfois me faire dormir trop longtemps. Dormir plus longtemps n’est pas toujours meilleur. Et trop bidouiller votre modèle de sommeil par défaut risque de demander une période d’adaptation de plusieurs jours pendant laquelle vous souffrirez d’effets de privation.

Crédits photo : © chones – Fotolia.com

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