Procrastination consciente

Note : cet article est une traduction de l’article Conscious Procrastination de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

MailingAucun système de gestion du temps n’a vraiment de valeur s’il ne vous dit pas quoi faire à 9 heures le lundi matin. Supposez que vous ayez une liste de toutes vos tâches et projets. Sur lequel ou laquelle devriez-vous travailler en premier ?

Ma réponse est que vous devriez travailler sur la tâche que vous croyez pouvoir générer le plus de rendement à long terme jusqu’à ce qu’une urgence réelle nécessite que vous changiez. Mais évidemment beaucoup de gens font tout le contraire. Ils commencent leurs journées de travail avec les petites choses qu’il est facile d’abattre, comme les mails, la vérification de sites web, et d’autres tâches routinières. C’est certainement important dans certains emplois poussés par l’urgence, mais pour la plupart des travailleurs du savoir intelligents ces tâches ne sont pas le cœur d’une production efficace.

En théorie cela ne devrait faire aucune différence que vous fassiez les petits trucs d’abord puis les trucs importants chaque jour. Retarder les trucs importants de quelques heures ne peut pas être si mal tant que c’est fait quand même, si ? Peut-être que si vous évacuez tous ces petits trucs d’entrée de jeu, vous pourrez bien mieux vous concentrer sur les grands projets. Vous ne voudriez pas que ces mails non répondus vous tournent en tête toute la journée, si ?

Mensonges, mensonges, mensonges

Vous savez très bien ce qui arrive en réalité. Vous ne passez jamais aux trucs importants. Les petits trucs se multiplient. Il est bientôt 16 heures, et vous n’avez rien fait qui va compter dans les cinq prochaines années. Mais vous avez vérifié vos mails une douzaine de fois, vous avez fait trois pauses café, vous vous êtes tenu au courant des dernières nouvelles, vous avez lu des commentaires insignifiants sur des forums (et vous en avez peut-être fait vous-même), vous avez rechargé le bac de l’imprimante, remplacé votre boite de mouchoirs vide, et rangé le bureau de votre ordinateur. Vous avez été occupé, mais vous n’avez rien accompli qui ait une valeur durable pour quiconque. Toute votre journée a été aspirée par des habitudes inconscientes au lieu d’une action consciente.

Faire les petits trucs en premier est une des formes de procrastination les plus insidieuses parce que vous avez l’impression d’être productif. Vous rationalisez le fait que vous avez beaucoup de temps pour gérer les gros trucs. Et au final vous allez passer aux gros trucs quand la pression horaire deviendra assez forte. Mais si cela n’arrive jamais, vous pourriez simplement ne jamais vous y mettre du tout. Et il y a beaucoup de gros trucs qui ne deviennent jamais urgent avant qu’il ne soit trop tard. Les opportunités ne vous attendent pas éternellement.

La vérité est que nombre d’entre nous ont aujourd’hui bien plus d’éléments sur nos listes de choses à faire que nous ne pouvons en faire. C’est évidemment vrai pour moi. Je sais que je ne pourrai jamais tous les faire. Certaines choses doivent changer.

Chaque jour j’ai le choix entre travailler sur des petites tâches inutiles ou sur de grands projets qui ont du sens. Les jours où je choisis la première possibilité, je finis chaque jour avec la sensation que je n’ai pas accompli grand-chose, même si j’ai passé beaucoup d’heures à mon bureau. Je suis arrivé à suivre, mais tout ce que j’ai fait a été de faire patiner mes roues un jour de plus. Mais quand je choisis de faire les trucs importants d’abord, je me sens bien, en sachant que je suis en bonne voie pour générer des résultats majeurs.

Toutes les tâches ne se valent pas. Certaines tâches génèrent un énorme rendement pour le temps qu’on leur a investi. D’autres tâches ne génèrent pratiquement aucun rendement. Avec plus de tâches que de temps, il n’y a pas d’autre choix que de procrastiner, donc la clé est de procrastiner consciemment. Dégagez les tâches qui ne produisent que peu ou pas de valeur autant que possible, et investissez ce temps en plus dans ce qui rapporte vraiment.

Malgré que je sois plutôt organisé, je procrastine constamment pour mes tâches de faible importance. J’avais besoin de me faire couper les cheveux il y a un mois environ, et je ne l’ai pas encore fait. Je repousse la plupart du travail de comptabilité au dernier moment possible. Je conduis encore une Pontiac de 1994 avec 250 000 km au compteur parce que j’ai très peu envie de prendre le temps d’acheter une nouvelle voiture.

Je ne paye pas mes factures avec du retard et je ne repousse pas les tâches qui auront des conséquences vraiment négatives, mais si les conséquences négatives d’un retard sont négligeables, alors je vais généralement repousser la tâche aussi longtemps que possible.

Comme beaucoup de gens le savent, la procrastination paye parfois. Souvent ces petites tâches vont simplement disparaître. Quelque chose change, et elles n’ont plus du tout besoin d’être faites. D’autres fois, de nouvelles ressources vont apparaître et rendre la tâche bien plus facile à compléter. Et une faible pression horaire peut rendre possible de compléter une tâche plus rapidement que quand le temps ne manque pas. Bien sûr, j’ai eu de mauvaises coupes de cheveux de temps à autres parce que je fais passer la vitesse avant la qualité, mais je ne peux pas dire que cela n’a jamais compté à long terme. Cette approche semble fonctionne très bien pour Bill Gates et Donald Trump. 🙂

Les mails est un domaine où je procrastine consciemment tous les jours. Je pourrais me féliciter de faire un sacré boulot en répondant à tous mes mails, mais la vérité est que je suis nul pour répondre aux mails. C’est par choix, cependant. Je m’occupe toujours rapidement de la communication vraiment importante, et je serai le premier à admettre que quelques vraies perles arrivent par mail de temps en temps, mais je suis assez brutal dans ma façon de définir ce qui est assez important pour mériter une réponse. Je limite généralement ma gestion de mails à 15 minutes par jour. C’est totalement déraisonnable quand on considère le volume de mails que je reçois, mais je suis prêt à accepter de mauvaises performances dans ce domaine afin de booster mes performances ailleurs. En refusant de répondre à beaucoup de mails qui semblent mériter une réponse, je peux allouer plus de temps à des tâches qui ne sont pas urgentes. Par exemple, hier matin je suis sorti avec mon fils de deux ans pour passer quelques heures rien que tous les deux, et plus tard dans la journée je suis allé à un atelier d’impro comique pour améliorer mes compétences humoristiques (la semaine prochaine je vais faire ma première représentation en public). J’ai aussi passé du temps cette semaine à apprendre à lire à ma fille. Je ne vais jamais avoir de plan détaillé qui me dit que je dois faire ces choses immédiatement, donc je dois procrastiner sur les tâches urgentes et de faible priorité, souvent au point de ne pas les faire du tout.

Le monde ne va pas changer d’axe de rotation si je ne réponds pas à chacun des mails qui le méritent. Mais il va y avoir des conséquences vraiment négatives si je laisse de côté mes enfants, mon développement personnel et ma santé, pour répondre à « juste un mail de plus ». Donc si vous faites partie des milliers de personnes qui m’ont envoyé un mail et n’ont pas eu de réponse, maintenant vous savez pourquoi. Je suis désolé de dire que vous avez été trié. Je vous aime bien. Je me soucie de votre développement. J’aimerais être capable de vous aider au cas par cas comme vous le demandez. Malheureusement, le prix est juste trop élevé.

Ce que je veux dire n’est pas que vous devriez supprimer les mails mais que vous devriez faire un choix conscient quant aux activités qui sont réellement importantes pour vous et celles qui ne le sont pas. C’est facile à dire mais difficile à faire. Je me bats avec cela tous les jours. Rester conscient est en effet un défi, en particulier quand une partie aussi importante du monde est destinée à vous ramener dans l’inconscience (où nous sommes bien plus facilement programmés à acheter des trucs dont nous n’avons pas besoin).

Je trouve que le meilleur moyen d’utiliser la procrastination consciente est d’avancer ma perspective du temps de 5, 10, ou 20 ans. En l’espace de quelques secondes, je peux sentir la signification à long terme de n’importe quel choix. Il est clair pour moi qu’être bon pour répondre aux mails ne peut pas justifier un coût de temps. Si je passe 2 heures par jour sur mes mails (comme beaucoup d’autres le feraient dans ma situation), cela fait 3650 heures au cours des 5 prochaines années, l’équivalent de 91 semaines de 40 heures. Maintenant je ne sais pas pour vous, mais je peux penser à pas mal de choses à faire en 91 semaines qui produiraient plus de bénéfices que répondre aux mails. Et si je projette cela sur 10 ans, eh bien… vous saisissez l’idée.

Combien de semaines de votre vie avez-vous déjà gâchées à faire des tâches de faible importance qui ne comptaient simplement pas à long terme ? Où en seriez-vous aujourd’hui si vous aviez dégagé la moitié la moins importante de vos mails ces 5 dernières années ? Et les 80% les moins importants ? Et les 95% ? Avez-vous besoin de ressasser consciemment vos véritables priorités ?

Vous voyez, quand vous n’utilisez pas de procrastination consciente, vous finissez avec la procrastination consciente par défaut. Et cela signifie que vous allez faire quelques énormes erreurs de jugement, en mettant beaucoup trop d’emphase dans les tâches urgentes qui vous regardent en face, comme les mails non-répondus ou les newsletters non-lues, au lieu de vous investir dans des tâches à fort rendement à long terme et qui deviennent rarement urgentes. Cela inclut de lancer votre entreprise, de trouver une relation épanouissante, d’améliorer votre alimentation, et de vous éduquer.

Quand je pense aux choses que j’aurais du abandonner pour répondre aux 1000 mails de plus au cours de l’année passée, il n’y a donc pas photo. Et comme mon volume de mails continue d’augmenter, et que j’essaye encore de m’en tenir à 15 minutes par jour, avec l’augmentation du trafic je deviens de plus en plus sélectif.

Au final cela en revient à poser des questions comme ça : Est-ce que je ferais mieux de répondre à ce mail ou à commencer mon propre blog ? Est-ce que je peux sauter la lessive pendant un jour afin de parler à ma femme de la façon d’améliorer notre relation ? Est-ce que je devrais ne pas aller à cette fête pour aller à cette réunion Toastmasters ?

La procrastination peut être un serviteur de valeur s’il est utilisé consciemment, mais c’est un maître difficile quand on l’utilise inconsciemment. Au lieu de laisser la procrastination mener votre vie, prenez le contrôle de cette bête et faites-en votre serviteur au lieu de votre maître. Cela demande de la discipline de repousser consciemment des tâches qui semblent urgentes, mais si vous êtes honnête avec vous-même, vous verrez que vous n’avez simplement pas assez de temps pour faire ce qui est le plus important pour vous si vous gaspillez votre temps sur des tâches à faible rendement. Comme le dit Jim Rohn, « La douleur de la discipline pèse une once, mais la douleur du regret pèse des tonnes. » Vous devez apprendre à dire « Non ! » à ces choses qui ne peuvent pas et ne vont pas vous aider à vivre la vie que vous voulez.

Allez-vous investir votre temps dans ce qui compte vraiment pour vous, ou est-ce que votre pierre tombale indiquera finalement :

Ici repose Untel, lui qui nous a quittés
En répondant un jour à ses mails tant aimés.
Aucun ami, aucun enfant, aucune histoire
Ne pouvait l’empêcher de travailler le soir.
À chaque nouveau mail, il bossait d’arrache-pied
Pour cliquer sur « répondre » et non sur « supprimer ».
Il donnait chaque fois une réponse vive
Mais quelque part en route il oublia de vivre.

Oui je viens de créer ça. Peut-être que les cours d’impro commencent à payer. 🙂

Crédits photo : © DigitalGenetics – Fotolia.com

2 commentaires

  • Pascal dit :

    Bonjour Olivier,

    ce dont parle cet article, c’est pour moi du vécu. Le fait d’abattre toute la journée des tâches insignifiantes et de repousser, voire de ne pas faire ce qui compte vraiment (mon blog), il y de quoi devenir fou!!!
    J’avais déjà l’idée qui est donnée dans cet article de commencer par l’activité majeure qui a une forte incidence sur les années futures, en tout premier. Pour ça, je voulais me lever plus tôt, à 5 heures… Pas facile pour moi de me lever tôt (je suis un dormeur).
    Bref, l’idée essentielle et que je partage totalement, c’est de commencer en tout premier avec le plus important.

    amitiés

    Pascal

  • jean elien dit :

    j’ai compris

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