Partagez votre honte

Note : cet article est une traduction de l’article Share Your Shame de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Ego ou conscienceQuelles histoires personnelles avez-vous enfermé à double tour au fond de votre tête, en jurant de ne jamais les révéler en public ? Qu’est-ce qui pourrait vous faire terriblement honte si c’était posté sur internet et lié à votre nom afin que tout le monde puisse le voir ? De quels évènements ou habitudes de votre passé et de votre présent seriez-vous gênés de parler ?

C’est précisément ce que vous avez besoin de partager avec les autres ; ouvertement et publiquement.

Authenticité

Si vous ne pouvez pas partager votre humiliation publiquement, c’est que vous ne vous en êtes pas encore remis. Si vous n’avez pas encore dépassé ça, vous avez encore cette blessure ouverte dans votre cœur, une blessure qui vous empêchera toujours d’être à 100% authentique.

Être authentique – ou transparent – ce n’est pas simplement être honnête. C’est ne rien avoir à cacher.

Dissimuler la vérité aux autres crée un mur entre vous et eux. Abattez ce mur en partageant ce que vous pensiez ne jamais pouvoir partager, et vous vivrez un niveau de connexion bien plus profond avec toutes les personnes que vous rencontrez.

Abaisser les boucliers

Avoir des boucliers sélectifs, cela n’existe pas. Si vous devez cacher une partie de vous-même derrière un bouclier pour empêcher que cela soit découvert et jugé, votre cachez tout votre être derrière ce bouclier. Vous vous empêchez de créer des liens affectifs forts avec les autres êtres humains. Vos boucliers vous isolent et vous déconnectent de tout le monde, y compris de vous-même.

Abaissez vos boucliers.

Je sais que vous pensez qu’une fois les boucliers baissés, vous allez vous faire bombarder par une salve de phaseurs et de missiles à photons. Mais quel est le vraiment pire résultat possible ? Qu’on vous parle méchamment ? Aïe.

En partageant vos histoires les plus honteuses, vous pourriez être surpris de la réponse que vous recevrez. Il y a plus de chances que vous receviez une réponse pleine de compassion qu’un jugement violent. Les autres ne veulent pas ou ne s’attendent pas à ce que vous soyez parfait. Ils veulent se connecter avec vous et pouvoir croire que vous êtes honnête avec eux. Quand vous cachez tous vos défauts personnels, vous passez pour quelqu’un de faux, de factice ou de blindé. Les gens pourraient encore communiquer avec vous à un niveau superficiel, mais ils ne feront pas l’effort de vous aider comme ils le feraient avec un semblable. Pourquoi pas ? Parce ce qu’ils ne savent pas qui vous êtes réellement.

De la peine à la joie

Quand vous partagez votre honte avec les autres, vous transformez votre résistance en acceptation et votre peine en joie. Vous apprenez qu’il y a une raison pour laquelle vous avez dû endurer certaines expériences, même si elles étaient auto-infligées. Vos expériences pénibles peuvent en fait vous aider à vous connecter avec les autres à un niveau plus profond que ce que vous imaginiez possible.

Mon livre Le développement personnel pour les gens intelligents s’ouvre avec mon histoire la plus humiliante. Voici la toute première page de mon livre :

Vous souvenez-vous du moment exact où vous vous êtes intéressé pour la première fois au développement personnel ? Moi je m’en souviens clairement. C’est arrivé en janvier 1991, j’étais assis dans la cellule d’une prison. Je venais d’être arrêté pour vol aggravé. Ce n’était pas la première fois que j’avais des ennuis avec la justice, donc je savais que j’étais dans le pétrin. J’avais 19 ans.

J’ai commencé à voler peu de temps après mon emménagement à Berkeley, en Californie, pendant mon premier semestre à l’Université de Berkeley. J’étais accro à la montée d’adrénaline. L’envie de voler était tellement forte que voler à l’étalage faisait partie de ma routine, c’était aussi normal que de prendre mon café du matin. Généralement je ne me souciais pas de ce que je volais ; c’était l’acte même de voler qui me plaisait. Lors d’une sortie habituelle, je volais une dizaine de barres chocolatées puis je les laissais dans un endroit public, en me disant que d’autres les mangeraient. Je ne les mangeais pas parce que je ne trouvais pas cela bon pour la santé.

En étant assis en prison pendant plusieurs jours ce mois-là avec rien d’autre à faire que de me vautrer dans ma propre stupidité, la réalité de ma situation est venue s’abattre sur moi. Au lycée j’étais un élève du tableau d’honneur, président du club de maths, et capitaine de l’équipe académique de décathlon. J’étais promis à un brillant avenir de diplômé en sciences informatiques, mais j’ai réduit cela en lambeaux. Je m’attendais alors à passer un ou deux ans derrière les barreaux.

Ce n’était pas vraiment le meilleur moment de ma vie, alors pourquoi est-ce que j’ai commencé le livre avec cette histoire ?

Beaucoup de livres de développement personnel sont écrits par des auteurs qui projettent une image de perfection – des exemples idylliques d’ordre, de réussite, de paix intérieure, de richesse, etc. Pour moi c’est une forme de bouclier, de mur artificiel, de standard erroné auquel aucun être humain ne peut réellement aspirer.

Je pense qu’il est plus inspirant de partager des histoires d’échec. J’aime démontrer que nous pouvons échouer encore et encore et continuer quand même à avancer. Je crois que la capacité à accepter l’échec est encore plus importante que la capacité à visualiser le succès. Vous pouvez visualiser le succès tant que vous voulez, mais si vous avez peur d’échouer, vos visualisations ne deviendront jamais réalité.

Vouloir échouer

Quand nous tombons dans l’envie de cacher nos échecs passés, nous nous condamnons à une stagnation à long terme. Nous devons avoir envie de dire : « Si j’échoue aujourd’hui, ce n’est pas grave. Je suis humain. Je n’ai pas à être parfait. Je peux échouer et continuer à avancer. »

J’ai eu de spectaculaires échecs dans ma vie, donc le fait de m’être fait virer de l’université, d’avoir été arrêté à de nombreuses reprises, et d’avoir fait faillite. Et pourtant je suis encore là. Je n’ai pas renoncé à vivre.

Si vous ne pouvez pas partager votre honte avec les autres, alors vous vous dites que l’échec est une mauvaise chose, que l’échec est une chose qu’il faut éviter à tout prix. Mais qu’en est-il de vos futurs échecs ? Vous sentirez-vous obligé de les cacher également ? Est-ce que cela veut dire que vous ne tenterez même pas de faire certaines choses si vous savez à l’avance que vous ne serez pas capable de cacher vos échecs ?

Si vous échouez à l’avenir, alors pourquoi ne pas échouer de façon spectaculaire en public, pour que tout le monde le voie ? Faites de vos échecs un véritable évènement. Laissez les autres apprendre de vos erreurs. Laissez les autres voir que vous êtes humain. Vous pourriez même vous faire de nouveaux amis et alliés grâce à cela.

L’échec n’est pas une chose qu’il faut éviter. C’est un aspect naturel de la vie. Résister à l’échec, c’est résister à la vie elle-même.

L’échec est notre plus grand professeur. Nous apprenons plus de l’échec que du succès.

J’ai appris à gérer une entreprise avec succès en échouant pendant des années avec ma première entreprise. Leçon : oublier d’essayer de faire de l’argent, et simplement se concentrer sur le fait de créer et de délivrer de la valeur aux autres. L’argent suivra. L’argent est simplement un moyen d’échange de valeur, donc si je peux créer et partager beaucoup de valeur, je peux également profiter de beaucoup d’échanges.

J’ai développé de meilleures compétences sociales en luttant pendant des années avec des compétences sociales médiocres. Leçon : arrêter d’essayer de se faire de nouveaux amis, et simplement assumer le fait que toutes les personnes que je rencontre sont déjà mes meilleurs amis. C’est comme ça que les gens veulent être traités de toute façon. N’essayez pas de briser la glace ; partez du fait qu’il n’y a pas de glace.

Que cachez-vous ?

Peu importe ce que vous cachez, il y a des chances que quelqu’un d’autre ai déjà partagé pire que ça. Si un homme de mains peut parler publiquement des dizaines de meurtres qu’il a commis, vous pouvez certainement vous ouvrir quant à votre problème d’anorexie, votre relation conjugale violente, ou votre addiction au porno sur internet. D’autres ont déjà partagé leurs histoires sur ces sujets, ce qui leur permet d’aider les autres personnes ayant des problèmes similaires. Pourquoi pas vous ?

Vous avez besoin d’une permission pour le faire ? Ok, par la présente je vous donne la permission d’être humain. Vous avez le droit de vous vautrer complètement. Vous avez le droit d’avoir les idées les plus politiquement incorrectes. Vous avez le droit de vous débattre avec les addictions sociales les plus inacceptables. Et vous avez le droit de l’admettre en public.

Serez-vous jugé publiquement ? Bien sûr, il y a de grandes chances. Je me suis attiré des critiques en écrivant certaines choses. Certaines personnes voient apparemment mes erreurs comme une invitation à me condamner. Par exemple, comme j’étais un voleur à l’adolescence, alors je dois encore en être un aujourd’hui, et d’une façon ou d’une autre je dois secrètement arnaquer les gens ou vendre de l’huile de serpent ou quelque chose dans ce goût-là. Mais comme j’ai accepté qui je suis, y compris mon passé, ces personnes ne m’atteignent pas. Je vois leurs critiques comme les concernant totalement et n’ayant rien à voir avec moi. Je pense qu’être critiqué n’est pas grave, parce que les avantages qu’il y a à partager ces histoires contrebalancent largement les inconvénients, en particulier en ce qui concerne les nouvelles amitiés que cela a généré.

Donc, si quelqu’un me rejette parce que je suis qui je suis ou parce que je fais ce que je fais, je lui dis : « On va se quitter là-dessus, hein, comme ça on pourra tous les deux continuer à avancer de son côté. » C’est bien de purger de notre vie les relations qui ne nous soutiennent pas, comme ça nous pouvons nous concentrer sur le fait de créer et de profiter de relations plus compatibles.

Si vous êtes inquiet de perdre vos amis et vos contacts en vous révélant, laissez-moi suggérer que vous avez envie de vous accrocher à des relations qui ne valent pas le coup qu’on s’y accroche. Toute relation qui vous rejetterait parce que vous êtes honnête avec vous-même est – par définition – une relation abusive. Vous vous sentirez beaucoup mieux quand vous y aurez mis fin.

J’aime le fait de ne pas avoir à me soucier que quelqu’un fouille dans mon passé et y trouve une histoire humiliante qui annihilerait mon image publique soigneusement façonnée. Je peux simplement être la même personne en public et en privé. Je n’ai pas besoin de me cacher derrière un bouclier. Imaginez à quel point cela doit être stressant d’essayer de vivre avec une image faussée. Ce n’est pas très étonnant que beaucoup de célébrités soient tombées dans la drogue.

Révélez-vous, révélez-vous, où que vous soyez

Vous n’êtes pas obligé de partager toutes vos histoires douloureuses d’un coup. Vous pouvez y aller doucement. Au lieu d’essayer de devenir authentique dans la nuit, concentrez-vous sur le fait de devenir plus authentique. Racontez une histoire qui vous embarrasse un petit peu, mais que vous pouvez partager sans que cela vous tue. Écoutez ce que vous recevez en retour. Avez-vous une sensation de soulagement après coup ? Vous sentez-vous plus connecté aux autres ? Vous sentez-vous un peu plus ouvert et libre ? Vous sentez-vous moins stressé ?

Pour chaque histoire embarassante que vous ne pouvez pas imaginer partager un jour en public, dites-vous simplement « Je sais que c’est un barrage inutile à l’amour, mais pour le moment je n’ai la force de me laisser aller. Cependant, j’ai l’intention de devenir le genre de personne qui peut arriver à partager cela, et de transformer ainsi ma peine en joie. »

Soyez en paix. 🙂

Crédits photo : © Andrew Ostrovsky – Fotolia

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