Journal de sommeil polyphasique – Jours 19 à 22

Note : cet article est une traduction des articles Polyphasic Sleep Log – Days 19-20, Polyphasic Sleep Log – Day 21, et Polyphasic Sleep Log – Day 22 de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Travail de nuitJ’ai eu quelques évolutions dans mon expérience de sommeil polyphasique, donc je me suis dit qu’une mise à jour serait nécessaire.

Jours 19-20 :

Les rêves lucides. Dans la nuit de lundi, j’ai fait un autre rêve lucide pendant une sieste que j’ai faite juste après minuit. Celui-ci n’a pas été aussi réaliste ou aussi long que le premier, mais je considère que c’est une évolution significative parce que c’est très rare pour moi de faire des rêves lucides deux nuits d’affilée. Je n’ai pas fait de rêves lucides la nuit dernière cependant. Si mes rêves lucides deviennent plus fréquents en sommeil polyphasique, cela serait vraiment un réel bénéfice.

Lumière faible la nuit. Je dors avec une faible lumière la nuit depuis quelques jours pour voir quel effet cela a. Faire une sieste dans l’obscurité totale me paraissait juste un peu bizarre. J’ai trouvé que cette lumière en plus m’aidait beaucoup à réduire ma somnolence la nuit. Mes siestes de nuit paraissaient plus reposantes avec un peu de lumière dans la pièce, et il est plus facile de me lever dès que je me réveille. La lumière peut aussi être un facteur constitutif de mes récents rêves lucides.

Les heures de travail productives. Comme je vis une sorte d’emploi du temps continu, je connais différentes phases de travail. Finalement j’ai trouvé que j’appréciais vraiment avoir ma période de travail principale de 2h à 10h du matin. J’aime utiliser cette période pour diverses raisons. Premièrement, la maison est calme jusqu’à 6h30 environ, moment où le reste de la famille commence à se lever, et en attendant je suis à fond dans mon travail et j’en ai déjà terminé une bonne partie. Deuxièmement, il me semble que je suis physiquement très reposé pendant cette période, ce qui rend plus facile le fait de me concentrer sur un travail mental comme l’écriture ou la création d’un discours. Troisièmement, je ne ressens pas le besoin de manger à ces heures de la journée, donc je peux travailler de façon quasi continue sans faire de pause pour manger, hormis le fait de faire une sieste et peut-être d’attraper une banane ou d’apprécier un smoothie aux fruits vers le lever du soleil. Quatrièmement, c’est une super sensation que d’avoir une journée de travail terminée à 10h du matin, ainsi tout ce que je peux faire d’autre pendant cette journée est du bonus – d’une certaine façon, chaque jour ressemble à un week-end. Cinquièmement, il n’y a aucun appel pendant la majeure partie de cette période et personne n’attend une réponse à son mail à ces heures-là, donc je peux me concentrer sur les projets les plus importants sans interruption. Et enfin, c’est le moment parfait pour faire du travail privé, personnel, dans mon bureau si j’ai besoin de me concentrer aussi longtemps que possible sans interruption.

Surmonter la somnolence. J’ai fait beaucoup de progrès dans le fait de surmonter ma somnolence de nuit. Une des clés était de rester plus actif, comme en commençant ma journée à 2h du matin. Travailler pendant la journée comme j’en avais l’habitude puis utiliser la nuit pour des choses personnelles moins intensives comme lire ou regarder des films ne fonctionnait pas bien pour moi. Les activités de nuit qui sont trop passives ont tendance à m’endormir. Quand je fais quelque chose qui me demande plus d’investissement, soit je ne me sens pas somnolent, soit je ne le remarque pas.

Niveau d’activité 24 heures sur 24. Quand j’ai commencé cette expérience, j’ai présumé que j’aurais besoin d’être un peu prudent dans la quantité d’énergie que je dépense pour éviter de craquer. Eh bien, cela a pu être une bonne idée pendant la période d’adaptation, mais cela s’est avéré être une méthode erronée pour la période suivant l’adaptation. J’ai trouvé que trop d’activité est préférable à pas assez. Je n’ai pas besoin de beaucoup de baisses mentales ou physiques à côté des siestes. Si je décide d’être vraiment fainéant pendant un cycle en particulier, cela ne me fournit pas davantage d’énergie pour le cycle suivant, et la nuit cela ne fait que me rendre somnolent. C’est mieux pour moi de simplement traiter chaque heure de la journée comme s’il faisait jour et de maintenir un niveau d’activité raisonnable. Je trouve que si je suis actif mentalement et physiquement pendant un cycle, alors les siestes sont encore plus reposantes – je dors mieux et je me réveille en me sentant plus frais. C’est comme le sommeil monophasique ; vous pouvez dormir merveilleusement bien après une journée très chargée mais vous ferez des insomnies si vous avez paressé toute la journée. Alors au lieu de craquer, je trouve qu’augmenter mon niveau d’activité m’a permis de me sentir plus reposé et plus en forme. Ce n’était pas une chose à laquelle je m’attendais, mais je commence à voir la logique dans tout ça. Cela se réduit simplement à cela : travailler dur, jouer pleinement, dormir sainement, et recommencer. Avec le sommeil monophasique je ne me sentais pas capable de soutenir un haut niveau d’activité à toutes les heures de la journée – certaines heures je me sentais actif et énergique, alors que d’autres je sentais que je faiblissais. Le sommeil polyphasique possède un rythme très différent, et je ne sens pas que je m’y suis totalement habitué pour le moment.

Faire de l’exercice. J’ai réaugmenté ma dose d’exercice en remplaçant le yoga et les longues marches par un peu d’aérobic et de la gymnastique. Je suis encore fourbu de ma gym d’hier matin, en particulier au niveau du torse et des abdos. Pour le moment je vais me tenir à un mélange d’exercices d’aérobic et de gymnastique comme les pompes et les abdos. Si mon corps semble se remettre plutôt bien de ces séances, je vais évoluer et faire de la musculation et voir comment il encaisse ça. Je suis très curieux de voir comment les schémas de fatigue et de récupération fonctionnent sous sommeil polyphasique. Est-ce que mon corps sera aussi efficace pour récupérer ? Le temps me le dira. J’ai pensé prendre un abonnement au club de sport du coin ouvert 24 heures sur 24, comme ça de cette façon je suis libre d’aller faire du sport la nuit si je le veux, et la salle ne risque certainement pas d’être comble pendant les heures creuses. J’ai un pass gratuit de 10 jours pour une salle, donc cela ne me coûtera rien d’essayer (rien de plus que d’être retardé par un commercial affamé). J’ai du matériel de sport à la maison, mais étant donné le temps que je passe éveillé chez moi maintenant, cela ne me gênerait pas de faire mon sport hors de la maison pour changer.

Qualité des siestes. J’ai trouvé que le facteur le plus important dans la détermination de mon niveau d’énergie est la qualité des siestes. Quand je m’endors rapidement, que je fais un rêve, et que je suis réveillé avant que mon réveil ne sonne, je sais que je vais me sentir bien tout au long du cycle suivant, même si j’ai dormi moins de 15 minutes. Mais si je ne dors pas de façon aussi reposante, alors je ne me sentirai pas aussi bien pendant le cycle suivant. Mais même quand c’est mauvais, cela reste quand même plutôt pas mal. Je suis généralement encore fonctionnel même quand une sieste ne se passe pas parfaitement. La principale différence est que je pourrais commencer à ressentir à nouveau cette pression me poussant à dormir un peu plus tôt dans ces cycles suivants une mauvaise sieste, peut-être au bout de simplement 2-3 heures.

Flexibilité. Faire une sieste chaque fois que j’en ressens l’envie et non à heure fixe fonctionne bien pour moi. Parfois il se passe 6 heures entre 2 siestes, et d’autres fois 2 à 3 heures. Donc si ma sieste a été mauvaise, je peux faire de nouveau la sieste 2 heures plus tard. Mais si ma sieste a été bonne, je peux profiter d’un niveau d’alerte optimal et faire durer ce cycle plus de 6 heures avant de faire de nouveau la sieste. Mais en général je fais en moyenne 6 ou 7 siestes par jour, avec un temps passé à dormir de 15-20 minutes environ par sieste. Donc nous parlons de 90 à 140 minutes de sommeil par jour en moyenne. Je n’aurais jamais cru cela possible si je ne l’avais pas vécu moi-même.

Adaptation personnelle. Je suis encore très étonné par toute cette expérience. Je m’y habitue petit à petit, mais j’ai encore fréquemment des moments où je me dis, « Mais qu’est-ce que je fous bon sang ? C’est dingue. Cela ne devrait même pas être possible. » C’est un énorme changement à gérer. J’ai deux enfants, et ce changement semble changer encore plus la vie que le fait d’avoir un nouveau bébé. Je savais que ce serait un grand changement avant même de commencer l’expérience, mais je vais vous dire, c’est même un changement plus grand encore que ce que vous pouvez réaliser. En ce sens, c’est comme avoir un bébé ; penser à avoir un bébé et lire des livres à ce sujet ne vous prépare pas automatiquement à ce qui vous attend réellement. Être éveillé et en alerte 24 heures sur 24 était bien plus déroutant pour mon équilibre que je ne l’imaginais. Aucun domaine de ma vie n’est resté inchangé.

Mariage et famille. Le sommeil polyphasique a eu un impact exceptionnellement élevé sur mon mariage et sur ma vie de famille. D’un, je ne passe plus autant de temps qu’avant avec ma femme et mes enfants quand je suis réveillé (en pourcentage de temps de veille). J’ai soudain de longues périodes de temps seul, et parfois c’est comme si j’avais l’impression de passer trop de temps seul. Ma femme et moi travaillons tous deux de chez nous, et c’est étrange de ne pas la voir ou lui parler pendant tant d’heures d’affilée même si techniquement elle est à la maison. Si je l’entends faire du bruit au milieu de la nuit (comme tousser, renifler, ou aller aux toillettes), il m’arrive de me pointer dans la chambre pour lui dire bonjour et d’essayer de parler avec elle. Je suis content de parler avec elle à 1h du matin, mais évidemment tout ce qu’elle veut c’est retourner dormir, elle ne se sent pas très bavarde à peine 3 heures après s’être couchée. De mon point de vue c’est comme si toute la famille hibernait la nuit. Parfois je pense qu’il serait bien d’avoir une seconde femme pour la nuit et peut-être un ou deux enfants nocturnes. C’est étrange de passer 8 heures chaque jour dans une maison pleine de gens endormis. C’est comme s’ils avaient tous été drogués ou quelque chose du genre. Pourquoi ont-ils besoin de dormir autant de toute façon ?

Avoir fait passer mes heures de travail entre 2 et 10 heures du matin semble beaucoup aider niveau adaptation. Cela me permet d’utiliser cette période de temps pour travailler productivement au lieu d’essayer de socialiser avec des zombies ou de m’endormir en faisant trop d’activités personnelles banales. Travailler la nuit m’aide à avoir un meilleur équilibre. Pendant la journée j’aime passer plus de temps avec mon fils de 2 ans, Kyle, pendant que ma femme fait sa journée de travail normale. Les compétences langagières de Kyle s’améliorent beaucoup car il apprend de nouveaux mots toutes les semaines maintenant.

Tests d’emploi du temps. Maintenant que je sens que j’ai une bonne période de travail de base qui s’est installée, je vais tester différentes façons d’ajouter dans mon emploi du temps d’autres activités quotidiennes comme l’exercice, les loisirs, lire/s’éduquer, méditer, communiquer, passer du temps avec ma famille, etc. J’ai une telle abondance de temps en plus maintenant qu’il est clair que je vais avoir besoin d’ajouter beaucoup plus de choses à ma routine quotidienne. Je ne veux pas remplir ce temps avec la même chose que d’habitude. Je n’ai pas particulièrement envie de passer 5 heures par jour à lire, par exemple.

Ce qui m’attend. Vivre de façon polyphasique est vraiment, vraiment étrange. Cela pourrait très bien me prendre plusieurs semaines supplémentaires avant de sentir que j’ai vraiment un bon contrôle dessus. Je me sens comme si j’entreprenais de réécrire tout mon système opérationnel de A à Z. Je vous suggère de ne pas prendre mes observations pendant cette période d’adaptation comme une indication de ce que pourraient être les choses après six mois de sommeil polyphasique. Je ne suis encore qu’un grand débutant, et je dois réapprendre les bases de la vie. Ma vision à long terme est très positive cependant. Bien qu’il y ait eu un bouleversement majeur, je pense que cela va me mener à une vie bien plus riche. Je vais probablement ajouter de nouveaux processus dans ma vie auxquels je n’avais auparavant pas assez de temps ou d’énergie à consacrer.

Jour 21 :

Cela fait maintenant 3 semaines que je dors de façon polyphasique. C’est une expérience assez incroyable, et à moins que quelques barrages imprévus n’arrivent dans les semaines à venir, j’ai décidé de continuer.

Les choses que je n’ai pas essayées. J’ai reçu pas mal de questions à propos des choses que je n’ai pas essayées, comme faire ma sieste à mon bureau ou manger des aliments différents de ceux que je mange d’habitude. Ce que vous voyez est ce que vous obtenez. Si je n’ai pas blogué là-dessus en chemin, c’est que je n’ai pas essayé. Même si j’ai commencé à la base cette expérience par curiosité, je ne monte pas un labo secret d’expérimentation sur le sommeil. Je teste de nouvelles idées quand je pense qu’elles amélioreront les résultats, par pour faire de la simple recherche sur le sommeil polyphasique.

Changements de régime. Pendant les derniers jours, il se trouve que j’ai été plus attiré par le fait de manger une nourriture plus saine. Je suis végétarien depuis 1997, donc je n’ai jamais rien touché qui provient d’un animal, mais dernièrement j’ai poussé cela encore plus loin en réduisant les aliments cuisinés ou préparés. Près de 70% de mon alimentation est maintenant composée de fruits, de légumes, et de noix, et j’en mange une grande variété. Le matin je me fais généralement un grand verre de jus frais (mon préféré est carotte-pomme-celeri-betterave-gingembre-citron vert). Je mange aussi beaucoup de salades, de soupes, de smoothies et de shakes, et diverses concoctions créatives. Si je continue de manger de cette façon, mon énergie va encore plus s’accroître. J’ai testé une alimentation 100% crue pendant plus de 30 jours quelques fois auparavant, et il est devenu clair d’après cet influx massif d’énergie que la nourriture crue était le meilleur type d’alimentation que j’aie jamais essayé. Mais manger cru constamment est un défi si vous ne voulez pas manger des plats supers ennuyeux toute la journée comme des fruits et des salades. Cela demande beaucoup d’entraînement d’apprendre comment faire des plats crus intéressants, mais heureusement il y a de plus en plus de grandes recettes disponibles. Je trouve que le temps supplémentaire que j’ai gagné grâce au sommeil polyphasique me permet de faire encore plus de tests. Je ne sais pas si je vais finir par manger 100% cru, mais cela ne m’étonnerait pas que cela finisse par arriver.

Exercice/récupération = normal. Ma fatigue musculaire due au fait d’avoir fait de l’exercice plus tôt dans la semaine semble se dissiper normalement. Il ne semble pas que mes muscles récupèrent plus vite ou moins vite que d’habitude, mais j’en aurai une meilleure idée en faisant plus d’exercice dans les semaines à venir. Il y a quelques jours, je me suis accidentellement coupé le bras, et cette coupure semble guérir normalement elle aussi. Donc apparemment mon corps guérit comme d’habitude, même si je saute ces phases de sommeil que certaines personnes jugent nécessaires pour guérir. Il ne semble pas que je vais tomber raide mort d’une incapacité à guérir de blessures mineures. Il y a un effet néfaste notable, cependant. Quand mes muscles sont fatigués, je ressens cette fatigue toute la journée et toute la nuit simplement parce que je suis éveillé pour la ressentir. Il n’y a donc aucun moyen d’échapper à cette fatigue pendant quelques heures en dormant toute la nuit. Ce n’est pas un gros problème pour moi cependant étant donné que je n’accentue pas cette fatigue dans la plupart de mes activités habituelles de travail de bureau.

Sommeil polyphasique et alimentation. Je me suis demandé si il y a avait un lien entre le sommeil polyphasique et le fait de manger sainement. On dit que Leonard de Vinci a dormi polyphasiquement une bonne partie de sa vie. Et apparemment Thomas Edison, Albert Einstein, et Benjamin Franklin faisaient des siestes fréquentes, même si je ne pense pas qu’aucun des trois aient suivi une approche purement polyphasique. De Vinci, Edison, Einstein, et Franklin étaient tous végétariens. Est-ce une coïncidence, y a-t-il un lien ? Comme je l’ai dit dans un de mes rapports précédents, quelqu’un m’a indiqué un article traitant du fait que les herbivores dormaient naturellement beaucoup moins que les omnivores ou les carnivores. Donc il est possible que mon alimentation vegétalienne (herbivore) me prédisposait au sommeil polyphasique et a peut-être beaucoup facilité pour moi le fait de devenir un lève-tôt même bien avant ça. Cela pourrait être bien plus difficile (sinon impossible) pour quelqu’un de s’adapter avec succès au sommeil polyphasique si cette personne consomme trop de produits d’origine animale ; à mon avis, vous vous réveilleriez souvent des siestes avec l’envie pressante de retourner dormir. Cela semble logique côté digestion étant donné que les produits d’origine animale nécessitent bien plus de temps et d’énergie pour être digérés que les végétaux (particulièrement si on les mange crus). C’est aussi cohérent d’après ce que j’ai lu dans les blogs d’autres dormeurs polyphasiques. Les gens qui ont réussi à s’adapter ont rapporté avoir invariablement changé leur alimentation pour manger plus léger, et plus sainement. Je ne me rappelle pas avoir vu de rapports d’amélioration alimentaire de la part de ceux qui n’avaient pas réussi à s’adapter. Donc si vous envisagez de tester le sommeil polyphasique, vous pourriez aussi vouloir alléger votre alimentation de façon significative en mangeant plus de fruits et de légumes. Je pense qu’il y a de bonnes raisons de croire que manger sainement augmentera vos chances de succès.

Réflexion non verbale. Quand je dis que je me sens alerte ou énergique aujourd’hui, ce n’est pas précisément la même sensation d’alerte et d’énergie que j’avais quand je dormais en monophasique. L’alerte et l’énergie sont là, mais il y a aussi autre chose. La meilleure façon de le décrire est de dire que mon esprit est bien moins bruyant. Il est excessivement calme, comme un lac de montagne. Quelque part en cours de route, il semble que j’ai perdu cette machine à parlotte qui se trouvait au fond de ma tête. Maintenant j’ai une sensation de calme mental, comme si le bruit mental en arrière-plan s’était tu.

Cela m’a pris du temps de m’habituer à cette sensation et de comprendre ce qui arrivait. Je pensais que quelque chose allait mal au début, comme si mon cerveau avait été éteint. Je me demandais si je dormais peut-être trop peu et que je n’arrivais du coup pas à réfléchir clairement. Mais cela ne me semblait pas exact parce que je me sentais totalement réveillé et alerte et sans somnolence. J’avais pour habitude de verbaliser mentalement mes pensées en réfléchissant en mots, mais maintenant mon esprit peut sauter d’une pensée à la suivante sans les transformer en phrases ou en mots. C’est particulièrement notable quand j’écris. J’avaisl’habitude de subvocaliser chaque phrase dans ma tête avant de la taper, mais maintenant les mots sortent simplement de mes doigts comme s’ils émergeaient du vide – je « n’entends » plus chaque phrase dans ma tête avant de la taper.

Je m’habitue encore à cette sensation, mais je pense que c’est un changement positif. Maintenant quand je m’assois pour travailler, je me sens comme si je travaillais avec une concentration, une clarté et une vitesse plus profondes que jamais auparavant. Je me demande si c’était des avantages que De Vinci a également connu en tant que dormeur polyphasique.

Je devrais aussi ajouter que je ne réfléchis pas visuellement, ni kinesthésiquement. Ma réflexion semble être décuplée par mes perceptions sensorielles intérieures, donc je suis capable de percevoir un flux de pensées que je n’entends pas, ne vois pas, ou ne ressens pas. C’est comme si je réfléchissais plus subconsciemment, sous le niveau d’éveil sensoriel. Je commence même à voir aussi cet effet quand je prends des décisions. Je prends des décisions très rapidement sans consciemment les analyser ; la bonne décision semble juste émerger au niveau de ma conscience. C’est comme avoir un sens de l’intuition bien plus élevé. Le temps dira à quel point ces décisions sont exactes, mais pour le moment j’ai l’intention de prendre quelques risques avec. Pour moi, le plus grand risque a toujours été celui de passer à côté d’une opportunité de développement. Je préfère passer à l’action et apprendre quelque chose que rester immobile et ne rien apprendre.

Hausse d’intelligence ? Je commence à remarquer qu’un travail mental stimulant semble plus facile pour moi, écrire en particulier. Vous pourriez avoir noté que ma production bloguistique a augmenté depuis le début de cette expérience. Mais je n’y passe plus autant de temps que j’en avais habitude. Les mots sortent simplement plus rapidement et plus facilement.

Aujourd’hui j’ai fait un peu de travail de programmation de base de données, ce qui est une chose que je trouve habituellement très stimulant mentalement, en particulier pour créer des formules. Je n’ai pas fait de travail de base de données en près d’un an, donc ce n’était vraiment pas frais dans ma tête. Mais j’ai trouvé que j’étais capable de terminer ce travail très rapidement, quasiment sans effort. Et toutes mes formules ont fonctionné parfaitement la première fois sans avoir besoin de correction, ce qui est plutôt rare pour moi.

C’est encore trop tôt pour en être sûr, mais c’est comme si j’avais eu une hausse d’intelligence quelque part en cours de route. Mon processus de réflexion par défaut semble notablement différent. L’état que je définirais maintenant comme semblant intellectuellement « normal » n’est pas le même état que j’aurais étiqueté comme « normal » du temps où je dormais de façon monophasique. Évidemment c’est totalement subjectif, donc prenez ces points de vue comme vous le voulez.

Qu’est-ce qui pourrait provoquer ça ? Je ne sais pas. Peut-être que c’est un effet secondaire du fait d’avoir davantage de sommeil paradoxal (à la fois en quantité et en fréquence) tout en ayant supprimé les autres phases de sommeil. Ou peut-être qu’être totalement conscient pendant plus d’heures chaque jour conditionne petit à petit le cerveau à assigner plus de neurones à certains processus et moins de neurones à d’autres. J’ai eu la sensation distincte que mon cerveau se reroutait lentement pour fonctionner différemment.

Un avertissement. Je veux seulement avertir quiconque envisage de passer en sommeil polyphasique que vous le faites à vos propres risques. Comme je l’ai rapporté dans ce blog, j’ai rencontré beaucoup d’effets secondaires imprévus, et bien que la plupart semblent positifs jusqu’ici, rien ne dit quels effets cela aura à long terme. Comme les conditions légales de ce site le stipulent, vous êtes 100% responsable de ce que vous faites de votre vie. C’est une expérience personnelle que je fais seul, pas un séminaire professionnel sur le sommeil. Je n’ai aucune idée de l’effet que le sommeil polyphasique pourrait avoir sur votre physiologie personnelle, mais je rapporte ces expériences sur le blog en espérant que d’autres les trouvent instructives ou utiles ou même simplement intéressantes. J’ai reçu diverses questions par mail de la part de gens qui croyaient de façon erronée que j’avais toutes les réponses à leurs problèmes de sommeil personnels, et je ne suis pas suffisamment capable et/ou qualifié pour répondre à la plupart d’entre elles. Donc si vous avez des questions ou des retours pour moi concernant le sommeil, je vous prie de vous limiter au cadre de cette expérience ou de mes précédents articles sur le sommeil. Essayez de ne pas me dépeindre dans le rôle du Dr Sommeil juste parce que j’ai entrepris cette expérience en particulier. Voyez-moi plus comme un explorateur hyper zélé que comme un professeur patient. 😉

Je ne pense pas que le plus grand risque du sommeil polyphasique soit de ne pas réussir à s’y habituer. Je pense que le plus grand risque est ce qui pourrait arriver si justement vous y arrivez.

Jour 22 :

Une des évolutions les plus importantes (et hautement inattendues) qui est récemment arrivée au cours de mon expérience de sommeil polyphasique a été un changement dans ma perception du passage du temps pendant les siestes.

Quand j’ai commencé cette expérience, si je faisais une sieste de 20 minutes, je dormais plutôt légèrement et me réveillais en sentant que 20 minutes environ étaient passées. Quand je me réveillais, je n’étais jamais surpris de la quantité de temps qui avait passée en réalité sur l’horloge. Mon expérience des siestes n’était pas si différente du fait de faire une sieste tout en suivant un schéma habituel de sommeil polyphasique.

Mais au cours des 2-3 derniers jours, cette règle semble avoir été jetée aux oubliettes. Maintenant quand je me réveille de mes siestes, il me semble généralement que bien plus de temps a passé. Je viens de me réveiller d’une sieste il y a 20 minutes. Le chronomètre de 25 minutes m’a réveillé, et j’estimais que cela m’avait pris 5 minutes de m’endormir, donc j’ai du dormir environ 20 minutes. Pourtant, quand je me réveillais j’aurais pu jurer que j’avais dormir entre 1h30 et 2 heures.

La première fois que c’est arrivé il y a quelques jours, j’ai trouvé cela intéressant mais j’ai considéré que c’était un coup de veine. Mais c’est devenu de plus en plus fréquent, et maintenant plus de la moitié de mes siestes me donne l’impression que bien plus de 20 minutes ont passé. Il me semble plutôt qu’une à deux heures ont passé chaque fois.

D’un côté, c’est une nouvelle évolution merveilleuse. Je sens que je dors plus profondément pendant les siestes que jamais auparavant. J’ai fait des rêves très riches et vifs. Avant de commencer cette expérience, j’ai lu de la part d’un autre polysiesteur que ses rêves étaient devenus plus vifs, et qu’il faisait également plus de rêves lucides. Il ne plaisantait pas. La meilleure façon de le décrire est que mes rêves semblent bien plus compliqués. Cela peut contribuer à cette impression que j’ai de dormir plus que je ne le fais réellement.

D’un autre côté, ce changement a totalement perturbé ma perception intuitive du temps. C’est comme si le temps passait bien plus lentement qu’il ne le devrait. Quand on le combine au fait que je suis éveillé entre 21 et 22 heures par jour, la perception accrue des rêves fait que chaque jour ressemble davantage à deux jours en termes de durée. J’ai aussi complètement perdu mon intuition quant au jour qu’il est. Il est près de 20 heures quand je tape ces mots, mais il pourrait tout aussi bien être 8h du matin ou midi ou minuit pour ce que j’en sais. Si je veux savoir si c’est le soir ou l’après-midi, je dois regarder l’heure, regarder dehors, ou essayer de me souvenir quel était le résultat là dernière fois que j’ai vérifié. Même le fait de garder une routine quotidienne assez régulière n’aide pas beaucoup. C’est comme si mon horloge interne avait soudain cessé de fonctionner.

Cela devient une expérience étrangement transcendantale, presque spirituelle pour moi. Je me suis habitué à une certaine perception du passage du temps, et maintenant cette perception a éclaté sans retour possible. Je finirai peut-être par développer une nouvelle perception du temps basée sur mon emploi du temps de sommeil polyphasique, mais pour le moment j’ai plutôt un sentiment d’absence de temps. Même si je peux percevoir le passage des jours et des nuits en regardant les indices qui m’entourent, à l’intérieur je me sens plutôt comme un observateur indépendant qui n’est plus lié à ce système. Le temps lui-même tourne au ralenti.

Je suis abasourdi par la lenteur à laquelle novembre semble passer. C’est comme si on devait être le 25 novembre maintenant alors qu’on est le 9. À ce rythme cela va me prendre trois mois d’arriver jusqu’à Noël.

Si vous avez une vision purement objective de la réalité, vous interprèterez ce qui est ci-dessus comme une conséquence du changement de perception qui est survenu avec mes changements physiologiques intérieurs. Mais avec une vision plus subjective de la réalité, toute cette expérience de sommeil polyphasique peut être interprétée comme la manifestation des précédentes intentions que j’ai manifestées. Il y a près d’un mois je regardais quelques vidéos d’Eckhart Tolle (l’auteur du best-seller The Power of Now), et je me souviens m’être demandé à quoi cela ressemblerait – ou si ce serait possible – que le temps ralentisse. Et puis une semaine plus tard j’ai commencé cette expérience dingue, sans suspecter un seul instant que cela ait pu être en rapport avec ces pensées. Maintenant j’ai des doutes. Il y a beaucoup de choses dans cette expérience qui pourraient être interprétées comme la manifestation d’intentions précédentes. Peut-être que même quand vous avez l’intention de faire quelque chose qui semble être impossible, la réalité a un moyen de le tisser pour vous. Je vais passer un peu de temps cet après-midi (ou ce matin… ou quel que soit le foutu moment de la journée) à placer la barre plus haut en termes d’intention.

Malgré des changements aussi fondamentaux, il ne semble pas que cela affecte négativement ma capacité à fonctionner quotidiennement. C’est plutôt le contraire en fait. Cela s’avère être le meilleur mois de mon année, en particulier sur le plan financier.

Crédits photo : Sergey Peterman

Un commentaire

  • Selene dit :

    Bonjour,
    Dans un soucis de besoin financier, et surtout d’ennui du quotidiens et d’un besoin urgent d’occupation quotienne poussée,
    Je vais me mettre au sommeil polyphasique
    Après avoir arpenté de longue heures le net sur cette même question, il me semble que le mode everyman serait le plus pertinent.
    Je travaille actuellement au sein d’un hôtel 5* en service continu de 09h à 17h, et je viens de décrocher un job dans une boîte de nuit de 22h30 à 06h00
    Après calcul de ma part, ma “nuit” se situera donc entre 17h30 et 22h00 soit 4h30 comprenant les phases d’endormissement, et peux placer ma sieste entre 06h00 et 09h00 soit 3h auxquelles il faudra substituer le trajet, les douches, l’endormissement et le réveil soit 1h effective
    J’ai lu qu’il ne fallai dépasser 20 minutes de sieste au risque de se réveiller en SP ou SLP…
    Je peux donc ajouter une sieste de 20 minutes durant ma pause déjeuner
    Ce qui au final me permettrait de faire
    4h + 0,20 + 0,20
    Je pense être large dans cet emploi du temps, sachant que je dispose de 2 jours off par travail ce qui me permettra de rattraper un éventuel retard de sommeil 4x/semaine
    Avez vous d’éventuel conseil à me donner ?
    Et question alimentation?
    Merci de vos réponses,
    Selene

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