TwitterFacebook
Le développement personnel pour les gens intelligents

Simulez-vous vos progrès ?

Note : cet article est une traduction de l’article Are You Faking Progress? de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Tourner en rondUn des plus grands pièges dans la vie est de croire que vous faites des progrès alors qu’il n’y en a aucune preuve. Il est facile de continuer à apprendre et à étudier de nouvelles idées, de nouvelles méthodes, et de nouvelles techniques qui n’améliorent pas vos résultats, tout en vous convainquant que vous devez faire des progrès simplement parce que vous avez investi beaucoup de temps et d’efforts dans l’apprentissage et l’évolution.

Ce serait bien si les efforts valaient les résultats, mais il est très commun de faire des efforts sans générer de résultats mesurables.

Laissez-moi partager une histoire personnelle pour illustrer cela…

Vu mes efforts d’apprentissage et de pratique du jeu du blackjack, je pourrais prétendre être un expert du blackjack.

Vers mes 20 ans j’ai lu plus d’une dizaine de livres sur le jeu du blackjack et une dizaine d’autres concernant plutôt le jeu dans les casinos en général. J’ai fait une étude indépendante sur les jeux de hasard à l’université, à la fois pour m’amuser et en lien avec mes études de sciences mathématiques. Au lycée j’avais même créé un programme de blackjack sur ma calculatrice Casio fx-8000G, avec le dessin des cartes pixel par pixel.

Cependant, j’ai rapidement appris que c’est une chose d’avoir ce savoir et que c’en est une autre de l’appliquer dans le monde réel pour obtenir des résultats positifs.

Peu après mon 21ème anniversaire, j’ai fait mon premier voyage d’adulte à Las Vegas avec des amis. Avant de partir, je me suis entraîné à compter les cartes comme je l’avais appris dans les livres. Cela m’a pris des heures de mémoriser la bonne façon de jouer chacune des mains et de m’entraîner à compter le deck à rebours jusqu’à pouvoir le faire en 13 ou 14 secondes régulièrement (à peu près aussi vite que je pouvais feuilleter toutes les cartes). Je me sentais très bien préparé avant de mettre le pied dans un vrai casino.

Pendant ce premier voyage, j’ai joué avec les limites les plus basses disponibles, en variant mes mises de 2 à 10$. J’ai gagné 125$ au total, ce qui a été une jolie récompense pour mes efforts.

Ce résultat positif m’a encouragé à continuer à jouer. J’ai fait 4 heures de route de Los Angeles à Vegas une bonne dizaine de fois, en profitant des salles pas chères au buffet abordable, ce qu’on trouvait à foison à l’époque. J’ai continué à investir dans l’apprentissage du blackjack. J’ai étudié des techniques avancées qui pourraient ajouter un peu de piment. J’en ai appris davantage sur les aspects sociaux du jeu. J’ai commencé à miser un peu plus, généralement à des tables à 5-25$ ou 10-50$, et parfois à des tables à 25-125$. Je me suis habitué à des basculements plus grands, généralement en perdant 700$ ou en en gagnant 900$ en une seule session. Je me suis fait sortir d’un casino pour avoir gagné 200$ en quelques minutes, donc j’ai appris à mieux déguiser mon jeu. J’étais très discipliné et je n’ai jamais risqué l’argent du loyer ou tilté. Pour moi c’était surtout un défi. J’adorais la combinaison de mathématiques et de discipline émotionnelle nécessaire pour bien s’en sortir.

Maintenant, avance rapide de 20 ans. Je vis à Vegas depuis 2004. Il y a un casino populaire à juste 5 minutes de chez moi. Je peux y aller à pied si je veux. Je pourrais aller jouer au blackjack à n’importe quel moment de la journée. Mais j’y vais rarement aujourd’hui. Et si je joue, je ne compte pas les cartes. J’y vais seulement pour m’amuser, en ne misant qu’à un niveau bien en-dessous de mes moyens pour que cela ne puisse faire aucune différence dans mes finances. Je n’irais jamais assez haut pour risquer ne serait-ce qu’un demi pourcent de mes revenus sur un an.

Donc d’un côté, je peux prétendre avoir une grande expertise dans ce domaine. J’ai investi beaucoup de temps dans cet apprentissage, et j’ai de nombreuses heures de pratique dans le monde réel. Mais quels sont les résultats réels ? Je n’ai certainement pas obtenu les résultats de l’équipe de blackjack du MIT. Vu mes petites mises et le fait que je ne joue pas de façon régulière, je ne gagnerais même pas assez pour atteindre le salaire minimum. Sur le long terme, mes résultats étaient significatifs d’un point de vue financier.

Si j’évalue cela au travers du filtre de l’apprentissage et des efforts et de la pratique, alors je pourrais dire que j’ai énormément évolué dans mes compétences de blackjack. Mais si j’utilise le filtre des résultats du monde réel, alors je dois admettre que  je n’ai obtenu pour ainsi dire quasiment aucun résultat. Je n’ai jamais fait ce qui était nécessaire pour générer des résultats sérieux dans cette activité. C’était simplement un hobby en à-côté que j’ai exploré pour m’amuser.

Donc est-ce que je peux prétendre être un expert du blackjack ? Cela pourrait présenter un problème sémantique, mais je ne peux clairement pas prétendre avoir vraiment gagné de l’argent dans ce jeu, ce qui est généralement la façon dont un joueur de blackjack mesurerait son succès à long terme.

Évaluer vos progrès

Comment évaluez-vous vos progrès ?

Avez-vous la sensation que vous faites des progrès si vous avez beaucoup étudié et pratiqué ? Ou vous accordez-vous le crédit de résultats du monde réel que d’autres gens peuvent également percevoir ?

Je pense que ces deux types d’évaluation sont valides. Je ne pense pas que nous devrions totalement discréditer l’apprentissage, l’étude et la pratique comme des fins en soi. Cependant, je pense aussi que beaucoup d’entre nous avons besoin de faire évoluer nos critères d’évaluation en direction de résultats mesurables du monde réel.

Voici certaines questions pour vous faire réfléchir aux différences entre l’étude et les résultats…

L’étude : Pensez-vous que vous vous y connaissez vraiment en relations ? Avez-vous déjà lu des livres ou participer à des conférences sur les relations ? Savez-vous comment aborder les gens et lancer des conversations ? Savez-vous comment créer du lien ? Savez-vous comment bien communiquer avec les gens ?

Les résultats : Profitez-vous actuellement de relations positives dans votre vie ? Êtes-vous heureux et épanoui dans cet aspect de votre vie ? Est-ce que d’autres gens remarquent à quel point vous êtes heureux dans vos relations ? Combien de gens pourraient vous nommer comme ami ? Combien d’invitations recevez-vous par mois généralement ?

L’étude : Pensez-vous que vous vous y connaissez vraiment à propos de l’argent ? Avez-vous des idées de ce que vous pouvez faire pour augmenter vos revenus ? Avez-vous des objectifs, des plans, et des listes de choses à faire ? Quelles compétences financières avez-vous développées ?

Les résultats : Combien d’argent avez-vous gagné cette année ? À quoi ressemble votre bilan financier ? Si un consultant financier indépendant regardait votre bilan, dirait-il que vous êtes riche, dans la moyenne, ou globalement fauché ? Est-ce qu’il verrait des preuves de changements positifs au cours des 3 dernières années ?

L’étude : Croyez-vous que vous êtes quelqu’un de compréhensif et d’empreint de compassion ?  Vous souciez-vous des gens, des animaux et de l’environnement ? Avez-vous des idées sur une façon de rendre le monde meilleur ? Souhaiteriez-vous que plus de gens pensent comme vous ?

Les résultats : Quelle est la preuve mesurable de votre contribution continue à ce monde ? Quels résultats certaines personnes obtiennent-ils maintenant qu’ils n’obtenaient pas avant, et ce grâce à vous ? Quelles personnes en particulier témoigneront que vous les avez aidées, et comment diraient-elles que vous les avez aidées ? Est-ce que votre attention et votre compassion se déversent dans le monde et affectent véritablement les gens, ou est-ce simplement une sensation que vous avez ?

Quand vous regardez ce à quoi ressemblait votre vie il y a 3 ans, quels domaines seraient globalement les mêmes s’ils étaient examinés par un observateur impartial ? Où est-ce que cet observateur dirait que vous avez fait des progrès mesurables ? Où dirait-il que vous avez échoué à faire des progrès visibles ?

Évaluez-vous vos progrès aussi objectivement et impartialement que le ferait cet observateur ? Vous accordez-vous le crédit de résultats non-existants ? Avez-vous oublié de vous accorder le crédit de résultats que vous avez réellement atteints ?

L’orientation vers les résultats

Si vous commencez à réaliser que vous avez fortement tendance à vous sur-créditer pour votre apprentissage, vos efforts et votre pratique et non les résultats du monde réel, je vous encouragerais à changer vos critères d’évaluation pour les faire passer du côté des résultats. Cela pourrait sembler un peu étrange au début, peut-être un peu plus dur que ce à quoi vous êtes habitué, mais je pense que vous le préfèrerez sur le long terme.

Je suis quelqu’un qui aime lire, explorer et expérimenter, donc il est facile pour moi de rester coincé du côté de l’apprentissage et de me convaincre que je fais de réels progrès en faisant des efforts. Mais j’ai appris avec les ans que mon apprentissage a tendance à bien mieux se dérouler quand je travaille sur un objectif basé sur des résultats.

Pendant l’université j’ai eu un contrat de programmateur de jeux vidéo pour une société locale de jeux. À l’époque je ne connaissais que la programmation de jeux en DOS, et ils développaient des jeux pour Windows 3.1. La programmation de jeux pour Windows était un animal totalement différent, donc je me suis engagé dans ce projet avant de vraiment savoir dans quoi je m’étais lancé. Mais, par chance, j’ai été appelé pour faire partie d’un jury juste au moment où j’étais censé commencer à travailler sur le premier jeu, donc le début du projet a dû être retardé. Je suis allé dans une librairie et j’ai acheté une pile de livres sur la programmation de jeux sur Windows. Comme il y a eu beaucoup de temps morts pendant le jugement de l’affaire dont j’étais juré, j’ai pu parcourir ces livres en l’espace de quelques jours. Comme mon apprentissage était orienté vers les résultats dès le début, j’ai pu apprendre beaucoup plus vite. Je pouvais me concentrer sur les concepts que j’aurais besoin d’appliquer et ignorer les éléments superflus.

Par conséquent, j’ai produit une démo fonctionnelle du premier jeu seulement 9 jours après avoir commencé le projet. Environ six mois après, j’ai pu voir le pack de 4 jeux que j’avais programmé être vendu dans des magasins comme Comp USA et Sotfware Etc. J’ai également reçu des chèques de royalties de plus de 20 000 $ en plus de la paye de mon contrat. Mes efforts d’apprentissage ont généré des résultats mesurables. Ce n’était pas seulement apprendre pour apprendre. Par la suite j’ai également appliqué ces compétences au design, à la programmation, et à la publication d’autres jeux. Et j’ai aidé d’autres développeurs en leur apprenant comment faire de même.

Quand je m’engage à apprendre simplement pour apprendre quelque chose de nouveau, j’apprends presque toujours plus lentement. J’apprends plus vite quand mon apprentissage est orienté vers les résultats, comme en découvrant comment mettre en œuvre certains aspects particuliers d’un projet spécifique.

Apprendre simplement pour apprendre peut être très séduisant. Lisez n’importe quel livre de non-fiction, et vous pourriez être capable de vous convaincre que vous faites quelque chose de valable et de valeur. Mais qu’allez-vous faire de ce savoir ? Est-ce que cela sera largement oublié un an plus tard ? Ou est-ce que vous l’appliquerez dans le monde réel ?

J’ai lu tellement de livres qu’il est difficile de tout utiliser. J’ai des morceaux et des parcelles de connaissances sur une grande variété de sujets. À l’époque où j’ai étudié ces sujets, ils semblaient généralement importants. Hier je lisais un livre fascinant sur l’histoire de Goldman Sachs, une puissante banque d’investissement qui a démarré au 19ème et qui s’est attiré énormément de critiques pour son rôle dans la dernière crise financière. Mais qu’est-ce que je peux faire avec tout ce savoir ? Comment est-ce que cela génèrera des résultats dans le monde réel ? Cela pourrait être une lecture éducative et qui vous ouvre les yeux, mais comme je ne le lis pas avec un esprit orienté vers les résultats, je pourrais dire que je ferais mieux d’apprendre autre chose que je pourrais appliquer immédiatement.

Apprendre pour le seul bien d’apprendre peut en effet être agréable, et cela offre des bienfaits cachés avec le temps. Mais mon expérience suggère qu’apprendre dans le but de créer des résultats dans le monde réel peut être tout aussi agréable – et également beaucoup plus rapide. Vous n’appréciez pas seulement le processus d’apprentissage, mais vous pouvez également connaître de nouveaux résultats. À toutes choses égales, est-ce que cela n’a pas plus de sens d’apprendre en ayant un esprit fortement orienté vers les résultats ?

Quels sont les résultats que vous aimeriez atteindre ensuite ? Pouvez-vous diriger votre apprentissage pour qu’il vous aide à atteindre plus rapidement ces résultats ?

Le meilleur des deux mondes

L’apprentissage, les efforts et la pratique n’ont pas à être en opposition avec les résultats du monde réel. La vérité est que nous pouvons profiter des deux.

Une façon directe de le faire est de clarifier quelques nouveaux résultats que vous aimeriez atteindre, puis de vous concentrer sur le fait d’apprendre ce que vous avez besoin d’apprendre pour atteindre ces résultats.

Même si j’ai aimé apprendre à jouer au blackjack, mon savoir en blackjack ne fait pas grand-chose pour moi ou n’importe qui d’autre en termes de résultats dans le monde réel ; cela n’a jamais été le cas. D’un autre côté, apprendre comment créer un site web m’a également permis de profiter de la vie sans l’ennui d’un travail régulier, pour fournir un service durable et valable aux gens dans le monde, et pour me fournir assez de liberté pour continuer à apprendre et à évoluer.

Ne dites jamais « Je ne sais pas comment faire » comme excuse pour vous abstenir de poursuivre un résultat particulier que vous désirez. « Je ne sais pas comment faire » est le leitmotiv des idiots. Ce n’est pas grave de dire « Je ne sais pas encore comment faire », mais c’est encore mieux de supprimer carrément ce genre de phrase de votre répertoire. Lancez-vous simplement et commencez à apprendre ce que vous avez besoin d’apprendre. Ne vous servez pas de votre manque de connaissances comme excuse. Si vous ne savez pas encore, apprenez. Vous avez appris à parler et à marcher. Vous pouvez certainement apprendre également d’autres compétences.

J’ai le conseil de Jack Canfield : « penchez-vous dessus. » Quand vous ne savez pas comment atteindre un résultat spécifique, ne vous souciez pas de tout apprendre dans la nuit. Il suffit de vous pencher dessus. Prenez un livre qui semble traiter du sujet, et lisez-le. Ce livre devrait vous donner de nouvelles pistes à suivre. Il pourrait vous envoyer vers d’autres livres, vers des professeurs, vers des ateliers, ou vers des expériences que vous pourriez tester. Continuer à suivre la piste de miettes de pain en apprenant petit à petit comment atteindre le nouveau résultat désiré. Mais faites attention de ne pas tomber dans le piège – si séduisant soit-il – qui consiste à apprendre dans le seul but d’apprendre.

Là encore, apprendre dans le seul but d’apprendre ne pose aucun problème. Je pense que c’est très bien pour élargir vos horizons, et tout ce que vous apprenez ne doit pas nécessairement tendre vers un résultat. Mais quand vous poursuivez un objectif particulier, tenez-vous à un apprentissage orienté sur les résultats, et ne vous laissez pas sortir de piste.

Quand vous regardez rétrospectivement les dernières années de votre vie, êtes-vous satisfait des résultats que vous avez obtenus ? Pouvez-vous voir que vos investissements dans le développement personnel et l’apprentissage ont payé en termes de résultats mesurables ? Quelle est la preuve de vos progrès dans le monde réel ? Est-ce que vos « progrès » ne sont que dans votre esprit ? Êtes-vous heureux de votre équilibre actuel entre apprendre pour le fait d’apprendre et apprendre pour atteindre des objectifs spécifiques ?

Crédits photo : © tiero – Fotolia

Post a Comment

Your email is kept private. Required fields are marked *