Les avantages de la cruauté

Aspects du Developpement PersonnelEn continuant à méditer sur les idées que j’ai partagées dans mon dernier Statut , j’ai profusément réfléchi à l’idée des avantages potentiels cachés de la cruauté.

Quand je faisais beaucoup de vols à l’étalage vers la fin de mon adolescence, mis à part la nature autodestructrice de ces activités, j’y trouvais des avantages : c’était un moyen de faire face à mes peurs. Ceci a doublé mon courage au cours de cette période, et je suis allé au-delà de ma zone de confort.

Des années plus tard, j’ai trouvé des moyens plus productifs (et légaux) de bénéficier des mêmes avantages comme l’art oratoire par exemple. Au fil des années, je suis passé de courtes allocutions de sept minutes à des ateliers de trois jours. S’adresser au grand public me procure une jouissance similaire à celle procurée avant par le vol à l’étalage, hormis le fait de ne pas avoir à me soucier d’une éventuelle arrestation… du moins pour le moment.

Le vol à l’étalage n’était pas quelque chose dans laquelle je me suis laissé entraîner. J’ai choisi de le faire. À la fin, il est devenu comme une forme de dépendance, mais au début c’était un choix. En revanche, les actes de cruauté que j’ai subis dans mon passé étaient généralement inconscients. Ils résultent en grande partie d’habitudes incontestées installées pendant la petite enfance.

Cela dit, je me suis toujours demandé : « quel est l’intérêt de la cruauté ? » Si c’est un engagement si populaire pour l’humanité, il doit sûrement y avoir un certain avantage. Autrement, pourquoi les gens accompliraient de tels actes ?

Je suppose que pour certains, cela pourrait donner un sentiment de pouvoir ou de domination. Si ça se trouve, j’avais moi-même eu accès à ces sentiments à un moment donné ;  mais aujourd’hui, d’une manière générale,  je ne ressens plus ce genre de sentiments envers les actes de cruauté. Ils ne me semblent ni forts ni puissants. Si je devais délibérément commettre un acte cruel aujourd’hui, je m’attends à ce que cela me rende plus faible, pas plus fort.

L’appartenance

En réfléchissant davantage à cette question, cependant,  je me suis rendu compte que la cruauté avait un réel avantage : un sentiment d’appartenance plus important. Dans un milieu qui tolère certains actes de cruauté, participer à de tels actes peut offrir le sentiment de faire partie intégrante du collectif.

Un effet secondaire involontaire de mon engagement, parfois obsessionnel, envers le développement personnel est qu’il peut  créer un sentiment de distance entre moi et le reste de la société. Plus je m’éloigne des normes sociales, plus il y a le potentiel de me sentir comme un paria … ou d’être traité comme étant un parmi les autres.

Il existe une façon qui m’aide à compenser cela, c’est de passer plus de temps avec des gens partageant les mêmes idées que moi. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’adore parler et animer des ateliers. Cela m’offre plus d’opportunités de me connecter avec des personnes qui partagent mes valeurs.

La vérité c’est que la majorité des domaines dans lesquels je pourrais être différent des autres ne semblent pas nuire à mon sentiment d’appartenance. Ne pas avoir de travail, ne pas être religieux ou être en union libre… . Cela me cause rarement de sérieux problèmes de communication avec les autres.

La compassion

Il y a un point qui semble me causer plus de soucis que toute autre chose : c’est mon sens de la compassion. Il semblerait qu’être plus compatissant faciliterait le contact avec les autres. Mais d’après mon expérience, cela sert souvent à créer plus de distance, du moins dans une société qui n’accorde généralement pas assez d’importance à des valeurs telles que la compassion et la bienveillance. Nous pouvons idéaliser de telles qualités, mais dans nos interactions interpersonnelles quotidiennes, la compassion peut, en fait, être une responsabilité sociale.

Supposons que je sois avec un groupe d’amis dont les membres mangent des produits d’origine animale, alors que je mange autre chose (ou rien du tout) parce que mon orientation morale me dit que transformer des animaux en consommables est une erreur. Peut-être que quelques-uns parmi eux sont même fiers de leurs choix, comme proclamer la saveur de la chair grillée … alors que mes perceptions sont très différentes des leurs. Dans ces moments-là, il m’est plus difficile d’éprouver un sentiment d’harmonie avec de tels amis.

Parfois, quand quelqu’un m’invitait à déjeuner ou dîner, je le redirigeais pour suggérer d’autres moyens de connexion qui n’impliquent pas la nourriture. Je répondais: « Et si à la place, nous faisions une promenade ? » Cela me permet de me concentrer plus facilement sur nos points communs plutôt que sur nos différences.

Être un paria

Cette différence au niveau de la compassion devient plus perceptible lorsque je me retrouve avec des hommes dont le regard envers la femme est tellement différent du mien. Je n’apprécie pas que les hommes parlent des femmes en tant qu’objets ou cibles, ou évaluent la valeur d’une femme en fonction de son apparence ou agissent comme si la seule raison d’entrer en contact avec une femme était de l’attirer dans leurs lits. Si je défie ces attitudes et suggère des alternatives, alors je deviens un sujet de moquerie pour de tels hommes, chose qui a eu lieu à maintes reprises. Il y a d’innombrables discussions sur les forums d’autres personnes, en particulier dans la communauté de séduction où de tels hommes me critiquent et me condamnent essentiellement parce que je ne leur ressemble pas assez. Ils publient parfois des photos de femmes avec lesquelles j’avais une liaison et les critiquent autant qu’ils peuvent. Pour eux, les femmes sont des objets à manipuler et tout individu qui dit le contraire, il n’a pas seulement tort, mais aussi dans une certaine mesure, il est un ennemi.
Malheureusement, beaucoup de femmes ne sont pas mieux non plus. Certaines qui ne m’ont jamais rencontré ou même parlé, ont publié de longs statuts analysant l’échec de mon mariage, la perversion de mon intérêt pour les relations libres ou la pure déviance de mon amour pour les câlins. Je deviens la cible de toutes les transgressions qu’un homme ait pu leur faire au passé. Je suis curieux de connaître l’identité de la personne décrite dans leurs blogs, surtout que les pensées, les sentiments et les intentions pour lesquels elles me condamnent ne sont en aucun cas les miens. Je reste donc un paria pour les hommes qui réduisent les femmes au statut d’objet, ainsi que pour les femmes qui diabolisent les hommes ; et ces deux spécimens forment des communautés sacrément importantes.

Un autre groupe de personnes avec qui je ressens une déconnexion parfois flagrante est celui des entrepreneurs. Lorsque je fais des choses comme supprimer la publicité de tiers de mon site Web ou que je ne fais pas usage de mon droit d’auteur pour une raison ou une autre, beaucoup de personnes dans cette communauté semblent me percevoir comme une menace. Parfois, ils vont jusqu’à publier des statuts affirmant l’existence d’une intention cachée. Il se trouve que j’aime avoir un site web qui ne soit pas truffé de publicités. A mon  avis, c’est une façon plus agréable de servir mes lecteurs. Je préfère que les gens puissent se réjouir de mes articles gratuitement sans distractions inutiles causées par les publicités par exemple. Je ressens davantage de plaisir à aider les gens plutôt qu’à  gagner de l’argent. Cependant, cette hiérarchisation de mes valeurs peut créer une rupture avec les entrepreneurs qui sont plus orientés vers le profit. Malgré le fait que techniquement je suis un entrepreneur, j’ai souvent du mal à m’identifier à d’autres entrepreneurs parce qu’ils accordent généralement plus d’importance à l’argent que moi, alors que selon eux, j’abuse en essayant d’aider les gens gratuitement. Donc, soit je ne suis pas futé, ou pire encore, je suis un peu débile. Une critique plus clémente me concernant affirme que je suis trop idéaliste et pas assez réaliste. Je pense que certains d’entre eux sont vraiment dérangés à cause du succès de mon entreprise. Une femme entrepreneur a pris la parole lors de l’un de mes ateliers et a expliqué que suivre son cœur dans les affaires ne pourra pas fonctionner, par la suite, elle a conclu en me disant : « Alors, vas te faire foutre ! Steve PAVLINA ! ». Je lui ai souri, me suis incliné et j’ai par la suite continué l’animation de mon atelier.

Parfois, quand je suis invité à animer un atelier pour les entrepreneurs, je préfère souvent leur parler des moyens de  trouver et suivre son chemin en utilisant le cœur dans les  affaires. Ce n’est pas une chose facile, surtout quand d’autres intervenants dans le même événement dévoilent des moyens pour gagner plus d’argent (parfois d’une manière manipulatrice à mon sens), mais j’ai toujours eu le sentiment d’avoir un message important à partager. Lors de certains ateliers, j’ai l’impression qu’une bonne majorité des personnes présentes n’est pas sensible à mon message. Mais quand une ou deux personnes présentes me parlent en privé et me disent à quel point elles ont besoin d’entendre ce que j’ai partagé et combien ceci a validé leurs propres pensées et sentiments sur le sujet, leurs mots me réconfortent et m’encouragent à continuer à faire ce que je fais là où je me trouve.

Malgré les défis, je me considère très chanceux d’avoir eu des relations vraiment merveilleuses avec des gens qui partagent mes idées. Mais comme moi, ces gens demeurent généralement en marge de la société. Ils sont eux aussi, au moins dans une certaine mesure, considérés comme des parias, même si beaucoup d’entre eux semblent être beaucoup plus heureux et plus épanouis que les personnes ordinaires.

Je communique très facilement avec les personnes qui se soucient vraiment des autres et qui s’engagent à faire le bien dans le monde en minimisant les dommages qu’ils causent. En leur présence, je me détends sans effort dans l’unité. Mais avec la plupart des gens que je rencontre, il n’est pas si facile de communiquer avec un tel degré d’harmonie.

Je me suis toujours demandé si je devrais me concentrer plus sur les personnes qui partagent mes idées et restreindre mes interactions quand les chances d’incompatibilité sont plus probables … ou chercher les moyens qui vont faire en sorte que mon sentiment d’appartenance s’étende et englobe un éventail de personnes beaucoup plus large. Je n’arrive toujours pas à trancher par rapport à ce sujet.

Se connecter à travers la cruauté

Tout comme le vol permet de confronter la peur et de renforcer le courage, la cruauté est aussi un moyen de créer un sentiment d’appartenance. Étant donné qu’un certain niveau de cruauté est extrêmement répandu parmi les êtres humains, il est plus facile d’appartenir à un groupe si l’on est capable de montrer de la cruauté d’un temps à autre. Manger les animaux, réduire les femmes à des objets, cogner les hommes, balancer quelques insultes raciales et manipuler les gens pour un intérêt personnel sont des actes qui assoient votre appartenance au sein de la bande. Si vous réussissez à adopter la cruauté d’une manière ou d’une autre, il ne vous sera pas difficile de trouver une tribu sociale qui vous accueillera.

Vous est-il déjà arrivé de sentir que vous étiez un peu cruel de temps en temps, peut-être même plus, que vous vous sentiez bien et ce dans le but de vous intégrer ? Avez-vous déjà annoncé votre cruauté pour réduire ou éviter le risque de devenir paria parmi vos homologues ?

Être un homme attentionné et compatissant est très important pour moi, à un degré près que je suis prêt à être un paria si je le dois. Cependant, je préfère ne pas être un paria si je peux l’éviter. Je désire avoir un sentiment d’appartenance plus grand mais je ne suis pas prêt à sacrifier ma compassion pour l’avoir.

Alors comme j’avais appris à découvrir et réintégrer les avantages du vol sans les inconvénients, je cherche maintenant des moyens de réintégrer les avantages de la cruauté (à savoir un plus grand sentiment d’appartenance) mais sans les inconvénients flagrants.

Je ne sais pas encore à quoi ressemblera cette solution. Je me sens en train de me rapprocher d’un changement significatif de perspective qui pourrait m’ouvrir de merveilleuses nouvelles opportunités sociales.

Je pense que d’une manière ou d’une autre, je vais devoir apprendre à m’adresser aux cœurs des gens en leur parlant. Si je ne veux pas communiquer avec les gens sur la base de la cruauté partagée, alors je dois trouver quelque chose d’autre à partager (quelque chose d’assez puissant pour passer outre le sentiment potentiel de déconnexion dû à nos différences). Certainement, il doit y avoir quelque chose de très puissant à partager autre que la cruauté.

La cruauté est très opportune. C’est en fait un moyen de communication très efficace. Si vous souhaitez être accepté dans un nouveau groupe, vous devez écouter attentivement, apprendre leur jargon particulier de la cruauté, démontrer par la suite que vous êtes capable de l’utiliser et Bingo ! vous êtes immédiatement accepté dans le groupe. A mon avis, utiliser le même jargon en dehors du groupe serait un peu risqué. En prenant ce risque vous intégrez définitivement le groupe et le groupe vous adoptera en contrepartie.

Je ne trouve pas que la compassion soit aussi opportune. Avec les bonnes personnes, la compassion est vraiment un merveilleux moyen de communication. Mais quand il s’agit de personnes qui ne sont pas habituées à communiquer sur cette base, il faut du temps pour gagner leur confiance. Certaines personnes se méfient encore des invitations sincères et transparentes, comme s’il devait y avoir un intérêt caché quelque part. Beaucoup de gens ont été blessés ou trahis dans le passé et ils n’ont plus confiance même en ce que leur propre intuition leur dicte. Ils sont restés coincés dans leurs têtes ou dans leurs peurs et se disent qu’ils sont à l’abri de connexions autres que bonnes.

Tisser des liens basés sur la compassion avec des personnes partageant les mêmes idées est une chose facile. Je suis enchanté quand je rencontre une femme qui partage les mêmes idées. Nous adorons co-créer et partager ce sentiment d’unité délicieux. C’est complètement naturel pour nous. Mais pour les personnes qui ne sont pas habituées à ce langage, cela pourrait prendre un peu plus de temps avant qu’ils ne s’y habituent mais il faut d’abord qu’elles s’entendent sur ce chemin. Elles ne peuvent pas tout simplement plonger dedans et commencer à en profiter. C’est trop différent pour elles. Elles peuvent en fait trouver plus de facilité à créer des liens en se taquinant ou en faisant des commentaires sarcastiques. Il y a des femmes qui semblent vraiment vouloir être en liaison avec un homme qui les réduira à un objet. Essayer de cultiver une relation amoureuse et centrée sur le cœur ne fonctionnera pas avec ce genre de femmes car ce n’est pas ce qu’elles recherchent.

J’adore la profondeur, l’intimité et la chaleur qui découlent des relations basées sur la compassion et l’amour. Mais, selon mon expérience, cela a tendance à être lent et tout le monde n’est pas prêt à consacrer son temps pour créer des liens fondamentalement forts.

A mon avis, la vitesse n’est pas le facteur principal. Mais je me demande si je pourrais découvrir un moyen de cultiver plus rapidement un sentiment d’appartenance avec plus de gens sans avoir à me lier avec leur cruauté.

La compassion en elle-même est merveilleuse, mais je n’ai pas l’impression qu’elle soit capable de remplacer les avantages primaires de la cruauté lorsqu’il s’agit de créer un sentiment d’appartenance, surtout s’il s’agit d’un groupe.

L’humour

Je me demande si l’humour n’était pas une éventuelle solution. L’humour et la cruauté se chevauchent à certains égards, mais il est possible d’avoir l’un sans forcément avoir l’autre. Qu’en est-il du sous-ensemble de l’humour qui n’implique aucune cruauté alors ? Le bon humour pourrait être une manière assez universelle de créer des liens et il pourrait également être beaucoup plus avantageux que la compassion. Je pense que même le sarcasme et les taquineries peuvent être qualifiés comme étant des choses aimables et ce si le but est d’amuser, divertir, créer des liens et rire plutôt que d’infliger du mal ou nuire à l’estime de soi de quelqu’un … ainsi que dans le cas où l’humour est bien pris.

L’humour est quelque chose que j’apprécie beaucoup chez l’humanité. J’adore le fait que nous ayons la capacité de rire de nous-mêmes et de nos circonstances. Ce serait un axe d’améliorations intéressant pour renforcer ses compétences en humour, comme un moyen de profiter des avantages de la cruauté sans que ses inconvénients ne soient impliqués.

Tout comme le partage d’actes de cruauté est une forme de validation mutuelle, le partage de l’humour pourrait aussi être une forme de consentement mutuel.

Cependant, ce qui est insatisfaisant sur la piste de l’humour, c’est que cela ne dissout pas mes sentiments envers la cruauté. Cela pourrait être une façon d’avoir des liens superficiels, mais à l’intérieur de moi-même, cela ne m’encourage pas à avoir des liens plus profonds avec une personne. Je le considère toujours comme étant une solution de secours et je l’utilise généreusement dans mes relations sociales, mais davantage comme étant un moyen d’apaiser la tension que comme un moyen d’expérimenter une intimité réelle avec quelqu’un.

L’illusion mutuelle

Une personne a suggéré que créer des liens basés sur l’illusion mutuelle pourrait fonctionner. Nous avons tous tendance à nous tromper dans une certaine mesure, n’est-ce pas ? Nous nions tous certains aspects de la vérité. Apparemment, cette approche est logique puisque la plupart des gens que je connais qui mangent les animaux semblent être en train de nier les aspects de cruauté de tels comportements. Généralement, ils n’aiment pas faire face à cette partie d’eux-mêmes. Je pourrais donc m’identifier à eux et avoir plus d’empathie envers eux en me rendant compte de ce que je fais de même dans certains domaines de ma vie.

J’ai déjà exploré cela dans une certaine mesure et ça aide, mais en pratique, je trouve que ça ne fait que m’éloigner.

Cela pourrait être un concept difficile à appliquer étant donné que nous nous faisons souvent des illusions mais nous ne le remarquons pas. Il est plus facile de remarquer et de pointer du doigt les illusions des autres, en revanche, quand il s’agit des nôtres, ça devient plus difficile. C’est la nature de la bête.

Cependant, même lorsque nous pouvons faire preuve d’empathie avec les idées délirantes des autres, généralement,  cela ne crée pas assez d’intimité ou d’appartenance. Je considère toujours la cruauté comme étant mauvaise, et avec le temps, je trouve de plus en plus difficile de déterrer des aspects de moi-même qui peuvent être comparés à la possibilité de payer des gens pour torturer et massacrer d’autres êtres vivants.

Supposons que nous étions en 1943 et que vous étiez en train de discuter avec un officier nazi qui exprimait sa fierté de l’efficacité du camp de concentration qu’il commandait. Supposons qu’il partageait sa joie concernant l’amélioration du taux de conversion du camp, en termes de la rapidité avec laquelle il pouvait convertir les Juifs en cendres … ou le rendement productif de leur travail forcé … ou de l’efficacité du recyclage des biens volés aux prisonniers. Seriez-vous capable de trouver une auto-illusion qui vous permettrait d’être réellement en empathie avec cette personne ? Pourriez-vous le tapoter dans le dos et lui dire : « Ah Ouais ! Je vous reçois ! Vous savez … dernièrement, je me sens aussi plus tenté de réduire un grand nombre de personnes en cendres. Je me demandais si je devrais travailler davantage sur cela ? »

Ou serait-ce plus probable que vous soyez très occupé à gérer votre propre dégoût face à l’attitude de cette personne afin de vraiment accéder à plus d’empathie à ce moment ?

Si vous vous étiez entretenu avec Elliot RODGER avant qu’il ne se lance dans son carnage et l’aviez écouté parler de sa haine envers les femmes, de son sens du devoir et de son désir de représailles, seriez-vous motivé à vouloir vous rapprocher de lui ? Seriez-vous capable de sympathiser avec son attitude ? Ou seriez-vous plus tenté de vouloir le dégager de la rue et l’enfermer quelque part ?

Cela dit, cette approche de l’empathie aide dans les cas assez doux. En particulier, avec des gens très ouverts d’esprit et orientés vers la croissance. Mais en pratique, la plupart du temps, je ne trouve pas cela très efficace. Quand je perçois cette attitude semblable à celle des nazis dans une personne équivalente à notre traitement des animaux ; généralement, je me sens plus tenté de partir que d’essayer de m’identifier à eux. Je me sens tout simplement trop dégoûté ou déçu de vouloir renforcer ma relation avec eux, du moins à ce moment-là.

B.D.S.M

Un autre lecteur a suggéré que la méthode BDSM pourrait être un moyen pratique d’explorer mes liens avec la cruauté (en particulier, le côté sadomasochiste). Je connais des femmes qui adorent ce genre de pratiques (les femmes qui aiment être traitées comme des objets et celles qui aiment faire ou avoir mal ou celles qui deviennent allumées en étant humiliées). Rien de tout cela ne me fait plaisir cependant. Je ne l’apprécie pas. Même quand je suis avec une femme à qui ça ferait plaisir de jouer ensemble de cette façon et qu’elle soit complétement d’accord de franchir le pas, je n’accepte pas être ce genre de partenaire pour elle. C’est trop gros pour moi.

Quand je pratique Le Jeu de D / s, je trouve que ce jeu ne contient pas d’actes de violence ou de cruauté, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Dès que je sens que ma partenaire commence à être gênée ou commence à se sentir humiliée, j’arrête ce jeu immédiatement. En découvrant cette pratique, je l’ai trouvée joyeuse, ludique, amusante et même stupide parfois. Je ne la pratique qu’avec les femmes qui le perçoivent de la même manière. Il s’agit, à la base, d’une forme de jeu de rôle qui nous permet d’intensifier nos sentiments mutuels. A mon sens, l’aspect de dominance est lié à mon plaisir de pouvoir diriger notre jeu ensemble, plutôt que de me comporter d’une manière qui implique la force ou la coercition.

Je comprends et accepte que pour certaines personnes, le fait d’entendre certaines expressions de cruauté soigneusement choisies pourrait augmenter positivement l’intensité émotionnelle d’un rapport. Cependant, je ne ressens pas le plaisir de la même façon même dans les cas où je suis convaincu que ma partenaire pourrait.

Je ressens une telle délicieuse intensité émotionnelle à travers des manières plus subtiles (comme les caresses, les sourires ou les baisers sensuels). Je suis convaincu qu’une approche lente et plus tantrique pourrait être beaucoup plus stimulante pour moi que tout autre acte qui impliquerait la cruauté.

La vengeance

Une autre suggestion était d’essayer d’accéder à la partie la plus vindicative de moi. Supposons que quelqu’un me fasse du mal d’une manière cruelle ? Pourrais-je tout simplement sortir l’aspect cruel en moi, en ce moment-là, en voulant me venger ?

Peut-être que quand les conditions se réunissaient, je pourrais m’énerver de temps à autre ; mais est-ce que cela veut dire que je suis obligé d’attendre que quelqu’un fasse quelque chose d’aussi flagrant pour que je puisse accéder à ces sentiments ? En me connaissant, même si cela se produisait, je finirais par m’en remettre. Tout simplement, je n’aime pas rester longtemps emprisonné dans ce genre de sentiments. Dans le cas où je me livrerais à ces sentiments, je m’attendrais à ce que mes proches m’aident à m’en sortir et revenir à un état émotionnel plus positif et plus constructif.

Je ne pense pas que la plupart des gens qui font du mal aux animaux le font volontairement. Je pense que le mal provient principalement de l’ignorance, la réfutation, la rationalisation par opposition à une véritable haine envers les animaux ainsi que l’intention de les voir souffrir. Comme je l’ai appris lors du dernier Sommet sur la Révolution Alimentaire, les enquêtes montrent que la plupart des consommateurs des produits à base animale veulent que le bétail destiné à la consommation soit élevé et abattu d’une façon plus humaine. Je me trouve dans l’impossibilité de nommer quelqu’un dans mon entourage qui respecte réellement les normes des pratiques d’élevage.

Même lorsque je prends l’entreprise Monsanto comme exemple, qui est aussi proche du mal pur qu’une entreprise puisse l’être (leurs actes étaient à l’origine du suicide de plus de 250 000 éleveurs en Inde), j’ai l’impression qu’ils agissent plus par peur, cupidité et ignorance. Cela n’augmente pas le désir de vengeance en moi. Il en va de même avec les investisseurs de Wall Street qui alimentent et récompensent de telles entreprises.

Je ne ressens aussi aucun désir de me venger des gens qui consomment la viande des animaux ou qui travaillent dans ce domaine. Face à cette situation, je ressens plus de la tristesse et de la déception que de la colère ou de la haine.

L’Honnêteté émotionnelle

Puisque je ne ressens pas vraiment le désir de vengeance, qu’en est-il par rapport à la possibilité d’exprimer plus ouvertement mes vrais sentiments ?

Je sens que je fournis déjà un grand effort en me permettant de ressentir ce que je ressens et de reconnaître mes sentiments internes. Je me permets de ressentir le chagrin. Parfois, l’ampleur de la cruauté me submerge émotionnellement. De temps en temps, je me lâche et je pleure. Quand je permets à ces sentiments de monter à la surface, je ressens un sentiment de soulagement par la suite.

Cependant, je ne partage pas ces sentiments quand je suis entouré de gens qui mangent les animaux. Probablement,  parce que je ne leur fais pas entièrement confiance, mais, cette attitude pourrait être une erreur.

Normalement, quand je partage un repas avec des gens qui mangent les animaux et je vois la chair morte dans leurs assiettes, je ressens la tristesse et la déception. J’ai honte que l’humanité continue de faire cela. A l’intérieur de moi, je fais souvent une prière silencieuse pour l’animal qui a dû souffrir pour devenir ce repas. Je lui enverrai une pensée silencieuse   « Je suis désolé », comme s’il était de mon devoir de m’excuser auprès de tous les animaux au nom de l’humanité. Mais je fais de mon mieux pour ne pas laisser paraître ces sentiments. Je ne partage avec personne ce qui se passe à l’intérieur de moi à ce moment-là.

Pendant que nous continuons à manger, ça m’arrive de détourner les yeux de leurs assiettes et d’essayer de me distraire de ce que je ressens ou de parler de quelque chose qui n’a aucun rapport avec la nourriture ou de faire de mon mieux pour profiter de mon propre repas. Mais il y a habituellement une partie de moi qui ressent toujours la tristesse pendant ces moments. Si quelqu’un commente à quel point la chair de l’animal était délicieuse, j’en ressens la piqûre encore plus. Un être devait souffrir et mourir simplement pour des fins de divertissement … très injuste et inéquitable. Mais je ne montre pas (je ne le fais jamais) ce que je pense et ressens vraiment.

Jusqu’au moment de la rédaction de ces lignes, ce comportement commence à me sembler inauthentique. Peut-être que je ne partage pas ces sentiments parce que je ne veux pas mettre les autres mal à l’aise ou tout simplement parce que je suis poli ou parce que je ne suis pas encore prêt à m’engager dans un autre débat qui ne soit pas nécessaire à mon avis. S’il vous est déjà arrivé d’être piégé par une personne à argumenter pour la millième fois dans un débat qui ressemble à celui que l’on puisse avoir avec un nazi sur le fait si le juif était vraiment une personne, seriez-vous vraiment tenté de lancer le coup d’envoi de la ronde 1001 ? Le résultat est connu d’avance.

Peut-être que c’est une erreur. Je ne dois pas faire appel à mes sentiments dans les discussions à chaque fois que je partage un repas avec un mangeur d’animaux, mais je pourrais au moins arrêter de réprimer mon envie de laisser mon visage révéler ce que je ressens à ce moment-là. Pourrais-je me montrer triste quand je le suis ?

Parfois, quand je me sentais un peu dépassé lorsque je me retrouvais dans un endroit plein de personnes et me rendais compte de la présence d’une grande quantité de cadavres d’animaux coupés en morceaux se trouvant dans la même pièce que moi, et que les autres souriaient, riaient et s’amusaient sans se soucier de la souffrance et du sacrifice de vies qu’il avait fallu afin d’assouvir leur appétit, je m’excusais et changeais d’endroit ne serait ce que pour un laps de temps. Il m’est arrivé lors d’un grand dîner de groupe auquel j’étais invité de découvrir qu’il n’y avait même pas une seule bouchée de nourriture végétarienne à manger pour moi, malgré le fait que j’informe toujours les hôtes de mon régime alimentaire à l’avance. J’avais faim et le serveur était très désolé de la situation. En réalité, je me suis senti soulagé. J’ai discrètement quitté la salle et suis allé me promener dehors pendant une heure. L’air frais de la nuit était apaisant pour mon esprit. J’ai rejoint le groupe plus tard, après que tout le monde ait fait le plein de viande. Je n’avais pas l’impression d’avoir manqué quelque chose qui m’importait. Parfois, j’ai juste besoin d’être seul afin que je puisse améliorer mes pratiques de soin de l’âme.

La vérité est que manger les animaux ne fait pas que blesser les animaux. Il provoque également une douleur émotionnelle chez les personnes qui sont sensibles à la douleur émotionnelle des autres êtres vivants.

Supposons qu’en marchant dans la rue vous voyez quelqu’un frapper son chien et vous entendez le chien hurler de douleur. Ressentiriez-vous des perturbations émotionnelles ? Seriez-vous concerné ? Auriez-vous un sentiment envers le chien ? Alors, pourquoi pas pour les autres animaux également ?

Lorsque Elliot RODGER avait fait du mal à des gens, beaucoup de personnes qui ne le connaissaient ni lui ni l’une des victimes se sont senties blessées aussi. Il a fait souffrir des gens qui n’étaient en aucun cas impliqués. Je ressens une telle douleur à chaque fois que je vois des gens tolérer des actes de cruauté envers les animaux ainsi qu’envers les gens.

La douleur que je ressens dans ces situations est beaucoup plus grande que n’importe quelle autre pique de violence dirigée intentionnellement contre moi. Je peux me relever seul. Il y a des gens vers qui je peux me tourner pour obtenir de l’aide. Je peux volontairement choisir de supporter la douleur. Je peux y trouver un sens et un but. Par contre, les animaux dans les fermes industrielles ne sont même pas autorisés à se défendre. Même leurs becs et leurs griffes sont coupés. Leur but est de servir en tant que divertissement gustatif pour une espèce significativement plus puissante et plus violente.

Je suis profondément déçu que l’humanité soit si désireuse de s’attaquer aux faibles, alors que c’est complètement inutile pour notre survie.

Est-ce que ces sentiments peuvent réellement m’aider à communiquer avec les gens et à créer plus d’intimité dans ma vie ? Ou servent-ils seulement à m’éloigner et m’isoler des autres ? Je ne dispose pas actuellement de la réponse. Y a-t-il plus de gens qui peuvent s’identifier à ce que j’ai partagé ici ? Ou suis-je trop différent de vous pour avoir ces pensées et sentiments ? Voudriez-vous plutôt me voir honorer ces sentiments … ou les supprimer ?

Bien sûr, il existe d’autres possibilités d’exploration. Elles font l’objet de ma cogitation actuelle.

Note : cet article est une traduction de l’article The Benefits of Cruelty de Steve PAVLINA. C’est donc lui qui s’exprime dans le « je » de cet article !

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