La chaussette

Note : cet article est une traduction de l’article The Sock de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Trouver ce qui est bonAprès avoir été arrêté pour vol de grande envergure, comme je le raconte dans cet article sur le sens de la vie, j’ai été enfermé dans la prison du comté pendant quelques jours. Mon partenaire de cellule était un autre étudiant qui était là pour possession de marijuana. Nous étions tous deux déprimés, effrayés, et nous doutions du sort qui nous serait réservé. La prison peut être un endroit lugubre par moments. Personne ne voudrait y être. C’est difficile de penser à autre chose qu’à l’énorme erreur qui vous a fait atterrir ici.

À un certain moment pendant le deuxième ou le troisième jour, un garde est venu pour nous livrer des vêtements de rechange. Nous devions porter ces tenues orange type pyjama au lieu de nos vêtements de ville. Si je me souviens bien, nous avons dû d’abord nous mettre totalement nus et leur remettre tous nos vêtements. Puis nous recevions les nouveaux. Ils sont assez stricts sur ce genre de chose.

Quand mon codétenu et moi avons ouvert nos paquets d’habits tout neufs et avons commencé à nous habiller, il a commencé à rire aux éclats. Je me suis tourné vers lui pour voir ce qui pouvait être si amusant. Il m’a fait un grand sourire et a levé devant lui une des chaussettes neuves qu’on lui avait données. La chaussette faisait moins de 3 centimètres de long. Ce n’était pas une chaussette qui avait rétréci ; c’était simplement les 3 premiers centimètres d’une chaussette normale, juste assez pour couvrir les orteils. Ce devait être un de ces moments « où il faut être là », mais nous nous sommes regardés et nous avons explosé de rire. Qu’est-ce qu’il était censé faire d’une chaussette de 3 centimètres ?

Même si être en prison peut être une expérience déprimante, ce petit moment de stupidité a considérablement augmenté notre énergie. Pendant au moins une heure, cela nous a aidé à avoir le cœur plus léger et à ne pas prendre la situation trop au sérieux. Être en prison n’a fait qu’augmenter notre hilarité parce que nous avions plus de tension à relâcher.

Cela m’est arrivé il y a plus de 17 ans, et je glousse encore parfois en y pensant.

Où est la chaussette ?

Parfois quand je subis beaucoup de revers d’affilée, mon niveau d’énergie chute. Pour moi les états négatifs les plus habituels sont la frustration et l’accablement.

Quand je remarque que je me fais aspirer, je me demande parfois « Où est la chaussette ? »

Je me souviens que si j’ai pu trouver un moyen de rire en prison, alors je peux sûrement me sentir aussi bien vis-à-vis de tout ce qui pourrait m’arriver en-dehors de la prison. C’est juste une question de changement de perspective.

Trouver la chaussette pourrait impliquer de chercher l’humour ou l’ironie d’une mauvaise situation. D’autres fois cela implique de remarquer la lueur d’espoir derrière les nuages.

Derrière chaque peine, il y a une joie plus profonde. Derrière chaque revers, il y a une plus grande opportunité. Derrière chaque mort, il y a l’éveil d’une nouvelle vie.

Il y a sept jours un bon ami à moi est mort. Est-ce que je me sens déprimé à cause de ça ? Non, en fait je me sens plus heureux que la semaine dernière – pas parce que je voulais qu’il meure ! – mais parce que sa mort m’a apporté (ainsi qu’à beaucoup d’autres) plus de clarté quant à ce qui est le plus important.

Par le passé, j’ai subi pas mal de coups qui m’ont fait me questionner sur mon chemin du moment et m’ont fait changer de direction, parfois de façon abrupte. Dans ce cas particulier, je ne ressentais pas la pression ou le besoin de changer de voie, mais je ressentais bel et bien un profond sentiment d’engagement vis-à-vis de la voie sur laquelle j’étais engagé.

L’allègement

Un problème que nous avons pour la plupart est que nous prenons la vie trop au sérieux et que nous attachons trop d’importance aux privilèges de l’univers physique. Puis quand ces conforts sont menacés – ce qui est inévitable parce que tout ce qui est physique est éphémère – c’est le chaos et nous avons du mal à le gérer.

S’alléger signifie relâcher votre attachement paranoïaque aux privilèges du monde physique, comme vos possessions, vos relations, votre statut social, et votre revenu. Tout cela est temporaire. Il est impossible que cela dure.

Si vous pouvez accepter – accepter réellement et véritablement – que chaque élément de votre vie physique est temporaire et prendra fin un jour, vous pouvez apprécier vos expériences physiques sans pour autant souffrir beaucoup quand vous les perdez.

Moins vous êtes attaché à votre vie physique, plus vous en profiterez.

Si vous en avez l’occasion, sortez et ramassez un caillou. Tenez-le dans votre main. Réalisez que c’est une expérience unique et temporaire. Ici dans l’univers physique, vous pouvez ramasser et tenir des cailloux. Vous pouvez sentir leur poids, leur texture, et leur dureté. Vous pourriez avoir l’impression au début que c’est une expérience banale, mais réalisez que vous ne serez pas toujours capable de le faire. Votre capacité à interagir avec l’univers physique est temporaire, et elle prendra fin bientôt. Comparé à l’univers, votre temps ici est en fait assez bref. Profitez-en tant que cela dure.

Quel gâchis terrible que de vous trouver ici dans l’univers physique, pendant un moment si court, et de ne pas en profiter.

Si vous ne profitez pas de la vie, alors débarrassez-vous des aspects que vous n’aimez pas. Laissez simplement ces morceaux derrière vous. Allez trouver d’autres morceaux que vous allez vraiment apprécier.

Trouvez la chaussette

Si vous sentez que votre vie est comme une cellule de prison et qu’il y a tellement de choses que vous voudriez changer que c’en est accablant et que vous vous sentez mal, alors commencez par chercher la chaussette. Où est l’humour dans votre situation ? Si c’était l’histoire de quelqu’un d’autre que vous voyiez défiler, qu’y trouveriez-vous amusant ? À tout le moins, trouvez un moyen de rire de l’aspect pathétique de notre vie.

Voici certains des schémas récurrents de chaussettes que j’ai vus :

  1. Continuer à vous pointer tous les jours à un boulot que vous n’aimez même pas. N’est-ce pas pathétique ? Vous êtes bénévole pour aller vous asseoir en prison tous les jours ? Pourquoi ? Parce que la paye est bonne ? Parce que vous aimez traîner avec des prisonniers ? Si un ami vous dit « Je viens d’accepter un défi qui consiste à passer 90 jours en prison ; si j’y arrive, le type qui m’a lancé ce défi dit qu’il me paiera une jolie somme d’argent », est-ce que vous ne trouveriez pas ça au moins un peu amusant ? Peut-être même dingue ? Peut-être que vous avez tellement traîné avec ces détenus que vous commencez à penser comme eux.
  2. Vouloir vous remettre avec un(e) ex qui vous a plaqué(e). Vous voulez vous remettre avec quelqu’un qui ne veut même pas de vous ? Quand on parle de gens collants et nécessiteux sentimentalement… Pourquoi ne pas aller jusqu’à soudoyer l’autre personne pour qu’elle revienne avec vous ? Si vous n’arrivez pas à vous moquer de vous-même quand vous faites ça, vous devez vraiment être endormi. La seule chose pire que ça est de vouloir vous remettre avec un ou une ex que vous avez largué à l’origine.
  3. Manger super mal puis vous plaindre de votre apparence physique ou de la façon dont vous vous sentez. C’est comme mettre du sucre dans le réservoir de votre voiture puis vous plaindre que vous avez du mal à la faire démarrer. Foutue voiture ! Qu’est-ce qui ne va pas chez elle ? Vous devriez vous marrer à chaque bouchée.
  4. Faire passer vos factures avant tout. Tous vos créditeurs sont contents pendant que vous êtes stressés et pas heureux. Quelle brillante réussite ! Est-ce que vous avez appelé tous vos agents de recouvrement avant le dîner pour leur dire que vous les aimez tellement que leur faire plaisir est devenu votre priorité ? Vous voulez un gâteau pour ça ? Peut-être que si vous mettiez le bonheur un peu plus haut sur votre échelle de priorité, vous trouveriez qu’il est plus simple de créer assez de valeur pour ne jamais avoir à vous inquiéter de vos factures.
  5. Faire la même chose tous les jours et vous attendre à un énorme changement. Plutôt optimiste, non ? Vous devez être celui qui a donné cette chaussette de 3 centimètres à mon codétenu. Même si nous avons aimé nous marrer, vous pourriez remarquer qu’une chaussette de 3 centimètres n’est pas vraiment aussi utile qu’une chaussette complète.

Quand vous commencez à rire du ridicule absolu des pires problèmes de votre vie, cela va augmenter votre niveau d’énergie pendant un moment. Vous vous sentez en fait plus léger. C’est un super moment pour faire quelques changements positifs, même si ce ne sont que des petits changements pour commencer. Souvenez-vous que plus votre situation est mauvaise, plus cela vous aidera à trouver la chaussette parce que vous aurez plus de tension à relâcher.

C’est très dur de changer quand vous gardez en vous beaucoup de tension et de stress. Cherchez la chaussette pour relâcher cette tension, même pour un petit temps seulement, et souvenez-vous à quoi cela ressemble d’être libre. Puis imaginez à quoi pourrait ressembler votre vie si la liberté devenait votre comportement par défaut et plus seulement une interruption temporaire dans une existence monotone.

Vous pourriez ne pas contrôler tous les éléments de votre vie, mais vous pouvez au moins contrôler votre concentration. Vous pouvez choisir de trouver la chaussette. Et c’est vraiment tout le pouvoir dont vous avez besoin pour avancer vers une plus grande liberté. Ne cessez simplement jamais de chercher la chaussette.

Crédits photo : © samarttiw – Fotolia

Un commentaire

  • Cheikh GAYE dit :

    Merci ,
    vous semblez enseigner les fondements de la religion : cette vie éphémère et le goût du luxe .
    Mais sachez que , parfois on entre pas en prison non pour un erreur commise ,mais uniquement par manque d’arguments . ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *