Les prisonniers

prisonniersUne nuit, un véhicule de transport carcéral a eu un accident près de Xenia dans l’État de l’Ohio. Aux dernières nouvelles, la moitié des prisonniers ont trouvé la mort dans l’accident. Il y a également eu beaucoup de blessés. Toutefois, de nombreux survivants ont réussi à s’échapper du véhicule endommagé et se sont enfuis à pied chacun dans leur direction.

La plupart des évadés ont été capturés à nouveau, mais beaucoup sont toujours en liberté. Les agents de la police poursuivent les recherches, mais ils ne s’attendent pas, de façon réaliste, à pouvoir capturer tous ceux qui se sont échappés. Un responsable local a déclaré : « Nous ferons tout notre possible, mais il n’est pas évident que nous parvenions à capturer tous les prisonniers évadés. » Voilà qui n’a pas l’air particulièrement rassurant.

Le pire dans tout cela, c’est que tous ces prisonniers étaient en attente d’exécution. Chacun des prisonniers à bord du véhicule avait en effet été condamné à mort.

Étant donné que de toute façon ils devaient tous mourir, lesquels des prisonniers ont tiré le meilleur parti de l’accident ?

La moitié qui a perdu la vie dans l’accident s’en est-elle bien tirée ? Peut-être n’était-ce pas si agréable de mourir écrasé. Certains parmi les détenus ont peut-être beaucoup souffert avant de succomber à leurs blessures, mais au moins c’en était fini pour eux. Ils sont morts par surprise. Ils n’ont pas eu l’occasion de s’y préparer ou de dire au revoir à leurs proches, mais au moins, ils n’auront plus à s’inquiéter de leur inévitable fin pendant des mois ou des années.

Était-il préférable de survivre à l’accident pour pouvoir vivre un peu plus longtemps ? Ces hommes vont être mis à mort dans un avenir proche et resteront en prison jusqu’à leur exécution. Ce temps supplémentaire vaut-il la peine d’être vécu ?

Qu’en est-il des évadés toujours en liberté ? Il parait évident qu’ils ne souhaitent pas retomber entre les mains des autorités (sinon ils n’auraient pas fui), mais le fait de savoir qu’ils sont recherchés par des gens qui veulent les enfermer à nouveau doit être assez stressant. Même s’ils réussissent à échapper aux autorités pendant un certain temps, ils ne pourront jamais complètement baisser leur garde étant donné qu’il est possible qu’ils se fassent prendre à nouveau à tout moment et qu’ils retournent directement dans le couloir de la mort. Ainsi, de tous les groupes, leur sort est-il vraiment le meilleur ?

Aucune de ces issues ne me semble particulièrement attrayante. La mort, la recapture suivie de la mort ou le stress permanent lié au fait d’être en fuite semblent tous des résultats indésirables. C’est un dilemme cornélien pour les prisonniers.

Vous pourriez dire que c’est leur propre faute s’ils se retrouvent dans une telle situation. S’ils ne voulaient pas se retrouver dans cette situation, ils n’auraient pas dû commettre les crimes pour lesquels ils ont été condamnés. Cependant, qu’il s’agisse de criminels ou non, est-ce une bonne idée de mettre quelqu’un dans une telle situation ? Est-ce une bonne chose pour la société dans son ensemble ?

Bien qu’ayant moi-même passé quelques jours derrière les barreaux, il m’est impossible d’imaginer à quoi ressemble le fait de passer des années enfermé. Et pourtant, beaucoup passent la grande partie de leur vie enfermés de cette façon. C’est terrible pour eux, et cela constitue également une charge énorme pour la société.

De loin, il est facile de juger la situation, puis de prendre du recul et de dire : « Eh bien, ces prisonniers ont opté pour un mode de vie qui est assez éloigné du mien. Je ne suis pas concerné par leur sort. Je n’en suis pas responsable. Et d’ailleurs, je ne peux rien y faire. »

Et si ce n’était pas si simple ? Et si en fait, vous étiez impliqué ?

Et s’il existait en réalité un lien simple et direct entre vos actions quotidiennes et le sort de ces prisonniers ?

Et si vous étiez en fait personnellement responsable d’avoir pris des décisions qui ont conduit ne serait-ce qu’un de ces prisonniers dans le couloir de la mort ? Et si l’un de ces prisonniers était là en raison d’une chose que vous avez faite, ou que vous n’avez pas faite ? Et si vous aviez personnellement la possibilité d’empêcher ne serait-ce qu’une petite partie de ce scénario de se produire ?

Bien sûr, vous pourriez répondre : « Eh bien, je ne vois vraiment pas comment mes actions peuvent causer de telles ondulations dans un sens ou dans l’autre. Je suis certain que je cause une sorte d’ondulation en influençant les personnes qui m’entourent, ces derniers en influencent d’autres, et ainsi de suite. Peut-être qu’à un moment donné, cette influence répandue finit par atteindre une personne aux intentions criminelles. Cette ondulation a le potentiel de l’influencer d’une façon ou d’une autre en ce qui concerne une décision relative à un crime qu’il a l’intention de commettre. Par contre, je n’ai aucun moyen de connaitre l’étendue de ces ondulations. Par conséquent, je n’ai pas à en faire une obsession. »

Et s’il vous était cependant plus facile d’observer l’impact de ces ondulations ? Et si vous aviez un mécanisme de rétroaction à travers lequel vous pouvez voir les répercussions à long terme de vos actions ?

Faudrait-il que ce mécanisme de rétroaction soit précis et fiable à 100% ? Ce n’est en principe pas nécessaire. Avoir quelques retours d’information est sans doute mieux que n’en avoir aucun du tout.

Le travail que je fais, par exemple, dispose de tels mécanismes de rétroaction. Ils ne sont bien sûr pas fiables à 100%, mais ils existent quand même. Maintenant que je tiens un blog depuis environ 11 ans, j’ai eu l’occasion de voir s’accumuler des milliers de commentaires au fils du temps, ce qui me donne une idée des ondulations que j’ai aidé à créer dans le monde. Cependant, ce que je ne suis pas en mesure de voir, c’est ce qui serait arrivé si je n’avais pas lancé mon blog, si je n’avais jamais écrit certains articles, si je n’avais jamais organisé certains ateliers ou tenu certains discours, etc. Par contre, j’ai reçu plusieurs commentaires qui sont en fait des retombées positives que les gens attribuent à mon travail. Mon activité a en effet permis à des gens de tourner le dos à l’option du suicide, de découvrir le but de leur vie, de se réconcilier, de créer de nouvelles entreprises, d’écrire et de publier de nouveaux livres, d’adopter de nouvelles habitudes de développement durable, d’adopter des modes de vie qui les aident à s’épanouir, etc.

Recevoir ces commentaires de façon continue a beaucoup influencé ma vie au fil des ans. Étant donné que j’ai au moins un petit aperçu des ondulations provoquées par mon travail, je me sens de plus en plus responsable. Cela me pousse à réfléchir plus profondément sur l’impact que je pourrais avoir sur le monde de par mes actions ou mon inaction. Par conséquent, je ne saurais prétendre que mes actions n’ont aucune importance étant donné que je peux constater qu’elles en ont ; et cela dans tous les sens du terme. Même lorsque je ne suis pas connecté et que je deviens un mec ordinaire plutôt que de communiquer avec des gens au travers de mon blog, je réfléchis aux ondulations que créeront mes actions. Je fais donc tout mon possible pour ne pas déclencher par inadvertance une série d’évènements qui finira par amener une personne à se retrouver dans ce fourgon cellulaire.

Est-ce facile ? Bien sûr que non. Cependant, je pense qu’il est important que nous soyons conscients de l’influence que nous exerçons sur le monde. Même la plus petite action peut faire la différence. Pour aller plus loin, je dirai qu’avec le grand nombre de crimes commis chaque jour, il est indéniable que vous auriez pu en éviter certains, si seulement vous aviez fait des choix différents.

Un sourire, une étreinte, un massage, un simple acte de gentillesse de votre part auraient peut-être pu éviter à l’un de ces prisonniers de se retrouver dans ce convoi.

Et s’il vous était possible de modifier un peu vos habitudes de manière à rendre le monde un peu moins violent par votre influence, contribuant ainsi à réduire quelque peu le taux de criminalité et à éviter qu’un (ou peut-être même quelques-uns) de ces prisonniers ne se retrouve dans le couloir de la mort ?

Le feriez-vous ?

Cela vous préoccupe-t-il ?

Êtes-vous suffisamment préoccupé pour vous motiver à faire un petit effort ? Êtes-vous prêt à devenir un peu plus gentil et généreux ?

Et si vous pouviez vous engager à faire cela à long terme ? Quelles nouvelles habitudes adopteriez-vous ?

Poseriez-vous des actes de gentillesse au quotidien ? Deviendriez-vous une personne qui se sent libre de partager des étreintes ? Consacreriez-vous une ou deux minutes supplémentaires de vos journées pour exprimer votre appréciation et votre gratitude aux personnes qui font partie de votre vie ? Diriez-vous s’il vous plait et merci beaucoup plus souvent ? Salueriez-vous et souririez-vous davantage aux gens ?

Laquelle de ces habitudes serait la plus puissante ? Laquelle produirait le plus d’ondulations ? Laquelle aurait les plus fortes ondulations ? Laquelle aurait des ondulations capables d’influencer quelqu’un de manière à ce qu’il ne se retrouve pas dans ce fourgon cellulaire ?

Pensez-vous qu’il vous soit possible, en vous efforçant de devenir une personne plus gentille et plus attentionnée au travers d’une vie de croissance et de changements positifs, d’éventuellement sauver au moins une vie ?

Je suis convaincu que oui.

Cela en vaut-il la peine ?

Je crois que oui.

Si beaucoup de gens faisaient cela, si nous disposions d’un moyen pour évaluer l’impact collectif qu’ont nos actions, si nous pouvions aussi en évaluer l’impact sur le taux de criminalité ou le nombre de prisonniers, nous parviendrions peut-être à estimer le temps qu’il faut en moyenne à une personne ordinaire pour sauver une vie en fonction d’un type particulier de changement d’habitudes. Ce serait certes une entreprise complexe, mais, et si ces données étaient effectivement disponibles ?

On pourrait non seulement déterminer de manière précise les habitudes ayant le plus d’impact, mais aussi estimer le temps qu’il faut pour obtenir différents niveaux d’impact.

Et si nous disposions de données claires nous permettant de faire des déclarations comme celles-ci ? (Elles sont simplement livrées pour servir d’exemple) :

En moyenne…

… vous éviterez une maladie pour chaque 500 courriels de soutien et d’appréciation que vous envoyez à quelqu’un.

… vous éviterez un crime violent toutes les 5 000 fois que vous saluerez un étranger.

… vous sauverez une vie pour chaque 10 000 étreintes que vous offrez.

Nous aurons accès à une base de données similaire. Je crois que vous avez compris l’idée.

Malheureusement, je ne dispose pas de telles données. Ce serait merveilleux si elles existaient, mais je n’en connais pas — à une exception près.

Il s’agit d’une habitude particulièrement efficace en termes de réduction du nombre d’actes de violence et de la population carcérale. L’impact de cette dernière est si important qu’il n’est pas nécessaire de la pratiquer très longtemps pour faire une grande différence.

En fait, cette habitude est si efficace qu’en moyenne, pour chaque 3 à 4 jours de pratique, vous réduisez d’un chiffre la population carcérale. Vous sauvez par la même occasion une vie. Pratiquez cette habitude pendant une semaine, et vous sauverez deux vies. Faites-le pendant un an, et vous en sauverez 100.

Je sais que cela peut paraitre fou, mais c’est réel. Si tout le monde pratiquait cette habitude, cet accident de fourgon, tous ces décès, ces blessures et ces évasions auraient pu être évités étant donné que personne ne serait dans ce véhicule.

Quelle est donc cette habitude ?

L’habitude en question consiste à ne consommer que des aliments d’origine végétale, et donc éviter de consommer de la viande ou tout produit d’origine animale.

De toutes les habitudes simples que je connaisse et qui soient capables de diffuser des ondes positives à travers le monde, celle-ci est de loin la meilleure. En fait, elle est si loin devant que la seconde habitude se trouve probablement séparée d’elle de plusieurs ordres de magnitudes en termes d’impact et d’accessibilité.

Ayant pratiqué cette approche pendant plusieurs années, j’estime que j’ai contribué à réduire la population carcérale d’environ 2000 personnes. Cependant, étant donné que mon site Web a amené beaucoup d’autres personnes à adopter cette habitude de façon temporaire ou permanente, je suppose que les répercussions vont bien au-delà de mon calcul, et si je devais faire une estimation, je tablerais sur un nombre compris entre 100 000 et 1 000 000 000.

Rien qu’en prenant différentes décisions au cours de votre vie, vous pouvez facilement créer un impact suffisamment important pour éviter que quelques transferts de prisonniers aient lieu. Pensez aussi à toutes les autres répercussions positives qui en découleraient.

Il est relativement facile d’adopter cette habitude, et vous n’avez pas besoin de fournir de gros efforts pour la maintenir. Il suffit en effet d’un peu de pratique et du soutien social positif provenant d’autres personnes pour qui cela a de l’importance.

Pensez-vous que cette habitude vaut la peine d’être adoptée, ne serait-ce que pour 3 ou 4 jours afin d’essayer de sauver une vie ?

Pourriez-vous tenir une semaine pour sauver deux vies ?

Quel genre de personne ne voudrait pas faire cela tout au moins ? Serait-ce essentiellement le genre de personne censé faire partie des passagers de ce fourgon ? Le genre de personne qui ne se soucie que d’elle-même, qui trouve des excuses pour tout, celle qui ne se préoccupe de rien.

Ne serait-il pas plus judicieux d’être une personne à qui tout cela tient à cœur ? Une personne qui lèvera le petit doigt pour sauver une vie ?

Et si les vies que vous sauviez n’étaient pas seulement celles de potentiels prisonniers ? Et si vous sauviez également des vies innocentes, des vies de personnes n’ayant jamais commis un crime ? Lèveriez-vous le petit doigt pour sauver certaines de ces vies ?

Dans le reportage dont j’ai parlé plus haut, vous seriez surpris d’apprendre qu’aucun des prisonniers n’ait réellement commis des crimes. Pas un seul ! Et pourtant, ils ont tous été condamnés à mort.

Pourquoi ? Parce que les gens ne se souciaient pas d’eux. L’injustice n’a pas été contestée. En fait, de nombreuses personnes ont activement contribué à ce transport de prisonniers, vous-même peut-être.

Tous les prisonniers avaient également une chose en commun.

C’étaient des bébés porcs. Ils étaient au nombre de 2200.

Leur crime a été de naitre dans un monde dirigé par des gens qui les considèrent comme étant des produits de consommation et non comme des êtres vivants.

Sont-ils des produits de consommation pour vous également ? Est-ce ainsi que vous considérez les poulets, les vaches, les poissons et autres animaux ? Vous souciez-vous du fait que 1100 d’entre eux soient morts la nuit dernière avant de se retrouver dans votre assiette pour le diner ? Déplorez-vous la regrettable perte de produit occasionnée par l’accident ; le fardeau injuste pour les forces de l’ordre d’avoir à les retrouver ? Êtes-vous soulagé qu’au moins la moitié d’entre eux ait survécu, afin qu’ils puissent continuer à remplir leur mission dans le monde des humains ?

Quel rôle voulez-vous jouer dans tout cela ? L’avez-vous choisi en toute conscience ? Vivez-vous en harmonie avec vos propres valeurs ? Suivrez-vous le chemin de votre cœur ?

Préférez-vous continuer à ne pas vous en soucier ?

Ceux qui s’en fichent sont en réalité des prisonniers ; s’ils ne le sont pas physiquement, ils le sont émotionnellement. Leur monde est un monde sombre, avec trois alternatives essentielles : (1) mourir (2) souffrir et mourir, et (3) endurer le stress de la cavale. Cependant, aucun de ces choix n’est un choix de qualité parce que l’erreur a été commise en amont avec la perpétration d’un crime — celui de l’indifférence.

La sollicitude peut parfois être difficile à vivre sur le plan émotionnel, mais elle est aussi profondément et indéniablement belle. Vous avez toujours la possibilité de l’explorer.

Il vous suffit de choisir une chose qui vous tienne à cœur et de vous préoccuper activement pour cette chose, non seulement dans votre esprit, mais aussi par vos actions dans le monde réel. Osez prendre une décision légèrement différente aujourd’hui. Essayez de vous montrer plus compatissant pendant quelques jours ou quelques semaines. Cela n’a rien de difficile, mais si vous vous engagez sur cette voie, cela peut faire toute la différence. Oui ! Tôt ou tard, vos actions aideront à réduire la violence et la souffrance, et à sauver des vies.

La compassion n’est ni une intention ni une émotion. C’est encore moins une passive pensée d’amour et d’unité. La compassion, c’est l’action.

Êtes-vous préoccupé par ce qui se passe autour de vous ?

Si oui, comment exprimerez-vous ce sentiment aujourd’hui ? Qu’allez-vous faire ?

Posez des actions et laissez l’univers s’occuper des ondulations. Laissez-le vous montrer à quel point la compassion peut être puissante.

Note : Cet article est une traduction de l’article Prisoners de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le « je » de cet article !

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