Comment contourner la résistance

contourner la résistanceVous avez peut-être entendu cette citation du philosophe allemand Arthur Schopenhauer :

Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme l’évidence même.

Voici une variante de cette idée que nous pouvons utiliser pour les transitions de croissance personnelle :

Toute croissance vous fait passer par trois étapes. D’abord, vous serez ridiculisé. Ensuite, vos efforts se heurteront à une forte opposition. Et pour finir, vous serez accepté comme la nouvelle personne que vous êtes devenu.

Avez-vous remarqué cette tendance dans votre vie ? Moi oui, et à plusieurs reprises. Beaucoup de mes lecteurs sont aussi passés par là. Cela se passe lors des réorientations de carrière, des transitions relationnelles, des changements de style de vie, des améliorations de la situation sanitaire et plus encore.

Schopenhauer était pessimiste. En fait, sa vision du monde est appelée le pessimisme philosophique.

Si nous appliquons le modèle de Schopenhauer à la croissance personnelle, ne sommes-nous donc pas un peu pessimistes ? Le pessimisme n’est pas la vérité. Ce n’est qu’une lentille parmi tant d’autres que nous pouvons utiliser, et si nous nous lançons dans une expérience de croissance avec une lentille pessimiste, ne sommes-nous pas plus susceptibles de créer un voyage qui ressemble aux étapes de Schopenhauer ?

Ces trois étapes sont-elles vraiment nécessaires ? Est-il nécessaire de se faire tourner en ridicule ? Est-il nécessaire de subir une violente opposition ? Devons-nous vraiment passer par ces deux premières étapes pour arriver à la troisième étape ? Ne pouvons-nous pas simplement sauter à la fin ?

Séduit par le concept de Schopenhauer

Tenir un blog sur mon parcours de croissance personnelle depuis 2004 m’a donné beaucoup de retours. Pendant plusieurs années, j’ai essentiellement vécu les étapes du concept de Schopenhauer. Il était là dès le premier jour. « Quoi ! Tu quittes l’industrie du jeu vidéo ? Bon sang, c’est quoi le blogging ? Tu ne gagneras jamais de l’argent en faisant cela ! »

Après plusieurs années ponctuées par de telles transitions, le concept est devenu très prévisible, et à cause de son caractère prévisible, je suis devenu rapide dans son passage. Au lieu de prendre des semaines ou des mois pour que les choses se mettent en place, je me retrouve à la troisième étape en quelques jours. À terme, je me retrouve à la 3e étape après un jour ou deux. Les critiques et les résistances ne se manifestent que pendant 24 ou 48 heures. C’est de cette façon que se déroule le concept de Schopenhauer sur Internet.

L’exploration de la réalité subjective m’a aussi donné un autre point de vue à propos de ce modèle. Est-ce que mes propres attentes ont créé ces étapes ? Si je changeais mes pensées, mes sentiments et mes croyances, serait-il possible de passer les deux premières étapes pour accéder à la troisième ?

Je dois admettre que je m’attends à de l’opposition lorsque je me lance dans certaines transitions. Alors, je me prépare en levant mes boucliers psychologiques. Je charge au préalable mon concept personnel de Schopenhauer. Et mes attentes se réalisent en grande partie.

Pendant des années, j’ai cru bénéficier des avantages d’un blindage personnel renforcé. Je prenais les décisions après mures réflexions, je résistais aux critiques et je continuais d’aller de l’avant. Les zones orageuses ne m’ont pas arrêté. J’étais à l’aise avec l’humiliation et l’opposition.

Je me suis même donné un exercice supplémentaire en invitant délibérément des critiques, comme lorsque j’ai publié un article en guise de Poisson d’avril ; article dans lequel j’invitais les gens à postuler pour devenir mes esclaves ou encore lorsque j’ai publié un article qui annonçait l’organisation d’un faux atelier sur le jeu D/s. Les critiques sont arrivées comme prévu. Certaines personnes ont même créé de nouveaux sites web entièrement consacrés à me critiquer, comme StevePavlinaIsTheDevil.com (celui-ci a finalement fermé).

Pour moi, il ne s’agissait que d’une forme d’entrainement à la résistance. Plus je recevais des critiques, plus elles devenaient faciles à gérer. Cela n’allait pas m’arrêter.

Est-ce que je voulais vraiment continuer de suivre ce modèle pour le reste de ma vie ? Y avait-il encore de la croissance à tirer d’un blindage renforcé ?

Pendant plusieurs années, j’ai pensé que c’était vraiment nécessaire et que je devais simplement considérer cela comme étant normal… du moins normal pour moi. Je suis une personnalité publique. J’écris sur de nombreux sujets controversés sur Internet. J’ai des opinions vraiment tranchées. Bien sûr, les critiques continueront d’affluer. Il n’y a aucun moyen de contourner cela.

Cependant, à mesure que cette tendance s’accélérait, cet état d’esprit a commencé à me paraitre de plus en plus ridicule. Je me demandais dans quelle proportion je le créais à partir de mes propres attentes. Cela a eu un impact sur mes croyances. Je ne comprenais pas pourquoi les critiques montaient et disparaissaient si vite.

Défier le concept

En 2011, j’ai fait un essai de 30 jours pour apprendre la composition musicale. Personne ne m’a critiqué pour cela, et cela ne vous surprend probablement pas. Cela ne m’a pas surpris non plus. Néanmoins, je me suis posé les questions suivantes « est-ce que mes lecteurs ne m’ont pas critiqué parce qu’ils estiment que l’apprentissage de la musique n’est pas condamnable ? Cette absence de critique a-t-elle plutôt été favorisée par le fait que je n’attendais aucune critique pour un tel essai ? »

C’est ce qui m’a poussé à me demander :

Et si je cessais de m’attendre à connaitre de la résistance dans des domaines où je m’y attendais auparavant ? Les critiques continueraient-elles d’affluer tout de même ?

Et cela a suscité d’autres questions :

Les gens me critiquent-ils parce qu’ils n’aiment objectivement pas mes idées ? Ou me critiquent-ils parce que je dégage de l’incongruité ou une certaine attente de critique ? Me critiquent-ils parce que je suis sur la défensive ?

J’ai donc commencé à faire des expériences.

J’ai commencé à prêter attention à mon attitude, à mon énergie et à mes attentes lorsque je prends de nouvelles décisions. Si je sens que je suis sur la défensive, je commence personnellement à travailler sur ces sentiments en privé. J’imaginais la critique publique qui allait découler de mon attitude, mais au lieu de l’inviter, je la traitais au préalable en moi. J’ai d’abord travaillé pour arriver à un niveau où j’étais en paix avec mes choix.

Je ne faisais pas cela pour toutes les décisions que je prenais, mais lorsque je le faisais, les résultats étaient encourageants. Je pouvais écrire de manière congruente sur des sujets qui, auparavant, auraient suscité beaucoup de critiques négatives, et je ne recevais pas un seul commentaire négatif. J’aimerais dire que cela m’a surpris, mais curieusement, cela ne m’a pas surpris. D’une certaine manière, cela me paraissait parfaitement logique.

Lorsque j’ai pu accepter pleinement mes décisions, j’ai cessé de dégager une attitude défensive, ce qui a cessé d’attirer les critiques. Peut-être que personne ne veut prendre la peine de critiquer quelqu’un dont l’esprit est déjà en paix, du moins pas directement.

Je me suis rendu compte que les gens pouvaient sentir l’inadéquation de loin, et c’est cela qui les contrarie et qui les pousse à vouloir me remettre dans le droit chemin. Autrement, ils ne sont pas agacés. Ils peuvent toujours critiquer une de mes idées pour quelque raison que ce soit, mais ils ne m’enverraient pas directement de tels commentaires.

La présence même d’armures et de boucliers incite les gens à attaquer à l’épée. Ils ne peuvent vraiment pas s’en empêcher. Par contre, lorsqu’il n’y a pas d’armure et de bouclier, les gens ne pensent même pas à saisir une épée et à vous frapper. Il n’y a aucune raison de le faire.

Un environnement d’acceptation

Alors que je réfléchissais à la manière de contourner les étapes de résistance, je me suis souvenu d’un effet que j’ai vu à maintes reprises pendant nos ateliers. Lorsque les gens passent des jours entourés d’autres personnes qui recherchent la croissance, l’acceptation profonde et immédiate se fait vraiment sentir. Dans un tel climat d’acceptation et d’encouragement, les gens se rendent compte qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer et de défendre leurs choix. Alors les boucliers tombent. Plus personne n’est sur la défensive. Et l’esprit atteint un nouveau niveau de congruence et de paix.

Ce genre d’expérience constitue également une partie importante de mon parcours. Lorsque j’ai commencé à me pencher sur la question des relations libres, j’avais des doutes sur ce chemin et je n’étais pas en adéquation avec lui. Lorsque j’ai commencé à écrire à ce sujet il y a quelques années, je recevais beaucoup de critiques ! Toutefois, lorsque je passais du temps avec des gens qui ont adopté ce style de vie depuis des années, je ne pouvais pas m’empêcher de remarquer qu’ils n’étaient pas sur la défensive à ce sujet. Pour eux, c’était un mode de vie parfaitement normal et raisonnable. Je n’ai pas pu trouver leurs boucliers, même lorsque j’ai essayé de jouer l’avocat du diable avec eux.

C’est devenu un puissant outil pour moi ; un outil que j’aime beaucoup plus que de polir mon armure. Lorsque je songe à apporter un changement dans ma vie, je trouve très utile de passer du temps avec des gens qui l’ont déjà adopté. Pour moi, c’est un changement, mais pour eux, c’est leur vie au quotidien. Lorsque je vois à quel point c’est normal pour eux, cela m’aide à imaginer que le changement est tout à fait normal pour moi aussi. Cela me donne une vision de ce que je serai de l’autre côté.

À la fin des années 90, j’ai utilisé cette approche pour transformer mon entreprise de jeux vidéo qui était en difficulté en une entreprise prospère. J’ai commencé à passer du temps avec des développeurs de logiciels indépendants et prospères, en ligne et en personne. En y réfléchissant, cela semble un peu stupide de dire cela, mais j’ai été impressionné de voir à quel point ils étaient à l’aise avec leur succès. Pour moi à l’époque, c’était vraiment incroyable d’avoir un revenu de six ou sept chiffres par an en vendant son propre logiciel. Par contre, je n’ai pas pu déceler cet étonnement chez les gens que j’ai rencontrés. Ils ne se sentaient pas spéciaux de l’avoir fait. Pour eux, c’était simplement une chose normale.

J’ai réalisé que considérer une transition comme spéciale est une forme d’impropriété. Lorsque nous projetons des qualités extraordinaires dans le changement, nous le repoussons. Nous invitons l’humiliation et l’opposition. Nous nous ralentissons. Nous restons bloqués.

Il m’a fallu bien d’autres années avant de relier les points entre ces deux idées et de voir à quel point il serait judicieux d’utiliser un environnement d’acceptation pour contourner la résistance.

C’est ainsi que je passe les deux premières étapes de la vision du monde de Schopenhauer. Cependant, je passe encore par les trois étapes. Ce sont juste des étapes différentes. Le modèle que j’utilise maintenant ressemble à ceci :

Toute croissance passe par trois étapes. D’abord, envisagez le changement dans la mesure du possible. Ensuite, invitez le soutien en faveur de votre changement en rencontrant des gens qui vivent déjà comme vous le souhaitez. Enfin, réalisez que vous êtes déjà l’une de ces personnes — et que vous aimez cela !

Supposons que vous souhaitiez passer d’un état de manque à une vie d’abondance en utilisant le modèle original de Schopenhauer. Vous commencerez par vous faire ridiculiser par d’autres personnes qui vivent dans le manque. Ensuite, vous devrez faire face à beaucoup d’obstacles et de revers. Et finalement — normalement — vous serez recraché de l’autre côté. Est-ce que cela fonctionne pour la croissance personnelle ? Pas vraiment. Vous pourriez tout aussi bien vous retrouver indéfiniment coincé avec cette approche… à moins que vous ne vous construisiez des armes psychologiques vraiment puissantes et que vous vous battiez pour vous en sortir.

Ou vous pourriez adopter une approche plus douce et plus optimiste. Réalisez que d’autres personnes vivent déjà de l’autre côté du changement que vous voulez apporter à votre vie. Pour ces personnes, le changement que vous souhaitez est un mode de vie parfaitement normal et naturel. Il n’y a pas de débat sur ce point. Les avantages sont évidents. Vous pouvez simplement aller les rejoindre. Elles seront heureuses de vous accueillir. Laissez vos boucliers et votre armure derrière vous.

Vous pouvez également créer cet environnement d’acceptation dans votre propre esprit en imaginant qu’il est réel. Certaines personnes sont vraiment douées pour cela. D’habitude, j’obtiens de meilleurs résultats en parlant en tête à tête avec les gens, du moins au début. La visualisation est utile après avoir rencontré des personnes qui sont déjà de l’autre côté, afin de mieux comprendre les subtilités de leur réalité.

Vous pouvez toujours utiliser l’approche de Schopenhauer si vous aimez les armures et les boucliers. Elle est un peu maladroite parfois, mais cela marche. Cela peut même être amusant, surtout lorsque les gens font tout leur possible pour tirer leur épée contre vous. C’est là que mène le modèle pessimiste. Vous finirez par devenir un champion du pessimisme.

Reconnaissez cependant qu’il existe également d’autres approches qui peuvent tout à fait contourner la résistance. L’un des moyens les plus efficaces pour y parvenir, c’est d’établir des liens avec les personnes qui se trouvent de l’autre côté de la transition désirée. Certes, d’autres approches sont aussi possibles, à condition de commencer en vous disant que vous avez le pouvoir de passer directement à la phase d’acceptation.

Nous n’avons pas non plus à suivre le modèle de vérité de Schopenhauer. Nous pouvons rencontrer une nouvelle vérité, l’accueillir et l’accepter avec douceur et facilité. Le défi, c’est d’aimer la vérité plus que le mensonge.

Qu’aimez-vous le plus ? L’endroit où vous êtes, ou l’endroit où vous voulez être ? Si c’est la dernière option, alors arrêtez de défendre la première.

Note : Cet article est une traduction de l’article How to Bypass Resistance de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

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