Partir à la dérive malgré un fort potentiel

compétencesBeaucoup de mes lecteurs ont des compétences qu’ils peuvent utiliser pour avoir des revenus bien supérieurs à la moyenne — s’ils désirent utiliser ces compétences à cette fin. Plusieurs d’entre eux sont des programmeurs ou des ingénieurs. Certains savent comment investir ou négocier des actions. D’autres sont de très bons joueurs de poker. Ces personnes peuvent facilement avoir un revenu à six chiffres (sinon plus).

Plusieurs parmi elles ont actuellement un revenu qui ne correspond en rien à leur potentiel. Elles le savent, mais dans la plupart des cas, cela ne les préoccupe pas particulièrement. Beaucoup ne trouvent pas enrichissant le fait de gagner beaucoup d’argent.

Dans le passé, certaines de ces personnes avaient gagné beaucoup d’argent. Elles ont exploré ce que c’était d’avoir la plupart de leurs désirs matériels satisfaits, et même plus. Elles sont passées par cette phase d’abondance matérielle, et c’était amusant pendant un certain temps, mais cela ne signifie plus rien à leurs yeux aujourd’hui.

D’autres personnes de ce même groupe ne se sont jamais donné la peine de gagner beaucoup d’argent au départ, même si elles en avaient les compétences. Elles ne sont pas motivées pour se donner cette peine. Les gains financiers ne les excitent pas.

Je me souviens d’avoir discuté avec un programmeur qui ne faisait que le minimum de travail nécessaire pour couvrir ses dépenses de base, non pas parce qu’il ne pouvait pas gagner plus, mais parce qu’il n’avait pas envie de fournir plus d’efforts. Il m’a confié qu’il gagnait 40 000 $ par mois en programmant des pilotes de périphériques avant de hausser les épaules et de dire : « Et alors ? Ce n’est que de l’argent après tout. »

Parfois, ces personnes traversent une légère période de dépression. Elles se sentent mal à l’aise de ne tirer qu’un profit minimum de leurs compétences. Certaines parmi elles pensent qu’elles devraient normalement gagner plus d’argent. D’autres estiment qu’elles devraient faire plus d’efforts ou contribuer davantage, indépendamment de ce qu’elles gagnent.

Occasionnellement, ces personnes trouvent un plaisir temporaire dans des projets intéressants. Le fait d’être payé peut les combler de temps en temps, mais elles ne nourrissent aucune ambition d’aller plus loin.

Il y a peut-être encore pour elles une certaine croissance sur cette voie, mais elle est bien trop modeste. Même l’apprentissage de nouvelles sous-compétences semble trop familier après un certain temps.

Lorsque l’on envisage d’atteindre des objectifs plus ambitieux sur le plan financier ou dans un autre domaine, la question qui revient sans cesse est la suivante : Pourquoi se donner cette peine ?

Vous avez davantage exploré, et maintenant cela vous ennuie.

Vous avez mieux exploré, et maintenant cela vous semble inutile.

Vous avez exploré des choses différentes, et maintenant vous avez l’impression qu’il s’agit de la même chose.

Que faites-vous lorsque le fait d’explorer davantage ; mieux ou de différentes choses ne vous satisfait plus ?

Eh bien… c’est à ce moment que vous vivez ce que l’on appelle une crise existentielle.

Trouver à nouveau la croissance

Beaucoup de gens ont les compétences nécessaires pouvant leur permettre d’en faire plus, mais il leur manque de la motivation. Ils ne se soucient pas de gagner plus d’argent. Ils ne se soucient pas de contribuer davantage. Ils se soucient à peine de couvrir leurs dépenses.

Certains sont capables de passer ce tunnel et de trouver une nouvelle forme d’accomplissement de l’autre côté. D’autres semblent se perdre indéfiniment. Quelle est la différence entre ceux qui parviennent à surmonter cette situation de crise et ceux qui n’y arrivent pas ?

Je dirais que la principale différence, si je puis généraliser, c’est que les personnes qui parviennent à s’accomplir à nouveau effectuent une forme de mise à niveau différente de celles qui n’arrivent pas à s’accomplir.

Ceux qui continuent de lutter semblent tourner autour de la même zone à la recherche de solutions. Ils examinent leurs compétences. Ils examinent leurs habitudes et leur routine. Ils examinent leurs projets. Ils examinent leur mode de vie. Ils opèrent peut-être quelques changements, mais ils maintiennent en grande partie leur philosophie de vie initiale, et cette philosophie les emprisonne.

Ceux qui arrivent à aller au-delà de cette lutte opèrent des changements plus profonds. Ils réévaluent leur relation globale avec la vie, et cela les conduit à d’autres changements. Cependant, ces personnes qui améliorent leur philosophie de vie ne la modifient pas toutes de la même façon. L’aspect de sa vie qu’une personne améliore ; une autre la rétrograde.

Ces gens réévaluent leur relation avec la réalité, et ils changent cette relation. Cela ressemble beaucoup à une rupture dans une relation humaine. L’ancienne relation est enfin rompue et une nouvelle façon de se mettre en relation est envisagée et mise en place.

Du moment où votre relation avec la réalité existe dans votre esprit — sous la forme d’une collection de pensées, de sentiments et de croyances — vous pouvez la changer. Vous pouvez réinterpréter différemment les anciens évènements. De la même façon que les gens réinterprètent leurs relations humaines avant une rupture, ils peuvent réinterpréter leur relation avec la vie elle-même.

Ces gens se rendent compte que peu à peu, une rupture a déjà eu lieu. Ils ont été retirés de cette relation depuis un certain temps. L’effort et l’investissement ont été perdus. La valeur des récompenses a chuté. La vie semble ennuyeuse et inutile. Il est inutile de rester. Il est temps de passer à autre chose.

Lorsqu’une personne redéfinit la relation qu’elle a avec la réalité, il s’ensuit souvent des changements liés au mode de vie. J’ai vu des gens quitter leur emploi, voyager, faire du bénévolat, explorer des relations libres et plus encore. Néanmoins, il se peut que ces changements aient été ajoutés à la liste des choses à faire de l’intéressé, un jour ou même de nombreuses années au préalable. Ce qui semble faire bouger les choses, c’est la reconfiguration sous-jacente de la philosophie de vie de la personne.

De profonds changements

Ces profonds changements ne semblent pas avoir un modèle standard quant à leur direction, du moins pas à ma connaissance. Les gens suivent des directions très différentes. C’est un peu comme dans le cas d’une rupture dans une relation humaine. Ce qui se passe après la rupture varie d’une personne à l’autre.

Il y a habituellement une période de peur, d’excitation et de résolution ; et le tout se mélange, au fur et à mesure que la personne avance. Le mot soulagement est fréquemment utilisé pour décrire cela.

La vie est rarement parfaite de l’autre côté, mais je ne me souviens pas d’un cas où quelqu’un a voulu revenir sur ses pas. Les gens savent que le changement devait avoir lieu, mais ce changement en lui-même n’a pas résolu tous leurs problèmes comme par magie. Il y a encore du travail à faire.

Bien que je ne sois pas en mesure d’identifier les points communs dans les nouvelles orientations que les gens prennent, j’ai remarqué certaines tendances dans la façon dont ils créent ces changements. Ce sont essentiellement les mêmes situations que celles que les gens vivent lorsqu’ils sortent d’une relation humaine.

Habituellement, ces gens commencent à prêter attention à la résistance et au ressentiment qu’ils ressentent. Ils constatent leur résistance face à leur situation actuelle et veulent que les choses changent. Ils s’en veulent à cause de leur manque apparent de motivation. Beaucoup sont déçus de voir que leurs pairs semblent les avoir surpassés. Ils commencent à remarquer cette résistance.

Ensuite, ils commencent à assumer la responsabilité pour avoir créé cette résistance. Ils se rendent compte que cela ne les aide pas et ne fait que les maintenir coincés. Ils décident de cesser de résister et de rendre les armes face à la situation actuelle. Ils deviennent graduellement moins obstinés. Ils comprennent finalement que leur entêtement n’a pas fonctionné, alors ils lâchent du lest et décident d’être plus flexibles et observateurs pendant un certain temps. Ils se détendent mieux.

Par le passé, ces gens croyaient que la voie du changement exige un changement de conditions. Ils avaient besoin d’un meilleur mode de vie. Ou de meilleurs projets. Ou encore d’un meilleur espace de travail et de meilleurs outils. Ils avaient besoin de plus d’autodiscipline. De plus de concentration. De plus de maitrise. C’est un peu comme une personne qui essaie de faire un travail par rapport à son partenaire pour sauver la relation. J’ai besoin que tu m’aides à résoudre les problèmes X, Y et Z. Ainsi, notre relation s’améliorera. En général, à quel point cette approche est-elle efficace ?

Parfois, l’autre personne dans la relation n’identifie pas X, Y et Z comme étant des problèmes. Parfois, la réalité ne semble pas s’accorder sur le fait que vos problèmes sont de vrais problèmes. Lorsque vous essayez de résoudre ces problèmes, il se peut que vous ayez l’impression que la réalité s’oppose délibérément à vous. Ou vous pouvez sentir que vous continuez à vous saboter vous-même. Vous décidez d’opérer des changements, mais vos efforts tombent à l’eau en quelques jours.

Finalement, la personne atteint de manière évidente le point d’abandon : Toute cette relation est brisée. Je me réfère ici à la relation de la personne avec la vie, l’univers et tout le reste. Cette relation est devenue non fonctionnelle. La réalité et vous semblez en contradiction l’un avec l’autre. Vous n’arrivez pas à vous entendre.

À ce niveau, beaucoup de gens entrent dans une période de stagnation. Ils savent que la relation est brisée, alors ils essaient de la réparer. Cela ne marche très souvent pas, en partie parce qu’ils utilisent toujours les anciennes méthodes qui ne font que perpétuer ce statuquo, même s’ils désirent consciemment que les choses changent.

Les gens qui réussissent ont tendance à le faire en arrêtant d’essayer de changer la personnalité de leur partenaire. Ils se soumettent à une autre notion beaucoup plus évidente : Mon partenaire veut une chose différente de ce que je veux. Ils décident finalement de permettre à leur partenaire d’être une autre personne. Et avec cela vient la réalisation que le moment est venu de sortir de cette relation.

Comment cela se traduit-il dans votre relation avec la réalité ? C’est à peu près le même processus. La personne cesse d’essayer de changer la réalité et permet finalement à la réalité d’être ce qu’elle est. Il ne sert à rien de se débattre, de résister ou d’essayer de résoudre des problèmes étant donné que la réalité ne fera que résister.

Comment une telle personne peut-elle rompre avec l’ancienne réalité ? Pour y parvenir, ces gens envisagent une nouvelle façon de vivre et une nouvelle façon d’entrer en relation avec le monde, avec les autres et avec la vie en général. Ils envisagent une nouvelle façon d’expérimenter la réalité. Pour certains, cela donne vraiment l’impression d’entrer dans une toute nouvelle réalité — une toute nouvelle vie.

L’abandon est la clé. Lorsque vous cessez de résister et que vous vous abandonnez à ce qui est, vous cessez d’alimenter ce que vous ne voulez pas, et les relations indésirables ont tendance à se dissiper. Par contre, tant que vous continuerez de vous battre pour obtenir des changements, une force contraire s’opposera à vous, vous gardant ainsi coincé.

Un homme décide de ne plus vivre dans la peur. À partir de maintenant, il va affronter, accepter et accueillir ce qu’il craint. Il est fatigué de voir sa réalité se contracter du fait qu’il contourne ses peurs. Sa règle d’or désormais est : Quoi que je craigne, je dois y faire face. Il cesse de résister aux défis de la vie. Et voilà qu’il découvre que ses craintes n’étaient que pure illusion. C’est lui qui les a toujours nourris.

Une femme décide qu’elle en a assez du monde des affaires. Sa vie est remplie de gens qui l’admirent pour des réalisations qui ne signifient plus rien pour elle. Elle a fini de lutter contre son manque de motivation, alors elle s’y abandonne et laisse son entreprise décliner, peu importe ce que les gens pourraient penser d’elle. Finalement, elle ferme son entreprise et démarre sa propre fondation à but non lucratif. Désormais, sa relation avec la vie sera basée sur l’aide et le service, ce qu’elle a toujours aimé, mais n’a jamais pu s’accorder la permission de faire auparavant. Elle a dû se résigner au fait que son entreprise n’était plus le bon vecteur de croissance et d’expression de soi.

De la tolérance à l’achèvement

Ces gens ont tous leurs « moments Jerry Maguire ». Pour beaucoup d’entre eux, la partie la plus puissante du changement se produit lorsqu’ils en ont profondément marre de leur ancienne façon de vivre. Ils en ont assez de la peur, de l’inauthenticité, de la déconnexion, de la superficialité, de l’indifférence ou de toutes les formes de non-alignement. Ils décident qu’il est temps de se débarrasser de l’ancienne façon de vivre et de passer à autre chose.

Un ami m’a décrit sa vie après le changement en ces termes : Steve, je me sens pleinement en phase maintenant.

Un autre a dit, pendant qu’il était sur le point de passer à autre chose : Je me tire d’ici, put*in.

Pendant que les gens opèrent des changements, il est courant de constater des progrès incohérents pendant un certain temps. Presque tout le monde fait deux pas en avant et un pas en arrière. Ce n’est pas grave. La graine a été plantée. Il faudra peut-être du temps pour que cette graine arrive à maturité, mais elle continuera de grandir. Plus nous faisons un pas en arrière de temps en temps, plus il devient clair que l’ancien territoire ne peut plus être considéré comme étant chez nous.

Les personnes qui restent bloquées ne semblent pas atteindre ce point. La raison la plus courante qui explique cela est que les gens se retrouvent coincés dans un état de tolérance. Ils continuent de tolérer leur relation avec la vie telle quelle, même si cela ne leur convient pas.

La tolérance n’est pas l’abandon. La tolérance, c’est une autre forme de résistance. Quand vous tolérez une situation, vous permettez qu’elle existe tout en refusant de vous y soumettre, si bien que vous ne pouvez pas en tirer des leçons. Vous ne pouvez pas avoir votre diplôme en la matière.

La tolérance, c’est comme ne pas vouloir aller à l’école, mais y aller quand même. Vous y allez, mais vous refusez d’être étudiant. Par conséquent, vous apprenez très peu de choses. Quel est l’intérêt d’aller à l’école si c’est pour résister à ce que l’on vous y apprend ?

Quand cette résistance diminue enfin, et que la personne s’abandonne à la réalité et décide d’arrêter de se battre, elle peut enfin tirer les leçons restantes et progresser. Son diplôme est désormais à portée de main.

Il y a des leçons à tirer du fait d’être fauché. Il y a des leçons à tirer d’une relation difficile. Il y a des leçons à tirer de la maladie. Il y a des leçons dans les périodes de dérive. Si nous résistons à ces expériences, c’est que nous résistons aux leçons qui s’y trouvent.

Si une expérience indésirable semble se coller à vous, essayez de ne pas y résister pendant un certain temps. Essayez de vous abandonner à cette expérience. Accordez le bénéfice du doute à cette réalité et supposez qu’il y a de précieuses leçons à tirer là où vous êtes. Laissez-vous aller jusqu’au bout de l’expérience. Accordez-vous la permission de vivre l’expérience que vous vivez sans y résister obstinément. Laissez-vous atteindre le point de non-retour. C’est seulement là que vous pourrez progresser.

Note : Cet article est une traduction de l’article High Earners Adrift de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le « je » de cet article !

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