La joie de la tristesse

Note : cet article est une traduction de l’article The Joy of Sadness de Steve Pavlina. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Nuages émotions négativesLa nuit dernière, un gros orage est passé sur Las Vegas. Le tonnerre était si fort et les éclairs si lumineux que je ne suis pas arrivé à dormir, donc j’ai décidé de rester debout un moment. Autour de 3 heures du matin, je suis descendu et j’ai pris une banane et une tasse de tisane. Puis je suis allé dehors et je me suis assis dans le jardin pour regarder l’orage.

L’orage arrivait du sud, et j’ai vu plusieurs fois par minute la foudre tomber pas loin, suivie d’un tonnerre éclatant qui a fait claquer les fenêtres. L’orage se rapprochant, le vent s’est levé et il a commencé à pleuvoir, mais la température est restée autour de 24° celsius. J’étais assis sous un surplomb, bien protégé de la pluie.

Je suis resté assis une heure environ, à méditer sur la nature de l’existence comme j’aime souvent le faire. Je me posais des questions en particulier sur les différentes émotions que nous connaissons dans nos vies. Certaines personnes sont tristes. D’autres sont heureuses. Certaines sont en colère. D’autres ont peur. Certaines sont apathiques. D’autres ont de l’espoir. Tout cela est éphémère pourtant ; aucune émotion n’est éternelle.

J’ai remarqué que ces émotions ont tendance à surgir spontanément en réponse à certains évènements. Quelque chose est arrivé, et nous avons une certaine réaction émotionnelle. Pour la plupart, cette réponse est automatique et involontaire.

Le feedback émotionnel

Certaines personnes aiment leur feedback émotionnel et sont même impatients de le vivre, car c’est généralement une expérience positive pour eux. Par exemple, une personne qui est amoureuse ou qui vit une passion serait probablement reconnaissante de ses émotions.

D’autres personnes n’aiment pas le feedback émotionnel qu’ils reçoivent. Certaines voient leurs émotions comme un problème et se droguent pour mettre fin à la connexion, pendant que d’autres prennent ce feedback à cœur et réalisent que c’est un signal indiquant qu’un changement est nécessaire.

Je vois les émotions comme un affichage de données, comme dans un jeu vidéo. Ce genre d’affichage peut inclure des détails comme les munitions, la santé, et la localisation sur une carte, pour indiquer comment va mon avatar (le personnage sur l’écran). Voici certaines interprétations possibles de la façon dont mes émotions pourraient entrer en alignement avec l’expérience de mon avatar sur l’écran :

  • Quand je suis heureux, cela signifie que mon avatar a de bonnes réserves de munitions, une bonne jauge de santé, et progresse de façon continue sur la carte.
  • Quand je suis confus, peut-être que mon personnage s’est perdu, ou qu’il essaye de découvrir comment le jeu fonctionne.
  • Quand je suis stressé, mon avatar pourrait manquer de munitions et/ou de santé, et ne pas se sentir préparé pour les défis qui l’attendent.
  • Quand j’ai peur, mon avatar pourrait avoir besoin de s’entraîner un peu avant de s’attaquer au défi suivant.
  • Quand je suis frustré ou surchargé, mon avatar pourrait demander de l’aide auprès d’autres personnages ou simplement ralentir un peu.
  • Quand je me sens motivé, mon avatar est dans la meilleure position pour s’attaquer à un défi.
  • Quand je suis triste ou déçu, il est temps pour mon avatar de se débarrasser de ce à quoi il tient (comme l’armure cool qu’il vient de perdre) et de s’ouvrir à de nouvelles expériences.
  • Quand je m’ennuie ou que je suis apathique, peut-être que mon avatar en a marre de ce niveau ou de la difficulté actuelle, et qu’il a besoin d’un nouveau défi plus intéressant… voire même d’un nouveau jeu.

Quand ces émotions apparaissent, elles ressemblent parfois à l’orage qui s’est abattu autour de moi quand j’étais assis dehors hier soir. Mais même en présence d’un tel orage, il y a un endroit calme qu’on peut atteindre. Même si vos émotions naissent dans votre conscience, elles ne sont pas votre conscience, et vous êtes libre de vous arrêter, de respirer, et de vous élever au-dessus d’elles. Cela n’éliminera pas les émotions – elles seront toujours présentes – mais vous commencerez à les voir avec une perspective à la troisième personne au lieu de vous identifier à elles. De la même manière, quand je me suis assis au milieu des éclairs, du tonnerre, du vent et de la pluie, j’ai observé calmement leur présence, mais j’ai choisi de ne pas m’y identifier. J’ai observé l’orage sans devenir l’orage.

Observer votre orage émotionnel

Quand vous connaissez des émotions fortes, observez-vous l’orage ou devenez-vous l’orage ? Êtes-vous témoin du bonheur, de la tristesse, de la colère, etc., lorsqu’elles traversent l’esprit de votre avatar ? Ou vous arrêtez-vous pour vous souvenir que cette personne physique n’est pas vous, que c’est simplement votre avatar dans le monde physique ?

Je ne suggère pas que vous puissiez contrôler l’orage ou que vous en ayez simplement besoin. L’orage est ce qu’il est. Quand vous l’observez, il se produit déjà. Mais en changeant votre perspective, vous n’avez pas à vous identifier à votre orage émotionnel. Vous pouvez simplement l’observer.

Quand vous jouez à un jeu informatique, vous pourriez avoir des émotions fortes par moments, comme vous l’attesterait tout gamer expérimenté. Ces émotions incluent la peur, la tristesse, la frustration, et plus encore. Mais même si dans la vraie vie nous pouvons cataloguer de telles émotions comme négatives, quand on joue à un jeu on considère qu’elles en sont un aspect amusant. Comment cela se fait-il ? Pouvez-vous jouer à un jeu effrayant qui fait vraiment peur et aimer cela quand même ? Oui, parce que vous savez que vous n’êtes pas votre avatar. Vous réalisez que c’est une expérience simulée et que le sort de l’avatar n’est pas votre sort.

Vous pouvez également appliquer ce même changement de point de vue à votre vie physique. Votre personne physique est votre avatar dans cet univers physique. Maintenant faites passer votre perspective au-delà de cette personne physique pour atteindre le niveau de la conscience qui vit cette réalité, ce jeu, si vous le voulez. Autorisez-vous à vous amuser, même quand vous avez des émotions qui semblent négatives, en les vivant sans vous y identifier. Observez l’orage sans devenir cet orage.

Vous n’êtes pas obligé de croire en Dieu, en l’immortalité, en l’âme, ou en toute autre sorte de force supérieure pour vous élever au-dessus du niveau de conscience de votre avatar. Vous devez simplement assumer une perspective de niveau supérieur. Notez que vous pouvez adopter le point de vue d’un personnage de jeu ou de film pendant que vous le vivez ; même si le personnage est fictionnel, son point de vue vous influence quand même. Vous n’êtes pas obligé de modifier vos croyances spirituelles pour apprécier un jeu ou un film, pas plus que vous n’êtes obligé de changer vos croyances pour que votre perspective dépasse votre personne physique.

La joie

Quand vous vivez un changement de perspective, vous commencez à avoir une subtile sensation sous-jacente. J’hésite à appeler cela une émotion, car vous ne la ressentirez pas au même niveau que celui auquel vous ressentez les autres émotions. La meilleure analogie que je puisse donner est d’imaginer que vous jouez à un jeu vidéo ou que vous regardez un film qui font peur. Sur le moment, vous pourriez vous sentir tendu, anxieux, ou nerveux. Mais derrière cela, il y a une sensation plus subtile que vous pourriez appeler amusement, joie ou plaisir. Vous profitez d’une expérience plus grande que le jeu ou le film, mais ce plaisir est à un niveau différent de votre expérience de bas niveau de la situation actuellement à l’écran.

De la même manière, quand vous vous sentez triste, en colère, ou frustré, vous pourriez vous arrêter et remarquer une sensation différente derrière cette émotion. Pour observer cette sensation, vous devez sortir de l’orage temporaire et simplement en être témoin pendant un moment. J’ai tendance à voir cette sensation comme de la joie, mais vous pourriez la cataloguer comme quelque chose d’entièrement différent. C’est une sensation plaisante et étendue, mais elle est apaisante. Certaines personnes pourraient appeler cela de l’extase, la conscience divine, ou un sentiment d’unité. Là encore, j’hésite à appeler cela une émotion, car ce n’est pas ressenti à ce niveau. Cela ressemble davantage à un état de conscience.

La transformation émotionnelle

Ce qu’il y a d’intéressant avec cet état de conscience est que cela transforme des émotions apparemment négatives en des sensations plus positives. Par exemple, si je me sens triste, et que je m’arrête pour m’élever au-dessus de la tristesse pour simplement l’observer pendant un instant, elle se transforme en ce que je pourrais appeler une belle mélancolie. Je réalise que cela pourrait sembler étrange si vous ne l’avez jamais vécu, mais la tristesse devient une émotion très plaisante. La tristesse commence à être ressentie comme incroyablement bonne, et j’ai une sensation de profonde gratitude envers elle. Je veux simplement m’en imprégner et en profiter.

Imaginez regarder un film triste, peut-être un film qui vous fait pleurer. D’un côté, les gens pourraient dire que cette tristesse est une émotion négative, mais si vous vous débarrassez de votre résistance à cette sensation, elle devient en fait une expérience positive. Regarder un film triste peut en fait être un vrai plaisir, mais ce plaisir n’est pas vraiment ressenti au même niveau que la tristesse. C’est comme une toile de fond de joie à l’arrière d’une scène de tristesse.

Cette joyeuse transformation fonctionne également pour les autres émotions. Ces états peuvent ne pas être correctement exprimés avec de simples étiquettes ; cependant, voici certaines étiquettes que j’utilise et qui peuvent peut-être vous aider à vivre la transformation de ces états émotionnels :

  • La tristesse devient une belle mélancolie
  • La colère devient une indignation comique
  • La frustration devient une anticipation enfantine
  • L’apathie devient une apaisante perfection
  • La culpabilité devient un pardon émouvant
  • La peur devient un courage inarrêtable
  • La solitude devient une paisible unité
  • La confusion devient une curiosité immersive
  • La déception devient une gratitude aimante

Élever votre conscience au-delà de votre tempête d’émotions actuelles est une expérience qui vous transforme merveilleusement. Au lieu de résister à vos émotions, vous les acceptez totalement. Cela permet de connaître la joie derrière ces états émotionnels que vous trouveriez autrement déplaisants.

Quand vous vous élevez au-dessus de votre tempête émotionnelle, vous gardez accès au message derrière ces émotions. Mais maintenant vous êtes dans un état plus habilitant qui vous permet de choisir consciemment votre réponse. Vous pouvez répondre intelligemment à la tempête sans vous faire tremper par la pluie.

Accepter votre guidage émotionnel

En raison de la tempête de la nuit dernière certainement, beaucoup de feux tricolores dans le voisinage ne fonctionnaient plus ce matin. Erin a été retardée en conduisant ce matin. Pour moi c’est une merveilleuse métaphore du rôle de nos émotions. Sans nos signaux émotionnels, il nous manque le guidage nécessaire pour parvenir là où nous voulons aller. Nous restons coincés et nous tombons en panne. Quand nous nous déconnectons de nos émotions, nous perdons le contact avec notre guidage intérieur, et chaque lumière devient un feu rouge.

Quand je regarde par la fenêtre tout de suite, la tempête est passée, et le soleil brille à nouveau. Aucune tempête ne dure éternellement. Évidemment, vous pouvez encore allonger la durée d’une tempête en vous y identifiant, en vous y attachant, et en la suivant partout où elle va. Beaucoup de gens font ceci avec leurs tempêtes émotionnelles. Mais si vous restez immobile et observez simplement la tempête, elle passera toute seule.

Quand vous sortez et essayez de combattre une tempête, avez-vous une chance de gagner ? Pas la moindre. Vous allez être secoué par le vent et trempé par la pluie. La tempête ne fera que vous rendre idiot. Mais quand vous restez simplement assis et observez la tempête, vous pouvez réaliser que c’est amusant à regarder. Il est inutile de résister à ces tempêtes émotionnelles, ou de vous identifier à elles. C’est un aspect naturel de la vie dans l’univers physique.

Développer une sagesse émotionnelle

Il peut être très difficile pour les gens de se résoudre au fait que leurs émotions semblent totalement déconnectées des gens qui les entourent. Mais leur feedback émotionnel est unique parce que notre chemin de vie est unique. Peut-être que tous les gens autour de vous semblent raisonnablement contents mais que vous êtes constamment déprimé. Ou peut-être que vous êtes entouré de gens apathiques, mais que vous êtes vraiment frustré. Vous devez apprendre à avoir confiance en vos propres émotions, même quand elles ne sont pas en adéquation avec les autres gens dans votre vie.

Quand vous regardez votre chemin de vie et ne voyez rien d’autre que des feux rouges, couper l’électricité des feux n’est pas la réponse. La réponse pourrait être que vous êtes coincé sur le mauvais chemin et que vous avez besoin de procéder à des changements majeurs – un nouveau travail, de nouvelles relations, une nouvelle façon de penser, une nouvelle inspiration, et un nouvel environnement. Ces sentiments seront avec vous tout le temps, peu importe à quel point vous vous droguez de pilules, de sucre, d’alcool, ou d’autres substances qui altèrent votre environnement. Je sais que cela semble plus simple à court terme d’avaler quelques pilules, en particulier si les gens en qui vous avez confiance vous passent ces substances. Mais arrêtez-vous et demandez-vous si ces substances sont vraiment nécessaires et bonnes pour vous. Avez-vous pris le temps de prendre du recul et d’observer votre tempête émotionnelle pour voir si elle contient un message de vérité que vous n’étiez pas prêt à entendre ?

Quand je vois que j’ai envie d’ingérer une quantité excessive de sucre, de caféine, ou d’amusements futiles, je peux faire remonter cela à une tempête émotionnelle que j’ai du mal à gérer. C’est là que je dois me souvenir de prendre du recul, d’observer la tempête, et de recevoir son message. Je résiste souvent au message par peur de ce que cela impliquerait pour moi, mais quand je l’entends bel et bien, les choses se passent de façon invariablement plus douces et indulgentes que je l’imaginais. J’en tire généralement un fort sentiment de gratitude.

Quand nous nous associons trop profondément à nos avatars physiques, nous pouvons facilement nous sentir écrasés par nos tempêtes émotionnelles, à tel point que nous bloquons leurs messages. Mais souvenez-vous que votre avatar n’est pas votre identité. Votre conscience est capable d’adopter de multiples perspectives, et l’avatar de faible niveau au point de vue à la première personne n’est que l’une d’entre elles. Je trouve souvent plus habilitant d’assumer le point de vue que je suis le conteneur conscient dans lequel la réalité physique prend place – un œil de dieu si vous voulez. De ce point de vue, je peux voir que la personne physique nommée Steve est juste mon avatar dans l’univers physique, et je ne ressens pas le besoin de résister ou de trop m’attacher à ce qu’il vit personnellement. Donc même si Steve pourrait traverser ces tempêtes émotionnelles de temps en temps, l’observateur d’un niveau supérieur s’amuse en voyant tout cela se dérouler. Je pense qu’il est mieux de ne pas prendre la vie de façon aussi personnelle. ;D

J’ai remarqué qu’au fur et à mesure que je faisais des progrès pour aligner ma vie avec mes véritables désirs profonds au cours des dernières années, les tempêtes émotionnelles n’ont pas cessé. Cependant, ma capacité à les gérer a bien augmenté. Mais en raison de cette plus grande capacité, les nouvelles tempêtes arrivent à des niveaux différents. Elles viennent presque toujours de mes points faibles, les parties de ma vie qui sont les plus hors d’alignement avec mon guidage intérieur. Après avoir réussi à survivre à une tempête, mon guidage intérieur me dirige à nouveau vers du gros temps. C’est comme jouer à un jeu dans lequel votre avatar ne cesse de monter de niveau, mais où les monstres évoluent aussi. Pourtant, c’est ce qui fait que le jeu reste stimulant et amusant. Je sens que là où j’ai fait le plus de progrès, c’est dans le domaine de ma volonté à accepter ce genre de jeu et à m’attaquer à de nouveaux défis, même lorsqu’ils me mènent à une confrontation avec de plus grands « monstres ». J’ai peut-être un avatar plus capable et de plus grandes ressources à ma disposition qu’il y a cinq ans, mais les défis ont simplement suivi le rythme. Même quand mon avatar vit un tourbillon d’émotions, j’aime quand même le voyage. Par moments cela peut être effrayant, triste, frustrant, ou décevant, mais c’est aussi incroyablement amusant.

Crédits photo : © Nicole Effinger – Fotolia

Recherches utilisées pour trouver cet article :

la tristesse de l introvertijoie de la tristesse

2 commentaires

  • LUDO dit :

    Un grand MERCI 🙂 Olivier pour cet article lumineux et plein de sagesse.
    Belle Journée

    Ludovic

  • danielle dit :

    merci Olivier
    pour tous vos articles si intéressants les uns que les autres
    comment faites vous pour produire tant de matières grise !
    si vous avez créez votre blog pour aider les gens, vous avez amplement atteint votre objectif
    merci à votre générosité
    chaleureusement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *